‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 120 sur 135 · RIGUEURS CONTRE I,ES JANSÉNISTES · texte numérisé non relu

RIGUEURS CONTRE I,ES JANSÉNISTES

avaient cette liberté,, pourquoi la refuser aux autres? Celte recrudescence d'agitations religieuses blessa, irrita profondément le roi. Elle donna une nouvelle impulsion aux rigueurs contre les jansénistes. Ce système de coercition, familier à Louis XIV, tenait entre autres causes à une dévotion malentendue que Féiielona dénoncée dans une lettre au duc de Che- ,vreuse : « Dieu se contentera-t-il d'une dévotion qui « consistée dorer une chapelle, à réciter un cliapeec let, à écouter une musique, à se scandaliser facile- « ment et à chasser quelque janséniste (1)?» Il existait avant le gouvernement du père Le Tellier, comme le prouve en particulier la disgrâce de du Charmel, relégué pour soupçon de jansénisme (1705) dans ses terres qii il mourut, dit-on, faute de trouver, dr.ns une campagne isolée, un chirurgien capable de le tailler avec succès. Mais c'est contre Le Tellier que s'élèvent les plaintes les plus retentissantes. Ecoutons Saint- Simon (1714) : « Nous voici parvenus à Tépoque des <K premiers coups d'Etat en faveur delà Constitution « et de la persécution qui a fait tant de milliers de « confesseurs, et quelques martyrs, dépeuplé les « écoles et les places, introduit Tignorance, le fana- « tisme et le dérèglement, couronné les vices, mis <c toutes les communautés dans la dernière confu- « sion... Je me contente de ce mot, et je n'ennoir- « cirai pas ces Mémoires. » Quoique ce refus de produire les pièces permette de supposer que le plai-

(1) FéneloQ à Gheyreuse, 4 août 1710.

gnant en a moins à sa disposition qu'il n'affecle de dire, il est vrai que les dernières années de Louis XIV sont assombries par un grand nombre de cbâtimenls, disgrâces, exils, emprisonnements infligés pour cause de jansénisme. Que des supérieurs de communautés, ou d'autres fonctionnaires ecclésiastiques, convaincus régulièrement d'hérésie, aient été déposés par leurs supérieurs, il n'y a rien là que de légitime selon la probité, rien que ne commandât le devoir impérieux de conserver la pureté delà foi. Nul n'a le droit de garder un emploi qu'il ne remplit pas en conscience, ni de se donner pour docteur d'un enseignement qu'il dénature. Ce qui est regrettable, c'est l'autorité civile s'ingérant dans la connaissance de ces alTaires, prononçant elle-même la culpabilité d'un homme sur un mot, sur une dénonciation^ et encourageant par là les inimitiés personnelles jusqu'à justifier cette parole qu'on attribue au maréchal d'IIarcourt : « Un janséniste souvent n'est qu'un « homme qu'on veut perdre à la cour. » Ici donc, comme à d'autres époques, nous n'approuvons pas l'emploidu bras séculier et delà puissance arbitraire; mais nous devons faire observer que cet emploi ne déplaisait au parti janséniste que lorsque les coups en portaient sur lui, et qu'il était tout prêt à en user à son tour à son profit, à la première occasion. Les hisloriensjansénistes se plaignent des prisons malsaines, étroites, isolées, où la volonté du roi retenait leurs amis. Qu'on lise les conseils donnés par Saint-Simon au duc d'Orléans pour sa régence future; on v trou-

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