‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 116 sur 135 · RIVALITÉ DK NOAILLES ET DE LE TELLIER · texte numérisé non relu

RIVALITÉ DK NOAILLES ET DE LE TELLIER

défense des évéques de Lu(^on et de La Rochelle^ lui envoyait le modèle d'un mandement contre le père Quesnel, et lui promettait l'assistance du père Le Tellier. Il tenait donc les preuves d'un complot des jésuites contre lui ; il en envoya les pièces au roi ; mais, au lieu d'attendre une réponse, il se hâta de retirer les pouvoirs à la plupartdes jésuites qui exerçaient dans le diocèse de Paris, sous ce prétexte qi/ils émet" gnaientune mauvaise doctrine et soulevaient le troupeau contre le pasteur. La précipitation ne lui permit pas de voir dans quelle contradiction il se jetait. Cette mauvaise doctrine ne l'avait pas empêché depuis trenteans de confier des pouvoirs aux jésuites ; et si les jésuites soulevaient vraiment le troupeau contre le pasteur, il ne suffisait pas de les accuser tout haut,il fallait produiredespreuvespubliquescommel'accusation. Cette remarque est de Pénelon. M"* de Maintenon, qui ne se lasse pas de rappeler le cardinal au calme et au bon sens, lui écrivait de son côté : « De dire que les jésuites «sont incapables de confesser, il n'est pas possible ce qu'ils soient devenus tels dans un moment; s'ils sont « dans une intrigue contre vous, ce ne sont que quelce ques particuliers, et vous faites affronta tout lecorps tf à qui vous faites un crime de ce qu'il se dit innove cent. )» Il s'opiniâtra. Il n'avait pas osé interdire le père Le Tellier, le confesseur du roi, précisément celui qu'il voulait frapper avant tous les autres ; mais il s'obstina à demander que le roi changeât de confesseur, a II y va, écrivait-il, du salut du roi. Le père Le c( Tellier manqueaux premiers principes de la probité

0a4 SECONDE ÉPOQUE DU JANSENISME

« et de la sincérité (1)^» et ilcontinua àrédamer contre lemauv€às choir desévéques.

Telle fut la cause de la rupture entre le cardinal et le roi. Le cardinal, en dépit des conseils de M** de Maintenons refusa de revenir sur son interdit^ affectant toujours de le présenter comme une afiaire spirituelle^ comme un devoir de conscience; et le roi n'y voulut jamais voir qu'un procédé particulier, que la vengeance personnelle d'une prétendue 0|i^e;i^^(2). De là^ pourlecardinal^ la popularité qui s'attache à tout acte de résistance contre une autorité puissante, et pour les jésuites l'imputation d'avoir exploité contre un prélat vertueux et courageux l'aveuglement où ils tenaient le roi. Fénelon leur conseillait de â'efl&oer dans cette circonstance^ de supporter avec patience et humilité ce qui n'intéressait que leur ordre, et de ne pas souffrir que le roi s^ échauffât sur cet arti' de (3). Si le père Le Tel lier peut mériter le reproche de n'avoir pas adopté cette règle de conduite, on va voir que le cardinal s'engagea de lui-même dans des démarches fort propres à échauffer le roi sans l'intervention d'aucun conseiller.

Le roi avait chargé le duc de Bourgogne de ménager un accommodement entre le cardinal et les deux évéques de Luçon et de La Rochelle. Ce prince^ avec l'assistance de l'archevêquede Bordeaux, de Tévêque

(1) Lettre du cardinal è Maintenon, Il août 1711.

(2) Lettres de Maintenon à Noailles, juillet et octobre 1712.

(3) (Euvres de Fénelon, tome III, page 879 : Féneloo au duc de Ghevreuse, 19 décembre 1711.

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