LA BULLE UNIGENITUS
qui était le plus capable de mettre fin aux divisions. Le 28 septembre, il révoqua par mandement Tapprobalion qu'il avait autrefois donnée au livre du père Quesnel. « Il en condamnait la doctrine, il endéfen- « dail la lecture aux fidèles de son diocèse. Il ne pou- « vait plus souffrir que son nom parût davantage à la «têled'un livre condamné par Sa Sainteté. » Le roi, fidèle à sa coutume de ne recevoir un jugement de Rome, même demandé par lui, qu'après l'avoir fait examiner par les évêques de France, convoqua une assemblée du clergé qui dura plus de trois mois, du lôoclobre 1713 au P'février 1714. Cette assemblée examina la bulle à loisir; elle rédigea une instruction pastQrale qui enjustifiait toutes les dispositions, et, à une majorité considérable (40sur51), ncce|)la la constitution avec soumission et respect. Le roi en ordonna l'exécution par des lettres patentes qui furent enregistrées au parlement de Paris, le 15 février. Les magistrats, selon leur coutume, firent quelques réserves en faveur des libertés de l'Église gallicane, et contre une manière d'interpréter la bulle qui pourrait nuire à l'autorité du roi et à celle des évêques. Il est sorti plus tard de ces réserves de graves oppositions qui ont agité une grande partie du règne suivant. Mais, dans le moment même, celane parut qu'uneformalité sans conséquence qui ne serait pas un obstacle à la paix (1).' C'était quelques jours avant la signature du traité de Rastiidt.
(1) Voir ces réserves dans Dangoau, Journal, 15 février 1714.
Ces espérances favorables s'évanouirent presque aussitôt. Une nouvelle contradiction du cardinal de Noaîlles ranima les troubles qui semblaient apaisés. Dans la dernière séance de l'assemblée^ le cardinal avait déclaré^ en son nom et au nom de huit évéques, qu'il leur était impossible d'accepter la bulle et l'instruction pastorale qui en contenait le commentaire; ils se croyaient obligés de recourir au pape^ et de lui proposer leurs peines et leurs didficultés. A leurs yeux j ce parti était le plus régulier, le plus canonique, le plus respectueux pour le pape et le plus utile pour conserver la paix de l'Ëglise. Quelques jours après, il se mit en opposition formelle et publique. Le 25 février, il défendit par mandement de recevoir la bulle dans son diocèse, sans son autorité sous peine de sus* pense, «c Ainsi on voyait en deux ans le même « homme refuser obstinément de condamner le livre (c du père Quesnel, et engager sa soumission au jugece ment que le pape en porterait, puiscondamneroe a même livre, et rejeter le jugement que le pape eu <K avait porté (1). » Il n'était pas plus conséquent avec lui-même dans sa nouvelle entreprise. En faisant remettre aux docteurs en théologie de la faculté de Paris le mandement par lequel il défendait de recevoir la bulle, il déclarait qu'il n'entendait pas les comprendre eux-mêmes dans l'ordonnance. Si 'a bulle n'était pas acceptable, pourquoi laisser aux docteurs le droit de l'accepter, et si les docteurs
(1) Battsset, HisU de FéneUm, tome IV.