DIMINUTION DES CHARGES PUBLIQUES
boursa à ce titre cinquante millions. Ce qui produisit deux bons effets : augmenter le nombre des contribuablesà la taille et aux droits levés pour le roi^ et remettre de l'argent dans les provinces épuisées par la dernière guerre (1).
D'autres opérations n'eurent pas moins pour objet la reprise desaffaires et le soulagement du trésorroyaL Six mois après la paix, le roi empruntait sur l'hôtel de ville au taux normal de 20 pour l(X)(au denier 20); ell'empruntétait couvertgrâceàl'abondanced'argent
On l'y voit de nouveau au mois de juin. Au mois de juillet, il se félicite que le maréchal de Noailles ait pensé à son fils pour en faire un gentilhomme do la manche du duc de Bourgogne. Invité à aller a« camp de Gompiègne, il décline Tinvitaiion parce qu*il veut se réserver pour le voyage de Fontainebleau, et, dans l'intimité^ il donne cette autre raison : qu'il n'aurait guère à Gompiègne le temps défaire sa cour, parce que le roi serait toujours à cheval, et que lui n'y serait jamais. S'il ne va pas à Fontainebleau en octobre, c'est d'abord parce qu'il doit assister ailleurs à la prise d'habit d'une de ses filles, et ensuite parce qu'il est malade. Enfin, au commencement de janvier 1699, comme il est malade encore, il écrit qu'il n'ira pas à Versailles avant le voyage de Marly : il a besoin, dit-il, de se ménager encore quelque temps, afin d'être en état d'y faire un plus long séjour. Au mois de mars, le mal augmente, et les médecins perdent tout espoir. Alors, ce qui prouve bien qu'on ne le regarde pas comme un disgracié, « il est, n dit Dangeuu, fort regretté par les courtisans ; le roi même paraît M affligé de l'état où il est, et s'en informe avec beaucoup débouté. » Après sa mort, cette bonté continue sans embarras. Le roi, ayant aperçu Boileau : « Âh ! Despréaux, lui crie-t-il, nous avons beaucoup c perdu, vous et moi, à la mort de Racine; » et îl ne s'en tient pas à des paroles. Le 7 mai 1699, Dangeau enregistre le don de 2,000 fr. de pension pour 1^ veuve et les enfants de Racine. Le fils aîné aura 1,000 francs et la veuve 1,000 francs^ pour l'aider à élever les cadets. Voilà, tirée de la correspondance môme de Racine, la véritable histoire de cette disgrâce. Il semble difficile, devant ces faits positifs, de soutenir encore le roman ou le mélodrame populaire. (1] Dangeau, Jowrnal, 9 juin 1699.
que la paix avait fait reparaître dans Paris. Dix-huit mois plus tard il put réduire au même taux les anciennes rentes émises au denier 18. Ceux qui refusèrent la conversion furent remboursés; personne n'eut ledroit de se plaindre, et le roi gagnasur cette opération4 millions (l).Pourmultiplier l'argent en circulation, pour en attirerdavantage dans le royaume, il remit dans le commerce les pistoles, les vieux louis, les pistoles d'Espagne et les patagons: et bientôt, pour rendre à la monnaie son crédit, il abaissa le taux factice où il l'avait portée, diminuant d'abord les loais de cinq sous etlesécusblancsd'un80u,avec la promesse de les dimi- Duerd'autantdedeuxmoisendeuxmoisjusqu'àceque, aui*'janvierl701,lelouisnevalûtplu8que 12 francs etl'écu blanc trois livres dix sous (2). On regrette de trouver, au milieu de ces sages efforts, l'établissement de quelques monopoles tels que celui de la poudre et du menu plomb, dont l'adjudicataire, moyennant une somme de 700,000 francs, était autorisé à élever le prix de sa marchandise.
L'entretien de l'armée ayant toujours été la grande dépense^ le meilleur gage d'économie était le désarmement. Louis XIV y procéda dès le premier jour. En novembre 1697, il annonçait la réforme de cinq hommes par compagnie d'infanterie, la suppression de 58 régi* mentsde cavalerie sur 108et de lamoitiédes régiments de dragons.En févriersuivant, il avait réformé 20 régiments decavalerieet 14 dedragons; en mars, lesSuis-
(1) Dangeau, JownuU^ 27 mare 1698, 29 novembre 1699.
(2) Dangeau, Journal, 26 septembre et 29 décembre 1699.