L HOPITAL GÉNÉRAL
tes bien reconnus d'Anne d'Autriche d'aimer les pauvres et d'avoir foi en M, Vincent. Les dames de la Charité, pour trancher la question si importante du local, avaient proposé de demander au roi l'enclos et les bâtiments de la Salpôtrière, en face de l'Arsenal, vaste <lomainequi n'ayant presque pas d'emploi, ne pouvait recevoir de meilleure destination que de servir au logement des misérables. Cette demande, portée par Vincent de Paul, fut immédiatement accueillie, et le don de la Salpétrière promulgué solennellement (avril 1036). Un particulier ayant fait opposition pour un intérêt qu'il prétendait avoir sur ce terrain, une des dames lui promit, pour le dédommager, une rente de huit cents livres. Les formalités inévitables au Parlement, et le désir que le gouvernement manifesta de retenir la direction d'une œuvre si vaste, retardèrent un peu l'exécution. Mais dès 1 657 on voit par une lettre de Vincent de Paul que c ce grand dessein est fort avancé; beaucoup de personnes y donnent abondamment, et d'autres s'y emploient volontiers. On a déjà dix mille chemises et du reste à proportion. i> Quelque temps après, Vincent de Paul, n'ayant pas cru devoir accepter pour les prêtres de sa Compagnie le gouvernement spirituel de Thôpital, désignait à leur place un prêtre formé à leur imitation dans les conférences de Saint-Lazare. Rien ne manquant plus aux nécessités du service, l'hôpital général ouvrait ses portes pour être bientôt proposé comme la bonne œuvre modèle (1), et
(I) Bossuct, Sermon prêché à Thôpilal général.
célébré entre les plus éclatants bienfaits du gouvernement de Louis XIV par lui-même.
Cependant l'efTet de cette institution, outre qu'il ne devait jamais s'étendre que dans un rayon étroit, oe pouvait pas être immédiat. Il ne mettait pas un terme aux soufTrances'générales, et n'amortissait pas le désir de la paix. La paix était le remède souverain invoqué par tous, et réclamé du roi sous toutes les formes. Les prospérités, c'est-à-dire les victoires, n'approchaient pas des avantages que la paix seule faisait espérer. Écoutons encore Bossuet, prêchant devant Anne d'Autriche après la bataille des Dunes et la brillante campagne de Turenne. Le jeune orateur arrivait à Paris (octobre 1 G58) ; la reine-mère avait vivement désiré de le connaître et de l'entendre; elle reçut de lui, dès le premier jour, une de ces hautes leçons que nul n'a su donner aux princes avec tant de fcrmelé et de respect. Disciple de Vincent de Paul par le cœur, par l'admiration, par l'amitié, il plaidait hautement la cause des besoins publics contre l'enivrement de la grandeur, t Parmi tant de prospérités^ disait-il, nous € ne croyons pas être criminels, si nous vous souhai- € tons aussi des douleurs. J'entends, Madame, ces c douleurs saintes qui saisissent les cœurs chrétiens à c la vue des afflictions, et leur font sentir les misères « des pauvres membres du Fils de Dieu. Votre Majesté c les ressent; toute la France a vu des marques de c cette bonté qui lui est si naturelle. Mais, Madame, ce (C n'est pas assez ; tâchez d'augmenter, tous les jours, c ces pieuses inquiétudes qui travaillent Votre Majesté