DESTRUCTION DE PORT-ROYAL DES CHAMPS
On ne parlait plus guère de Port-Royal depuis trente ans, et surtout de Port-Royal des Champs depuis qu'il n'avait plus de pensionnaires. En 1706^ il futquestion de faire accepter par les religieuses de cette maison la bulle Vm^amZ)(Wwm et l'ordonnance de l'archevêque de Paris. On leur apporta la formule suivante à signer : « La bulle et l'ordonnance ci-dessus ont été lues et pu- « bliées à la grille de Port-Royal par nous^ prêtre, <c soussigné, et reçues avec le respect dû à Sa Sainteté «cet à Son Éminencepar les religieuses. » On ne leur demandait rien qui ne fût un devoir pour tout catholique croyant, puisqu'il ne s'agissait que d'adhésion à un enseignement doctrinal défini par toutes les puissances ecclésiastiques. Les religieuses prétendirent ne s'y soumettre qu'à leur manière, avec cette clause : €c Sans dérogera ce qui s'est fait à leur égard à la paixde a r Église sous le pape Clément IX. » C'était dire qu'en 1669, en promettant toute Tobéissance due aux constitutions des papes, elles s'étaientréservé d'interpréter tout bas cette obéissance dans le sens du silence respectueux, et qu'en 1706 comme en 1669 elles s'opiniâtraient à ne pas reconnaître d'hérésie dans Jansénius. Il était vraiment singulier et ridicule^ dit un historien favorable à Port-Royal (1), qu'une vingtaine de filles, vieilles, infirmes, et la plupart sans connaissances suffisantes, vinssent faire acte de méfiance envers une bulle pontificale, reçue par l'assemblée du clergé, acceptée avec de grands témoignages de soumission
(1) Sainte-Beuve, Histoire de Port-Royal, tome V.
par la faculté de théologie^ publiée avec mandement par tous les évêques. Elles ne s'en obstipèrent pas moins dans leur jugement personnel: <( Devons-nous « livrer nos consciences? » disaient-elles. Une des plus vieilles invoquait déjà le martyre : « Lia seule c( pensée que je souffrirai encore pour la vérité me <t remplit de joie. »
Le père Quesnel, du fond de la Hollande où il était réfugié; applaudit à cette opposition. Ils étaient en vérité bien coupables^ ces théologiens qui^ pour venger leur cause et se concilier la faveur de l'opinion publique, s* abritaient derrière les dangers et les souffrances de ces femmes égarées par leurs enseignements. Mais l'autorité royale elle-même contribua à leur susciter des partisans par les mesures qu'elle adopta pour la punition des récalcitrantes. Les premières : interdiction^ par arrêt royal^ de recevoir des novices, défense d'élire une abbesse, n'étaient encore que des peines spirituelles justifiées par l'état de révolte où les religieuses se mettaient contre les supérieurs légitimes. Comme elles n'y cédèrent pas, on voulut aller plus loin^ et ôter pour toujours à Porl- Royal des Champs soq existence particulière. Par une sentence de l'ofBcialité métropolitaine, ses biens furent déclarés réunis à ceux de Port-Rovalde Paris. Les religieuses dépossédées protestèrent et en appelèrent à la primatie de Lyon. Le cai*dinal de Noailles, qui, danscette affaire, paraissait entièrementdéclaré contre le jansénisme, les excommunia (novembre 1707)^ et demanda au pape une bulle pour consacrer définitive-