LÀ GUERRE GOBIMENGE EN ITALIE
c*est*à*dire une part dans la succession d'Espagne (1). Il avait montré si peu d'empressement à laisser passer par ses États les troupes françaises^ que le roi s'était décidé à les faire transporter par mer de Toulon ou d'Ântibes'à Final. Il s'était même vanté de ce refusa l'Empereur et par toute l'Italie^ comme l'en accuse le prince de Vaudemont (2). Plus tard, quand il fut convenu qu'il serait généralissime pour la France et l'Espagne en Lombardieet que sa seconde fille épouserait Philippe V^ii retarda tant qu'il put l'envoi de son contingent de troupes. Catinats'enplaignaiten mai 1701. « Il a cependant^ écrivait le maréchtil^ touché son ar* gent et reçu la nouvelle que la demande lui doit être incessamment faite de M""* la princesse^ sa fille^ pour être reine d'Espagne. Il me semble^ sire^ que voilà un allié qui n'est pas des plus commodes (3). » C'était^ en effet, moins un allié qu^un traitrequi n'attendait^ pour passer aux Impériaux^ que de connaître leurs propositions. Une imputation semblable pèse encore aujourd'hui sur le prince de Vaudemont, maintenu par Louis XIV et Philippe V au poste de gouverneur du Milanais qu'il tenait de Charles IL D'après Saint-Simon et son école^ce Lorrain, tout en affectant de servir la France^ demeurait attaché à ses ennemis. Il est certain qu'il avait reçu des confidences de Guillaume^ et que son propre fils et son neveu Commercy servaient
(1) Pelet, Mémoires militaires : lettre de Teesé au roi, 4 janvier 1701.
(2) im. : lettre de Vaudemont à Louis XIV, H février 1701 . (?) Pelet, tome 1 : lettre de Gatinal au roi» 1^1 mai 1701,
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dans Tarmée impériale contre lui-même, contradiction assez flagrante pour soulever l'opinion contre sa sincérité; mais il montrait à Tessé les lettres de Guillaume comme une tentation dont il ne voulait pas (1). Il dénonçait le duc de Savoie à Louis XIV comme le grand obstacle au bon accord entre F Italie et la France (2), et Ton voit Catinat parler de lui sans défiance et combiner avec lui ses préparatifs. Il n'est donc pas impossible que ce soit le début malheureux des hostilités qui ait fait la mauvaise renommée de Vaudemont. Il y a longtemps que nous avons, en France, la prétention de n'être jamais battus, mais simplement trahis.
Au mois de mai 1701, les mouvements des Impériaux contre l'Italie se dessinèrent nettement; le nombre de leurs troupes rassemblées dans le Tyrol faisait prévoir une attaque sérieuse. Pour atteindre directement le Milanais, ils n'avaient d'autre route que le pays des Grisons; mais ce chemin était long et difficile. Partout ailleurs, des deux côtés du lac de Garda, il leur fallait passer par le territoire vénitien; mais le Tyrol, province autrichienne, qui perçait profondément ce territoire, leur abrégeait la route de Manloue, cette alliée de la France qu'ils avaient l'intention, comme on le vit plus tard, de ne pas laisser derrière eux. Il était donc à croire qu'ils entreraient en Italie
(1) Lettre de Teseé à Louis XIV, 4 janvier 1701 ; il cite les letlra qae Vaudemont avait reçues d^Angleterre et lui avait montrées.
(2) Vaudemont au roi, 1 1 février 1701 , dans les pièces relativee à la campagne d'Italie. Pelet» tome I.
