‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 127 sur 135 · I.A QUKSTION D^HOMÈRE Ôff · texte numérisé non relu

I.A QUKSTION D^HOMÈRE Ôff

çani la société en face d'elle-même, et, si Ton y joint le mérite du style qui ne se dément jamais, c'était une œuvre littéraire. On pourrait s'étonner qn'nprès ce triomphe sur une grande scène, Lesage, qui devait bientôt écrire Gil-Blas, n'ait plus travaillé pour d'autres théâtres que celui de la foire. Mais outre le besoin de gagner de l'argent qui l'y entrainait,il cédait à un gotît qui atteignait même les hautes classes. Il constate lui-même cette décadence, dans la Critique de Turcarety quand \\ fait dire par le diable boiteux, en parlant du théâtre de la foire : « La plupart des femmes « y courent avec fureur. Je suis bien aise de les voir a dans le goût de leurs laquais et de leurs cochers. »

Puisque nous avons encore une fois nommé la décadence, finissons par rtn sujet où elle est facileà reconnaître dans raffaiblissement du sentiment de l'art, dans la substitution de l'utilité positive aux beautés de l'imagination et de l'idéal. La querelle des anciens et des modernes reprit assezbrusquement sa vivacité en 1713, par la rivalité de Lamothe et de madame Dacier. Cette vraie femme savante avait traduit Homère dès 169&, et croyait bien, par sa préface, avoir mis désormais la gloire du prince des poëtesà l'abri de toutes les attaques des modernes. Elle fut tout à coup surprise par un hommage d'un nouveau genre rendu à Homère, où elle ne pouvait voirqu'unoutrage, non-seulement au poète, mais au bon sens. Lîimothe-Houd&rd venait de traduire l'Iliade en vers, et il offrait son œuvre à madame Dacier (1713) ; mais cette traduction était plutôt une dégradiation, une mutilation, une in-

suite sous les formes de la politesse et du dévouement. Pour mieux faire valoir Homère^ pour ne lui laisser que ses beautés^ le français l'avait abrégé, déformé, défiguré. De vingt-quatre chants, Tlliade était réduite à douze. Tou tes les longueurs ennuyeuses yXowies lesyrrwsièretés tant reprochées par les modernes, avaient div paru^ et aussi tous les sentiments et toute la poésie. Le bouclier d'Achille était changé, les circonstances de la mort d'Hector réformées pour la plus grande gloire des deux héros, l'allégorie des prières était réduite à deux vers plats et saus image (l), etc., etcCequiaggravaitencore le scandale, le roi donnait une pension de 800 livres à Lamothe, et « le brevet de pension por- « tait que c'était pour avoir traduit riliade(2);» et Fénelon prenait part à cette « marque d'estime (3) : » Fénelon dont Lamothe invoquait le témoignage se récusait danscette affaire et ne disait pas explicitement qu'Homère fât supérieur à Lamothe. Madame Dacier, à 63ans^ reprit les armes, et publia contre Lamothe les Causes de lacorruplion du goitt (1714). Elle y parle avec colère, avec mépris, quelquefois avec injures, mais aussi avec une grande raison. Lamothe riposta, quelquefois avec esprit; on vit se reformer deux partis, et la querelle n'était pas terminée à la fin de la régence.

Nous ne nous engagerons pas dans ces détails, qui excèdent d'ailleurs les limites decette histoire. Il nous

(l) Rigault, Querelle des anciem et des modemeSy page 371.

;2j Dangeau, Journal.

{3) Fénelun, lettre à Lauiothu, 26 janvier 1714.

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suffit de constater quel esprit inspirait Lamothe et lui donnait des partisans. Lamothe n'était pas poêle et estimait peu la poésie. L'homme que ne touchaient pas les Adieux cT Hector et (T Andromaque , qui mutilait comme une longueur ennuyeuse cette incomparable scène de tendresse et de douleur paternelle et conjugale^ n'a jamais compris l'axiome : ut pictura pœêis erit. On l'avait bien vu dans ces débuts dramatiques^ on le vit plus tard (1723)^ même dans son 7/2^^^ sa seule œuvre durable dont les vers perdraient peu à être mis en prose commune. Il a fini par avouer explicitement ses goûts et ses aptitudes dans son Discours sur la poésie où il établit « que la prose peut dire plus exactement tout ce que disent les vers, elles vers ne peuvent pas dire tout ce que dit la prose » . Dès lors, selon la remarque d'un critique spirituel (1), a la poésie est un art plus pénible qu'important^ plus puéril qu'ingénieux »,et il est raisonnable de s'en affranchir. Cette théorie était favorable à l'impuissance; et pressentie avant d'être nettement formulée, elle assurait des partisans à l'inventeur, et préparait cette formule familière au XVIII* siècle : Beau comme de la prose.

Il nous semble aussi que la littérature commencée changer de caractère, à n'être plus l'art pou r l'art, mais l'art au service de l'intérêt, un moyen insinuant de polémique. Turcaret en serait le premier exemple remarquable. Il ne s'agit plus d'une vraie comédie de caractère, d'une étude des vices communs de l'huma-

J) RifçauH. Histoire de ht Qurrelle, etc.

ni té où l'individu n'est atteint que dans la masse. C'est un exploit avoué contre une classe d'hommes distincte^ contre une institution publique que la haine populaire et l'autorité elle-même poursuivent^ sous forme derire^ par les saillies spirituelles d'un écrivain. Le Diable boiteux, à son tour^ à côté de nombreuses peintures de mœurs^ prend à partie les puissances. Combien il est hardi contre les greffiers qui ont été jugésdignes d'avoir leur diable particulier^ etcontre la justice^ en général, des griffes de laquelle^ tout diable qu'il est, U ne pourrait se retirer qu'en finançant! Il n'y a pas loin vraiment du Diable boiteux aux Lettres persanes y si ce n'est que Lesage est beaucoup moins hostile que Montesquieu aux institutions religieuses. Puis viendra Voltaire^ pour qui la littérature ne sera qu'un assortiment d'armes complet contre la religion et contre l'ancien régime» et le théâtre, le roman» l'histoire» la philosophie» la poésie légère autant de formes diverses delà polémique.

Ajoutons que la littérature licencieuse, à laquelle La Fontaine avait renoncé dans les quinze dernières années de sa vie» a repris faveur» sous la protection du Temple, parla verve de Jean-Baptiste Rousseau, Ils'en montrait peu embarrassé lui-même» et dans son exil encore on l'entend se justifier par la morale du monde moins sévère que la morale chrétienne» par l'exemple de Marguerite de Valois» d'Arioste» de Boccace» de Virgile etde Platon. Il répète» après La Fontaine» que despiècesunpeulibresetgaillardes» et qui provoquent le gros rire» sont moins daogereuses que les élégies

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