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de Meaux et de trois ministres^ le chancelier Pontchartrain^ le duc de Beauvilliers et Voisin, rendit une décision arbitrale, qui paraissait cnnnble de satisfaire les deux partis. Le cardinal permellrait la lecture de l'instruction pastorale des deux évêques, etdésapprouverait par un acte public le livre du père Quesnel. Les deux évêques en retour écriraient au cardinal une lettre de satisfaction sur celle qu'ils avaient écrite au roi contre lui ; cette satisfaction aurait lieu aussitôt après l'accomplissement des conditions proposées au cardinal (1). Le cardinal fit des
•,l) A cette occasionyOn a insiaué que le duc de Bourgogne était favorable au jansénisme ; et Ton entrevoit dans la correspondance de Fénelon la crainte que le jeune homme ne se laisse prendre aux subtilités du parti. La réponse à ces bruits ou ces appréhensions se trouve d'abord dans une lettre du duc de Bourgogne à Fénelon, du 21 mai 1708, et dans un Mémoire écrit de sa main à l'époque de sa médiation, et trouvé dans ses papiers après sa mort. Il dit dans la lettre de 1708 : « Quant à l'article des jansénistes, j'espère, par la (c grâce de Dieu, non pas telle qu'ils l'entendent, mais telle que la <r connaît l'Église catholique, que je ne tomberai jamais dans les « pièges qu'ils voudront me dresser. Je connais le fond de leur a doctrine, et je sais qu'elle est plus calviniste que catholique. Je sais « qu'ils écrivent avec esprit et justesse ; je sais qu'ils font profession « d'une morale sévère, et qu'ils attaquent fortement la relâchée ; « mais je sais en môme temps qu'ils ne la pratiquent pas toujours. « Vous en connaissez des exemples qui ne sont que trop fréquents. » Dans le mémoire que le roi fit imprimer et sur lequel le roi voulut avoir Vavis de Fénelon, il rassemble d'une manière vive, courte , claire et précise toutes les erreurs qui composent le jansénisme. 11 représente les jansénistes soutenant d'abord la question du droil sur laquelle ils furent condamnés; ensuite prétendant ne l'avoir jamais soutenue et recourant à celle qu'ils nomment de fait, sans vouloir paraître avoir reculé. Il les montre retranchés dans le silence respectueux et cherchant un dernier refuge dans l'école des Thomistes, qui les désavoue et les rejette. N'est-ce pas embrasser avec un vrai
objections^ traîna en longueur, et il croyait déjà l'affaire ajournée indéfiniment par la mort du duc de Bourgogne, lorsque le roi lui remit un mémoire où il lui offrait de nouveau^ mais avec le ton du commandement, les conditions déjà proposées et la levée de l'interdit prononcé contre les jésuites. C*élait le roi qui parlait dans ce mémoire; c'était le roi qui le remettait confidentiellement au cardinal; c'était donc au roi seul et avec le même secret que le cardinal devaitrépondre(l). Mais il laissa ou fit imprimer, en France et en Hollande, le mémoire que personne ne pouvait connaître que par lui, et la réponse que le roi seul avait le droit de connaître ; et dans cette réponse, il représentait le mémoire comme l'œuvre de gens qui abusaient de la confiance du roi, qui voulaient mettre à profit la mort d'un prince pleuré par toute la France, et soumettre un cardinal au jugement
génie toute ^histoire du jansénisme et en saper jusqu'aux fondements peu* une simple exposition? Ce résumé et cette appréciatioii se trouvent dans une lettre de Fénelon (3 mai 1712) au ministre Voisio, qui lui avait demandé, de la part du roi» son avis sur ce Mémoire. Voir Œuvres de Fénelon, tome IV^ pages 202 et 203.
