CERCLES LITTÉRAIRES : LE SAMEDI
aussi dans les vers pastoraux de Segrais(l), dans les Précieux du Cyrus (2) ou dans les hommages de Pellisson (3). Mais, ce cercle supprimé, d'autres le remplacèrent, dont quelques-uns existaient même déjà, et commencèrent à briller dès que son éclat ne les offusqua plus. Moins vantés parce qu'ils n'étaient qu'une imitation, ils eurent pourtant leur affluence empressée, leur bruit, leur action extérieure et leur fécondité. Il y eut d'abord le Samedi de mademoiselle de Scudéry, Collaborateur de son frère, prosateur presque aussi abondant, et poëte un peu moins plat, Madeleine de Scudéry avait fini par s'acquérir une telle renommée, que Balzac en venait à Tappeler une fille incomparable^ le perpétuel objet de son admiration (i). Elle n'eut pas de peine à grouper autour d'elle les beaux esprits
(4) Segrais, dans Athis^ poème paslSral, 4653. Il dit d'Arthénice :
Car d« rinde jusqu'aux mes du Tage,
Nymphes et demi-dieux lui tiendront rendre hommage, Et de son rare esprit les charmantes douceurs La feront invoquer comme une des neuf Sœurs.
Il dit de ses filles :
Vous, dignes du séjour des voûtes ëtoilées.
Aux fêtes des grands dieux dignes d'être appelétt,
La célèbre Julie, et son illustre sœur
A l'esprit si bien fait, et si plein de douceur
(2) CyruSj t. VU : Portrait de Cléomire, qui a bâti son palais pour eWey a des cabinets pleins de raretés, n'a pas besoin de sortir pour trouver de la compagnie ; car il n'y a personne qui n'aille chez elle. Rien n'est trouvé beau si elle ne Tapprouve : on ne croit pas ôlre du monde si on n'est pas connu d'elle. Elle a deux filles : Talnée s'appelle Pbilonide.
(3) Pellisson, Diêcours sur les œuvres de Sarazin.
(4) Balzac à Conrart, 4643 : « Obligez-la à croire que je ne révère personne de son sexe plus qu'elle, et qu'il y a peu d'hommes que je loi Yonlusse comparer. »
qu'elle avait rencontrés à riiôlei de Rambouillet, Coorart, Chapelain, Sarazin, bientôt Pellisson, puis les dames de Sablé, de Hontbazon, de Sévigné, puis les admirateurs qu'elle avait acquis au Havre ou à Marseille lorsqu'elle habitait celte yille avec le gouverneur de Notre-Dame de la Garde, puis les amis de ses amis. Elle devint le pendant d'Arthénice par le nom de Sapho, plus prétentieux qu'un simple anagramme, qu'elle pnt ou qu'on lui donna pour signifier son génie par une allusion savante. Sa société également s'empressa de renchérir sur celle de Rambouillet. Chez Arthénice, on avitit afïccté de ne s'occuper de littérature, comme de toute autre chose, que par occasion; on dédaignait de tenir école ouverte. Chez Sapho, on se donna la forme ofiîcielle d'un corps tout littéraire. Il y eut un appareil régulier, des séances périodiques, un ordre du jour, des actes, une chronique, une gazette, un secrétaire qui fut Pellisson, un gardien des archives de la société qui fut Conrart. Était-ce vraiment un progrès? La suite a prouvé que c'était le commencement de la décadence et du ridicule du genre.
Il y eut le cercle de madame de Sablé à Port-Royal, pour lequel on croit que Pascal compos.i quelquesunes de ses Pensées (I ), et où La Rochefoucauld élabora
(1) Cousin, Vie de madame de Sablé : t Nous croyons fort vnisomblable que Pascal a composé plusieurs de ses Pensées poar la Compagnie d'ôlile qui s*assemblait à Porl-Royal, ou du moins en vue et en souvenir d'elle. Ouvrez le manuscrit autographe de Pascal, vous v renconirerez une foule de réflexions, de pensées, de maximes, qu avec la meilleure volonté du monde il est impossible de considérer comme des matériaux amassés par Pascal pour son gran4 ouvrage sur la religion.*