‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 3)Chapitre 94 sur 151 · CHAPITRE XIJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIJ

De la littérature pendant les Frondes.

I. — CaraclCro général Je la lillôiature pendant les Frondes. — Cercles liuéraircs qui succèdent à l'hôlcl do Rambouillet. — Importance accordée à Christine Je Suède. — Tendance des lettres à ropposiiion contre le gouvernement français. — Fin de Baliac. — Dernière période brillnnlc de Corneille. — PuliliiMtion des pof-mes épiques : le MoUe^ CAlaric, la Pucelle^ etc., etc.

Les héros de romans les plus admirés au xvii' siècles ont pour signe distinclif d'être toujours et partout amoureux et beaux-esprits. Ni le danger ou les soucis de la guerre, ni les souffrances mêmes de leur amour, ne leur ravissent le temps et la volonté de se montrer aimables aux Dames, d'écouler les sages, de rédiger des codes de tendresse, de perfectionner leur intelligence par la méditation. « Quoique Rome fût bloquée « par Porsenna, on ne laissait pas de voir des gens qui t se divertissaient : la guerre et l'amour ont une telle « sympathie, qu'ils naissent quelquefois l'un par l'au- « ire. On ne laissait donc pas de voir bonne compa- « gnie chez Domitia, chez Bérélise, et en plusieurs au- « très maisons de qualité, et tous les amants, quelque « braves qu'ils fussent, trouvaient lieu d'aller faire « quelques visites à leurs maltresses (1). » De même

(i) CUIU, V« parlie, liv. 1", p. B5.

304 LA LllTÉRATURE PENDANT LES FRONDES.

Cyrus, dans le feu de ses préparatifs de guerrc,éeoulc riiistoire d'Aglalidas et d'Amestrîs , trouve, enlre deux assauts, le loisir de compatir aux malheurs de Tiniante et de Parlhénie, et, tout en se précipitant à la délivrance de Mandane, profile de la rencontre d'Anacharsis et des Grecs ses compagnons, pour se faire raconter le banquet des sept sages (I).

Ce tableau n'est ccM^tes pas Thistoire véritable d'floratius Codes ou du fondateur de la Perse; mais il convient exactement à la société du temps de la Fronde dont il est l'allégorie. En France non plus, la guerre civile ou étrangère, les emportements des ambitieux, ni les transes des calamités publiques , n*ont pas changé le goût ni dérangé les habitudes du bon ton. II | est bien plutôt vrai que ce goût et ces habitudes, exaltés par les lettres, ont animé la lutte par l'emphase des théories qui prétendaient la justifier, par l'exemple des modèles héroïques proposés à l'imitation. C'est la vertu romaine de Balzac, ou la fierté castillane de Corneille, qui parfois réclame dans les discours du Parlement et dans les pamphlets ; c'est la galanterie du théâtre et des romans qui pousse aux aventures les Monlbazon et les Beaufort, les Longueville et les Nemours, les d'Hocquincourt et les Chàtillon. Ainsi les Frondes n'ont pas interrompu le mouvement littéraire, commencé sous Richelieu^ soutenu avec non moins d'éclat sous la Régence. Elles ne font

(^; Cyrus, passim, 1V« partie, liv. II; Vl« partie, liv. II; IX« partie, liv. IL

CONTINUATION DES TRAVAUX DE L* ACADÉMIE. 30o

que le modifier par le changement des personnes que la mort emporte et remplace, par le caractère d'op position au pouvoir qu'elles impriment à certains écrivains, et par le développement malheureux des guerres ridicules dont cet excès môme détermine la chute.

Voiture meurt en 1 648, Vaugelas en 1 649, Descartes en 1650; Balzac mourra en 1654; la première génération des fondateurs parait sérieusement entamée. Mais «Mézeray succède, dans l'Académie, au siège de Voiture, '- aux fonctions de Vaugelas. Cet écrivain, qui vient de fonder son importance par la publication d'un grand corps d'histoire nationale, ne laissera pas dépérir les travaux du Dictionnaire. En même temps. Ménage qui se ferme les portes de l'Académie par ses petits vers contre les rédacteurs du Dictionnaire, n'en travaille pas moins du dehors à l'œuvre commune (1 ) . Cet érudit,

( 1 ) Nosseigneurs académiques,

Nosseigneurs les hypercritiques, Souverains arbitres des mots, Doctes faiseurs d'avant-propos, Cardinal-bistoriographes, Surintendants des orthographes, Raffineurs de locutions, Entrepreneurs de versions, Peseurs de brèves et de longues De voyelles et de diphtbongues...

Ce considéré, Nosseigneurs, Pour prévenir tous ces malheurs, Qu'il plaise à votre courtoisie Rendre le droit de bourgeoisie Aux mots injustement proscrits De ces beaux et galants écrits.

Laissez-Ià le vocabulaire, Ne songez point à la grammaire, N'innovez et ne faites rien En la langue, et vous ferez bien.

{Hequéte det Dictionnaires, 1652.)

ce correspondant préféré de la jeune marquise de Sévi gné, publie en 1650 les Origines de la langue française, où, tout en paraissant combattre les académiciens, il leur apporte des matériaux et des arguments favorables à l'enrichissement de la langue par la conservation de ce qui lui appartient déjà (1).La mission de l'Académie française se poursuit au travers des obstacles qui embarrassent à chaque pas la politique.

L'hôtel de Rambouillet avait dû céder à la loi inévitable de la durée, et, comme toute vie qui se prolonge, ressentir d'abord quelques affaiblissements, signes de la vieillesse et préludes de la fin. Julie, partie en 1645, à la suite de Montausier son mari, emportait la moitié des charmes de la maison. Son frère, tué à la bataille de Nordlingen, suspendit, par un deuil légitime, le ton joyeux et l'assiduité des réunions. Au temps des barricades, la marquise effrayée alla se cantonner dans sa terre. En 1649, le temple des Muses^ de r honneur et de la vertu, avait rouvert ses portes, et la même déesse y présidait. En 1 652, la mort du marquis et l'âge de la marquise (6i ans) décidèrent la dispersion. Dès lors ce n'est plus que dans la fidélité du souvenir, dans l'habitude de retourner les yeux vers le passé, que l'hôtel de Rambouillet continua de vivre, comme

(4) a Je fais le contraire de Messieurs de l'Académie française : Ils remplissent leur dictionnaire des mots qui sont en usage, et moi, je mets avec soin dans mes étyroologies ceux qui aont hors d^usage, pour empêcher qu'ils ne tombent dans Toubli {Menagiana). » 11 aurait pu ajouter : pour en faire remettre plusieurs en usage.

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