(1) Voir VExamen de la réponse du cardinal de Noaittes parFénelon, tome IV» pages 209 et 210 : « Sa Majesté, par bonté pour loi. a bien voulu faire la fonction de médiateur entre lui et les évéqaes: elle lui donno, de sa propre main» son projet d'accommodement : ce cardinal peut» il est vrai, n'accepter pas ce projet, mais il doitao moins garder le secret ou savoir du roi s'il l'en dispense. Il n*f i aucun homme de la plus haute dignité qui se croie libre de divulgîier un projet d*accommodement que le dernier des hommes aurait fait avec affection pour lui procurer la paix, à moins qu*il ne fût assuré du consentement de cet homme. Telle est la règle d'honneur daos la société humaine, n
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d'un évéque son suffragant, d'un simple curé et des jésuites. On comprend tout d'abord^ par le caractère bien connu de Louis XIV^ quelle offense c'était lui faire que de le représenter comme un aveugle qui donnait pour sien un écrit qu'il n'avait ni compris ni lu. comme l'instrument inconscient d'une cabale puissante, enfin comme capable d'exploiter la mort de son petit-fils pour vexer son archevêque. Il dut ne voir dans cette contradiction qu'une manœuvre du cardinal a pour se consoler de l'improbation du roi c( en tâchant de gagner le public^ pour se faire admi- « rer par ceux qui sont toujours prêts à critiquer l'au- « torité la plus respectable (1) ». C'est Fénelon qui parle ainsi, ce n'est pas le père Le Tellier (2).
(1) Fénelon, Ibid. Réflexions générales, UL
(2) On pourrait citer bien d'autres passages de la correspondance et autres écrits de Fénelon, pour démontrer que ce n'était pas le père Le Tellier tout seul qui dénonçait les tendances du cardinal de Noailles, le danger du livre de Quesnel, et la nécessité d'une décision solennelle, appuyée par le rot, contre ces doctrines. Fénelon écrivait à Gbevreuse (2 janvier 1712) : « Il s'agit de la foL..Les jésuites on. sans doute leurs défauts, comme tous les corps très-nombreux, répandus en tant d'emplois extérieurs, et avec tant d'autorité. Mais dans la conjoncture présente, il est capital de soutenir ce corps qui est attaqué pour la foi, et qui est seul en état de résister à la trèspuissante cabale tles jansénistes. » Il écrivait à Beauvilliers (25 décembre 1712) : « Le jansénisme fait des progrès étonnants. Les défenseurs de la bonne cause deviennent de plus en plus odieux et méprisables... Le confesseur du roi n'a qu'un demi-crédit. Il importe de soutenir fortement le père Le Tellier, car si le parti vient à bout de le décréditer, il ne resterait plus personne en place contre le parti, et M. le cardinal de Noailles en tirerait de grands avantages. Il serait à désirer que quelque ami commun fît un concert très-secret entre le père Le Tellier et vous pour les choses les plus capitales. »
Le cardinal de Noaiiles^ dans sa réponse au mémoire du roi^ se refusait absolument à relever les jésuites de l'interdit qu'il leur avait infligé. Il refusait également de condamner le livre du père Quesnel^ pour trois raisons : P parce qu'une condamnation ainsi demandée passerait pour une condamnation forcée; 2® parce que depuis dix-huit ans qu'il avait approuvé ce livre, il en avait bien perdu les idées; 3* parce que le pape étant en ce moment occupé à examiner ce livre, Sa Sainteté trouverait mauvais qu'un autre prononçât sur cet objet un jugement juridique avant Elle. Rien ne lui paraissait donc plus convenable que d'attendre le jugement du pape auquel il promettait d'être très*soumis. Cette dernièredifBciilté, par laquelle il se flattait peut-être d'éluder les instances du roi, fut précisément ce qui le mit dans l'obligation de se prononcer. Il demandait le jugement du pape; le roi saisit l'arme qu'on lui proposait, el sollicita lepape de mettre fin, par l'autorité d'un jugement apostolique, aux contestations qui troublaient lapaix des consciences. Telle fut l'occasion de la constitution Unigefdtm qui fut promulguée en 1713. Au lieu d'un coup monté ténébreusement par le père Le Tellier, il convient de n'y voir que l'acceptation d'un défi jeté par le cardinal de Noailles.
