‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 1 sur 135 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Int€rvalle de quatre ans entre la paix de Ryswick et la guerre de la succession d'Espagne : fin de 1697 à 1701.

I. —La paix emplorée à réparer les maoi de la guerre; efforts pour raaimcr la prospérité pnblique. — Diminution momentanée des charges financières. — Désarmement. — Mesures de bien public : hùpiUui, loi somptuaire. — Encouragements à l'industrie, au commerce, aux colonies. — Nouvelle organisation des Académies. — Complément aux bâtiments. — Affaires religieuses.— Quiétisme; le livre des Maximes de» Sainte. — Conseil des affaires des religionnaires.

II faut rendre justice à Louis XIV: il n'avait pas pris son parti de cette décadence. C'estundes traits essentiels de sa grandeur que de n'abandonner jamais ses plans de prépondérance au dehors, de prospérité publique au dedans, de les poursuivre à travers les difficultés ou les résistances, de les reprendre aussitôt que les obstacles out disparu . Ainsi la guerre de Uolluude n'avait que ralenti, non suspendu, le développement

des institutions intérieures; et la p<iixdeNimègueleur avait imprimé un élan nouveau qui compléta la gloire de la plus illustre période du règne. Une impulsion analogue et plus nécessaire se fit sentir après la paix de Ryswick. A peine délivré de la seconde coalition, le roi se mit à Tœuvre pour réparer, dans toutes les parties du gouvernement, les conséquences de cette impitoyable guerre. Sa vigilance ne négligea pas plus le servicedespauvresquelesoindeson autorité, pas plus le travail, l'industrie, le commerce, que rachèvement deses palais, pas plus les colonies que les académies. Ce tableau mérite une attention particulière : quoique la personnalité royale y perce en plus d'un endroit, il n'en est pas moins un témoignage considérable de son application aux intérêts communs et une recommandation sérieuse devant l'histoire.

Dans les derniers jours de septembre 1697, le dernier traité de Ryswick, celui des Impériaux, n'étant pas même encore signé, le roi, au Conseil des finances, arrêta tous les comptes de l'année, et annonça par de bonnes parolessesintentions pour l'avenir: « Il faut «présentement,dit-il,chercherautantdemoyenspour <K supprimer les éditsque nous en cherchions pendant « la guerre pour les élablir(l).)) La dépense depuis un an avait dépassé ISOmillions. Pour premier soulagement il cassa tous les régiments de milice, et ôta ftiS' tensile ; c' éiSLii déjà une décharge de douze millions. Quelques semaines après, il arrêta que la capitation

(1) Dangeau, Journal, 30 septembre 1697.

DIMINUTION DES CHARGES PUfiUQUES 3

ne serait plus payée que pendant les trois premiers mois de l'année suivante; et elle cessa en effet au 1" avril 1698,conformément à la promesse qu'il avait donnée en rétablissant. Les provinces qui avaient le plus souffert méritaient un, soin de faveur; l'Alsace entre a u très avait payé chaque année 1 ,400^000 livres enai^ent^ et plus de deuxmillionspar les fourrages. Ces contributions furent sensiblement réduites; l'impôt de la province rabaissé pour l'avenir à 100,000 Uvresy et la ville de Strasbourg dispensée de tout droit sur les entrées et sorties de marchandises (1). Le roi demanda^ il est vrai, aux officiers de finances un sacrifice personnel ; une taxe assez élevée qui trompait leurs calculs, etdont Racine en particulier conçut un grand chagrin, sans toutefois y succomber en victime d'un caprice royal, comme on le répète depuis près de deux siècles (2). Mais cette exigence pouvait s'expliquer par les profits que ces officiers réalisaient en

(1) DangeaUf Journal, 16 juin 1698.

(2) On s'est compta à faire de Racine une victime de son dévouement au bien public et d'une disgrâce capricieuse du roi. Selon cette tradition, Racine avait rédigé un mémoire éloquent sur les souffrances du peuple, et Louis XIV, mécontent que le po3te prétendit se faire homme d'État, l'aurait pour toujours écarté de sa vue. Ni Tune ni l'autre assertion n'est vraie :

1^ Le prétendu mémoire pour le peuple était une réclamation personnelle, et, si Ton veut, quelque peu égoïste. Racine était trésorier de France à Moulins, beaucoup moins pour en remplir les fonctions que pour en toucher le revenu ; tous les ans même* par la faveur du prince de Gondé, il recevait quittance de la Paulette sans payer ce droit Après la paix de Ryswick, il fut compris, dans une mesure cornnmne à tous les officiers de finances, qui leur demandait un sacrifice pour le service du roi, et taxé à 10,000 livres selon les uns, à 4,000

certains cas, et ce qu'ils rendaient dans cette circonstance dégrevait d'autant les contribuables. Dans une pensée analogue, le roi retira aux officiers de finances et de justice plusieurs avantages qui retombaient en surcharge sur les contribuables. Pendant la guerre, en retour de leurs dons d'argent, il leur avait accordé des augmentations de gages et diverses exemptions. Après la paix il s'attacha à les rembourser pour n'avoir plus à leur continuer ces faveurs. Dans Tespace de moins de deux ans, si l'on en croit Dangeau, il rem-

selon les autres. Cette taxe dérangeant fort ses petites affaires, comme il récrivait à M"'° de iMaintenon (4 mars 1698), il rédigea un mémoire qu'il confia au maréchal de Noailles, et que celui-ci til remettre au roi par Varchevéque de Paris, son frère. Au bout de quelques jours, impatienté de ne pas avoir encore de réponse, il fit agir la comtesse de Grammon*. auprès de M'^'^de Maintenon, dans l'espérance que celle-ci agirait auprès du roi ; c'est encore lui qui b raconte. C'était beaucoup d'insistance et au moins assez pour indisposer Louis XtV. Un grief encore plus sérieux vint s'y joindre. Quelques-uns de ces officieux qui fourmillent dans les cours lui rendirent le mauvais service de l'accuser de jansénisme et d'attachement à Port-Royal. Or, « dans « l'idée du roi, dit-il lui-même, un janséniste était tout ensemble un « homme de cabale et un homme rebelle à l'Église; » l'accusation était faite pour émouvoir le prince qui se tenait toujours en garde contre une maison et une doctrine suspectes. De là un refroidissement qui, pendant quelques jours, priva Racine de voir le roi et même M'"* de Maintenon. Il dépeint lui-même, dans la lettre déjà citée, le chagrin qu'il en ressentit ; mais l'épreuve ne dura pas, comme on va le voir.

2* Dans cette lettre du 4 mars 1698, il se justifie du soupçon de jansénisme ; il atteste sa soumission d'enfant pour tout ce que TÉglise croit et ordonne. 11 explique, par des raisons de parente et de charité, ses relations avec la maison de Port-Royal, et il invoque avec une confiance entière le témoignage du Père de la Chaise, confesseur du roi. Il paraît que celte justification fut suffisante et prompte, car, dès le mois suivant, on voit, par ses lettres à son fils, qu'il était à Marly, e^est-à-dire d'en de ces voyages dont le roi faisait toujours une faveur.

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