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par la vallée de TAdige qui, commençant dans le Ty* roi, se continuait dans le Véronais. Dès lors il parut important à Catinat, après Tessé et Vaudemont, de leur barrer cette vallée, ou du moins de les contenir sur la rive gauche du fleuve pour leur fermer la route de Mantoue et du Ferrarais. Dans cette vue, Catinat occupa fortement la rive droite et tous les postes entre celte rive et le lac de Oarda. Il entrait ainsi sur le territoire vénitien;mais à ce moment le Sénat y consentait, et la vigilance du maréchal à empêcher les déprédations des soldats rendait l'occupation tolérable aux habitants. Les Autrichiens, commandés par le prince Eugène, arrivèrent en effet par la rive gauche de l'Adige (27, 28 mai) et occupèrent différents points du Vieentin et du Véronais. La plus grande habileté du prince Eugène fut ensuite de dissimuler ses intentions sous ses manœuvres, de menacer tantôt un point, tantôt un autre, pour forcer les Français à veiller partout à la fois, à se transporter de leurs premiers campements dans .des positions nouvelles, à se partager en détachements insuffisants. Une fois on put croire (et la préoccupation en fut grande à la cour de France) que les Impériaux ne songeaient qu'à entrer dans les États du pape pour se porter sur Naples ; plus tard on sut qu'au moyen d'un pont sur le bas Adige, ils s'approchaient du Pô, et pouvaient^ le long de ce dernier fleuve, remonter vers Mantoue. Catinat, partagé entre tant d'alarmes, déplaçait à chaque instant ses quar* tiers^ renforçant les uns, diminuant les autres : de Rivoli à Legnano, de Carpi à Ostiglia, qui était la clef du
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Mantouan. Le prince Eugène saisit une de ces occasions. Le 9 juillet^ il apparut subitement à Carpi^ sur l' Adige^ où le commandant français, Saint-Fremont, n'avait que trois cents hommes d'infanterie, deux ré* giments de cavalerie et trois de dragons . Il avait franchi le fleuve pendant la nuit ; il avait au moins quinze millehommes, une forte cavalerieetquarante pièces de canon disponibles tant sur une rive que sur l'autre (1). Tous les avantages delà supériorité du nombre lui appartenant, il croyait enlever d'emblée la position ; ii fut bien surpris de la résistance énergique qu'il ren* contra. Tessé, qui campait à quelque distance, fut averti assez vite pour arriver au secours de Saint-Fremont.Ces deux chefs se comportèrent si bien, que l'affaire, commencée à six heures du matin, n'était pas finie à neuf. Saint-Fremont reprit deux fois son poste. Les dragons, sous la conduite .de Tessé^ chargèrent à plusieurs reprises le fusil au dos et l'épée à la main, et d'abord chaque escadron renversa son escadron d'Autrichiens. Jamais, au dire de Catinat et des gens du pays^ les troupes françaises n'avaient acquis plus de gloire ; l'ennemi lui-même le reconnut aux coups qui lui étaient portés ; le prince Eugène y fut blessé. Mais en fin de compte, dit Tessé, le poste n'était pas soutenable contre les deux grosses colonnes de l'infanterie autrichienne qui venait, canon en tête, et contre les colonnes de cuirassiers qui marchaient fièrement par tous les chemins. De braves officiers de marque, parmi
(1) Teesé à CbamiUard, 9 juillet.
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lesquels un fils du duc de Chevreuse^ succombaient. La cavalerie^ toujours brillante dans les charges^ était décimée par un feu violent d'infanterie. Il fallut se retirer ; retraite honorable assurément puisque le vainqueur n'osa pas poursuivre^ mais abandon aux Autrichiens de la rive droite de TÂdige et du chemin du Milanais. La guerre de la succession d'Espagne commençait par un échec pour la France.
Quelques jours auparavant les troupes du duc de Savoieavaientenfin rejoint les Français: «(de beaux hom- « mes à qui il ne manque rien^ i> disait Catinatiui--même. Toutefois^ ce renfort inspirait peu de confiance. Catinat^ tout en rendant è Victor-Âmédée le témoignagequ'ilavait envoyé «la tète de ses troupes» ^exprimait le désir que ce prince ne vint pas de sa personne à l'année^ ou il ne pouvait être a qu'avec peine et inquiétude» et danger pour les deux couronnes. Tessé écrivait aussi au roi : a Je crains toujours que^ sous « prétexte de conserver l'Alexandrin^ il ne redemande <c ses troupes ; car il aimerait mieux un village de plus « ou l'investiture d'un fief que sa fille reine d'Espa- « gne (1). » Les Piémontais n'fivaient pu servir dans la surprisedeCarpidont ils étaient trop éloignés. Victor-Amédée^ quand il arriva lui-même^ ne servit pas davantage^ ou plutôt il ne fut bon^ selon l'opinion commune, qu'à livrer aux Autrichiens les plans des Français. L'événement de Carpi fut le point de départ
(1) Voir, Mémoires du général Pelet, la lettre de Catinat au roi du 2 juillet 1701, page 266, et la lettre de Tefisé, du 8 juillet, dans les piècee justificatiyes, page 586.