A en croire certains historiens, à la tête desquels brille Saint-Simon par son empressement, son aplomb et ses ignorances, la Constitution fut u ne œuvre de dissimulation et de fraude, rédigée en dehors des cardinaux qui sont pourtant les assesseurs etconseilJers
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nécessaires du pape sur des matières de cette importance. El le procède des làèe^ultrarnontaines insipirées à I^iouis XIV par sa mère et imposées par Louis XIV à ses parlements (1). Elle a été commandée au pape par le roi ; car le pape ne trouvait pas dans le livre en question de proposition répréhensible^ et les instances des Français lui en ont bien fait trouver plus de cent. Or^ le bruit que faisait le livre de Quesnel avait si bien éveillé l'attention spontanée de la cour de Rome^ que déjà eu 1703 elle l'avait donné à examiner au Saint-Office, et qu'en 17081e pape Clément XI l'avait condamné par un décret solennel. Le nouvel examen demandé par Louis XIV (1712) dura plus d'un an.
(1) Les idées ultramontaines de Louis XIV! Son habitude de toal céder à la cour de Rome ! Serait-ce par hasard dans ses démdlét avec Alexandre VII, dans la si longue querelle avec Innocent XI> ou dans le soin qu'il prend de ne recevoir les bulles de Rome que lorsqu'elles ont été adoptées par l'Église de France? II faut être Saînt- ^imon pour s'aviser de pareilles extravagances. On ferait un recueil curieux de toutes les inventions, de toutes les contradictions dans lesquelles le jette son antipathie contre la bulle. Outre qu'il ignore les faits matériels» leur date, par conséquent leur liaisbn entre eux, il se dédit d'une page à l'autre, avec la sécurité d'un grand seigneur qui ne se doute pas qu'il puisse errer et que quelqu'un ose le prendre en défaut. Il place intrépidement axiant la bulle la révocation, que II? cardinal de Noailles ne fit qu'après, de Tapprobation donnée par lui au livre de Quesnel. Il montre Le Tellier demandant une condamnation in globo qui, en n'épargnant rien et en tombant sur tout, pût se sauver par le vague, et, à la page suivante, voulant une constitution qui condamne des propositions extraites du livre. C'est ainsi encore qu'après avoir dit que Louis XIV avait toujours été conduit par les jésuites et M™® de Maintenon gouvernée par le même esprit, i\ quelques lignes de là il affirme l'aversion de M'"^' de Main tenon pour les jésuites. Voir tome Vf, chapitre xxxviii, pages 410 et suivantes.
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Les treize examinateurs, entre lesquels on ne comptait qu'un jésuite, eurent d'abord ensemble dix-sept conférences; puis ils soumirent leur travail au pape et à neuf cardinaux du Saint-OfBce dans yingt-trois congrégations ou séances. Le pape y apportait une attention qui fut admii^; chacune des propositions lui coûta trois ou quatre heures d'étude ; le travail sur l'ensemble, écrit de sa main, aurait pu faire un gros volume (1). Une instruction aussi consciencieuse répondait déjà de la sagesse et de l'exactitude dujuge- , ment. La lecture attentive et intelligente de la bulle, en dehors même de l'adhésion due aux constitutions apostoliques, achève la démonstration.
La bulle Unigejiitus condamne cent et une propositions extraites des Réflexions morales de Quesnel. Ce nombre ne paraîtra pas exagéré, si on se souvient queBossuet, qu'on n'ajamais accusé de passion dans cette affaire, en dénonçait cent vingt. Ces propositions ne sont pas autant d'erreurs différentes, mais diverses formes des mêmes erreurs, et il n'y en a « aucune, dit « Fénelon, qui ne soit en elle-même excessive, cap- « tieuse, accommodée au système de Jansènius et dite gne d'unerigoureusecensure(2). » Il n'est pas même nécessaire d'être théologien pour y reconnaître trois points principaux contraires à la doctrine et aux usages de l'Église catholique : la fakdité et la prédestination janséniste, le droit de résistance aux déci-
(1) Voir la Ccfrrespmdance de FéneUm^ tome IV, septembre 1713.
(2) Fénelon, Mandement sur la constitution « Unigenitus ».