‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 91 sur 151 · NOUVELLES FONDATIONS DE VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

NOUVELLES FONDATIONS DE VINCENT DE PAUL

appropriés à leur état, et mêlant au travail, dans une proportion discrète, les exercices religieux. On ne pouvait voir sans édification un si beau spectacle; quelle différence avec la vie que menaient au dehors tant de pauvres sans domicile fixe, sans vêtements, sans emplois réguliers, toujours aigris par le besoin, et dégradés par la fainéantise et par tous les vices !

La vue d'un si bel ordre toucha d'émulation les dames de la Charité : elles se demandèrent si M. Vincent, avec les prêtres de sa congrégation et les sœurs de la Charité, et aussi avec cette bénédiction que Dieu donnait à toutes ses entreprises, ne pourrait pas faire pour tous les pauvres ce qu'il venait d'accomplir pour un petit nombre. Elles conçurent le projet d'un hôpital général^ capable de tout accueillir et de tout faire vivre. Il fallait, à un pareil dessein, de vastes espaces, une ville nouvelle, comme on a dit plus tard, à côté de l'ancienne; il fallait des sommes énormes pour le premier établissement et pour l'entretien perpétuel. Rien ne parut impossible à leur ardeur. Elles avaient si ^ande hâte de commencer, et déjà de finir, qu'elles disputaient à leur directeur le temps de la réflexion. Lui, toujours humble et défiant de ses forces, n'approuvait pas une précipitation qui lui attribuait tant de puissance. Il y avait de plus, dans le plan de ces dames, un détail qui répugnait à son cœur : c'était le dessein de contraindre les pauvres à entrer dans cette maison. À son sens, des commencements modestes et assurés valaient mieux qu'une mise à exécution complète, parce qu'ils donneraient à l'argent le temps de

^îiS TABLEAU DES MCEURS SOl-S MAZABIN.

venir pour les développemcnls ultérieurs ; ils seraient même un encouragement |)lus persuasif aux libéralités, les donateurs devant avoir plus de foi à des résultats déjà obtenus qu'à des promesses et des espérances vagues et sans effet sensible. Plus tendre que personne pour les pauvres, et plus intelligent du respect (\m leur est dû, il aurait aimé qu'ils ne fussent conduits à Hiôpital que par Tattrait des bons traitements, et (jue la conscience de leur liberté ne leur laissât sentir, dans l'intention de leurs bienfaiteurs, que l(* désintéressement et l'amour du prochain (1). li a toujours conservé (juelque chose de ces sentiments, et regretté rimperleclion du projet. Mais comme après tout ce projet était une amélioration considérable sur l'état présent dos pauvres, il ne se refusa pas à en écouter les auteurs, ni à les assister de ses conseils et de sa considération auprès des aiftes pieuses el de l'autorité royale.

Les fondatrices prouvaient par des actes sensibles que leur zèle n'était pas un enthousiasme passager. Dès la première réunion où la question fut abordée, une d'elles s'engagea à contribuer pour cinquante mille livres ; une autre à servir une rente annuelle de trois mille livres. A la seconde réunion, elles vinrent toutes avec de telles promesses en leur nom et au nom de leurs amies, qu'on put affirmer sans témérité que l'argent ne manquerait pas. L'autorité royale ne fit pas non plus attendre son concours; c'était un des méri-

(I) V. dans Abély, liv. l", cli. XLV, les pensées de saint Vincent de Paul sur ce sujet.

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