L'AUTRICHE SEULE CONTRE LA FRANCE
voyard^ comme le Brandebourgeots^ devient roi (1) Pendant que les contractants d'Utrecht pouvaient se féliciter de leurs avantages sans que Louis XIV eût véritablement à s'en plaindre^ il y avait les Cercles de l'Empire qui se lamentaient de voir la paix se faire sans la moindre consolation pour eux, sans réifUéffra-tioUy sans barrière, sans sûreté, après qu'ils avaient subi tant cTincommodités pour l'honneur de leurs engagements envers la Grande Alliance (2). Il y avait l'Empereur, qui, sans se déclarer ouvertement, faisait entrevoir, par le langage d'un de ses ministres à Utrecht, qu'il se préparait à rompre la négociation. On sut bientôt que l'archevêque de Mayence avait convoqué les députés des Cercles à Heilbron pour délibérer sur l'acceptation de la paix ou sur les moyens de continuer la guerre (3), que le comte de Sinzendorf avait eu une entrevue avec Marlborough , enfin que l'Empereur se croyait assez fort pour continuer la lutte tout seul avec l'Empire. Il parut nécessaire de ne pas se laisser surprendre, et, dès le milieu de mai, Villars fut chargé du commandement de l'armée du Rhin. En arrivant à Strasbourg, il apprit que le prince Eugène prenait lejour même le commandement de l'armée ennemie. Malgré l'inégalité des forces, l'Autriche tentaitencore
(1) Pour le texte de tous ces traités d'Utrecht, voir les Actes et Mémoires de la paix d^ Utrecht, tome III, ou Dumont, Corps diplo* matique, tome VIII.
(2) Actes et Mémoires d^ Utrecht, tome II, page 182 : propositions faites par les députés des quatre Cercles aux ministres de la Grande* Bretagne.
(3) Dangeau, 27 avril 1713.
une fois la fortune. La guerre ayant cessé partout ailleurs^et lesarmées étant inutiles en Flandreja France pouvait rassembler sur le Rhin ou sur la Moselle cent quatre-vingt-dix bataillons et deux cent soixante-trois escadrons; Eugène en avait à peine la moitié. Pour conserver cette supériorité, Villars se hâta d'agir et de dérouter les desseins de l'ennemi. Il feignit de marcher vers Rastadt pour passer le Rhin près de celle ville, et tandis qu'Eugène y rassemblait en effet ses meilleures troupes, tout à coup les Français, changeant de direction, arrivèrent, par une marche de seize heures, sur le Spirebach, établirent leur quartier général àSpire, et investirent Landau, tantdefois prise et reprise depuis le commencement de la guerre. La ville était forle, défendue par douze mille hommes, et commandée par un prince de Wurtembei^, fort estimé en Allemagne. En tenant avec énei^ie, elle pouvait donner à Eugène le temps de réunir une armée de secours. Mais les princes germaniques n'envoyaient pas leurs contingents au général de l'Empereur ; un d'eux, le prince de Dourlach, quitta même le service de l'Empire pour échapper aux contributions de guerre; l'électeur palatin demanda des ménagements aux Français en protestant de son désir de faire la paix. Ces défections réduisaient Eugène à se tenir inactifderrière les lignes d'Etlingen, au delàduRhin. Villars put faire occuper Kayserlautern, et fermeraiix Allemands le chemin de Manheim. Il prit, l'unapi-ès l'autre, tous les ouvrages de Landau, malgré une énergique défense à laquelle il se plaisait à rendre boni-
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mage^ et après deux mois de persévérance^ il contraignit les assiégés à céder^ sans antre capitulation que de se rendre prisonniers de guerre (19 août). Le brave Wurtemberg dut en passer par là^ et le chapitre de Spire fit chanter le TeDeum pour la prise de Landau parles Français (1).
De la rive gauche^ Villars s'occupa sans délai de passer sur la rive droite^ de frapper encore une fois rAutriche personnellement dans une de ses possessions héréditaires. Il avait en vue Fribourgen Brisgau. La difSculté de passer le Rhin s'accroissait ici de la nécessité de transporter sur l'autre bord l'énorme ba* gage d'approvisionnements nécessaires à une grande année. En outre^ la ville de Fribourg, bien fortifiée par la main des hommes, avait encore d'un côté pour rempart une chaîne de montagnes^ comme une ligne de forts naturels. Eugèneavait chargé un de ses lieutenants d'occuper avec huit mille soldats le Ross-Kopf, la principale de ces hauteurs. Par des marches effectuées le longdu Rhin, de Mayenceàliuningue^pardes ponts portatifs placés et déplacés tour à tour sur différents points du cours du fleuve, Villars inquiéta encore une fois Eugène pour Rastadl et pour Etlingen . Quand il crut l'illusion complète, il lança en avant quarante bataillons, et au sortir d'un bal donné, non sans dessein, à Strasbourg, il traversa lui-même le Rhin avec le reste de ses troupes (17 septembre). Des ivirlis de cavaliers, expédiés jusqu'au Danube pour
(Ij Mémoires de Villars.
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lever des contributions, effrayèrent les Allemands et les trompèrent sur sa marche; il arriva sans obstacle devant Fribourg, par un autre chemin, en même temps que les quarante bataillons partis les premiers. Il importait avant tout d'occuper le Ross-Kopf ; l'attaque fut immédiate et décisive. Malgré laroideurde Tassaut et la fermeté du feu de l'ennemi, l'impétuosité française, animée par celle du maréchal, débusqua les Autrichiens de ce poste imprenable, et rendit facile l'occupation des autres. Il restait à ouvrir la tranchée. La saison avancée, le retard de ses vivres, ne découragèrent pas Vi Uars ; il ne craignît pas de commencer les travaux de siège. Alors Eugène, qui se désolait d'appeler chaque jour des renforts sans rien voir venir, frémissant d'impatience de laisser prendre une ville de cette valeur sans la secourir, quitta les lignes d'Etlingen et s'avança vers Fribourg. Il comptait sur une sortie de la garnison pour compenser l'infériorité de son nombre, et pour prendre l'assiégeant entre deu\ feux. Quel ne fut pas son désappointement quand il trouva fermés tous les chemins des montagnes, et la plaine seule libre, paroùVillarsTattendaîtavec la certitude de le battre. Il se retira tristement, vaincu comme à Denain par le même adversaire, et cette fois sans même avoir combattu. Après son départ, la garnison, menacée d'un assaut impitoyable, abandonna la ville et s'enferma dans la citadelle (30 octobre). Elle y tint encorequinze jours etse constitua prisonnière de guerre le 13 novembre. L*hiver rendait impossible la continuation des hostilités. Villars rentra enFranee