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des malheurs de Catinat. Maintenant que Pennemi avait envahi la rive droite de TÂdige^ il importait de le ruiner par une grande bataille^ ou de lui fermer soit la routede Mantoue, soit la routedu Milanais par leMincio^lea deux seuls objets qu'il pût avoir en vue. Catinat^ par une prudence qui parut excessive^ jugea que ses troupes n'étaient pas en nombre pour hasarder une bataille rangée. Il crut plus sage de garder le Mincio dans une position à peu près intermédiairequi permettrait d'accourir à volonté sur Mantoue ou sur Peschiera. Mais pendant qu'il examinait de quel coté se tourner^ l'ennemi traversa le Mincio à sa sortiedulac de Garda ^ passa à Desenzai^ et s'avança vers Lonato qui était la route du Bressan auquel confinait le Milanais. Aux alarmes des habitants^ aux réclamations du prince de Vaudemont qui voyait déjà Milan occupé, Catinatjugea qu'il importait avant tout de se replier sur la frontière du Milanais^ derrière l'Oglio qui^ dans son cours inférieur^ bordait cette province^ comme l'Addadansson cours supérieur.Ceparti pris, il l'annonça au roi comme irrévocable^commele seul moyen de salut. «La source de nos fautes,écrivait-il (l),aétéde « vouloir remédier à toutce que les ennemis pouvaient « faire et de ce qu'on trouvait des inconvénients i « tous les partis qu'on aurait voulu prendre. Je mesuis
« proposé présentement de suivre un objet, etdechoi- « sir, s'il se peut, celui qui est de plus deconséquence.
(1) 4 août 1701. Pelet, tome 1 : pièces relatîYea à la cafflfMigoe d*Italie.
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a Après cela on dira qu'on leur livre le Mantouan, « la facilité de s'approcher du Pô et d'y construire des a ponts^ d'où l'on tire déjà je ne sais combien de con- « séquences fâcheuses. Je laisserai dire dorénavant; « jene veux plus tomberdanslesirrésolutionsdepren- « dre un parti. » Celte fermeté fut mal accueillie. Les Français reculaient; l'ennemi venait d'occuper Ca?^tel- Goffredo et Castiglione^ deux villes du Mantouan ; le duc de Mantoue demandait du secours contre les par* lis autrichiens qui pillaient son territoire. Tessé et Vaudemont se plaignaient à la cour de France que le maréchal^ à Desenzano^ eût laissé défiler^ pendant tout unjour^ l'armée ennemie qui prétait le flanc entre le lac et des roches^ sans attaquer ni avant-garde^ ni flanc^ ni arrière-garde. Ils représentaient le Milanais comme fourmillant de fugitifs que la peur des Autrichiens poussait de la campagne dans les villes. Tessé proposait même de donner à Catinat quelque commandement d'armée dont il connût un peu mieux le pays^ et demandait un nouveau général auquel il promettait de « faire faire encore un beau reste de campagne ». Louis XIV se fâcha.
Il auraitpu s'en prendre tout aussi justement au duc de Savoie; car Victor-Amédée^ généralissime^ était le supérieur de Catinat. Il était à Desenzano, et n'avait pas trouvé a redire à l'inaction du maréchal (1). Mais
(1) Louis XIV le rappelle à Victor-Amédée dans la lettre môme où il lui annonce la disgrâce de Catinat; mais il se contente de lui dira: a Puisque vous ne les avez pas attaqués, je suis persuadé que vous l*avez fait pour le mieux. »
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puisque Catinat prenait sur lui seul la responsabilité du plan de campagne^ ce fut à lui que le roi adressa une lettre dure (10 août 1701)^ pleine de reproches acerbes^ où toutes ses manœuvres étaient étalées comme autant de fautes. Il lui ordonnait à la fin de rassemblertoutessestroupes^des'assurerlesprovisionsnécessaires^cequi n'exigeait pas plusde vingt-quatre heures^ et demarcheraaxennemis par le pluscourtchemin possible^ de les harceler sans relâche^ deles contraindreà accepter une bataille. Deux jours après il aggrava cette leçon déjà si d u re en lui imposant un maître. Alléguant d'un côté la fatigue dont Catinat pouvait être accablé, de l'autre le besoin possible de partager les troupes entre le Milanais et le Mantouan^ il envoya Villeroi en Italie pour partager avec Catinat le soin des opérations militaires sous le commandement supérieur de Victor- Amédée. Catinat fut sensible à cet aflront^mais il le supporta avec une noblesse qui a contribué à sa popularité dans l'histoire. II se contenta d'écrire à Chamillard pour obtenir d'être rappelé d'Italie à la fin de la campagne. En attendant il continua à servir^ dans un rang inférieur^ avec la même activité^ la même vigilance^ le même dévouement qu'au premier (1). Rendons enméme tempsjustice à Villeroi. Le favori s'honora à son tour par la délicatesse de ses procédés envers le disgracié. Il n'affecta ancunesupérioritésur Catinat ; il le traita comme son égal^ voulut qu'il prit alternativement avec lui le mo/ du duc de Savoie^ et fit
1) Catinat à Chamillard, 28 août.
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valoirauprèsdeLouisXIVsonzèle^ son attachement au service^ sa vertu, comme chose (Tune louange immortelle [\).
L'arrivée de Villeroi ne changea pas la position. Il apportait l'ordre impérieux d'aller en avant^ « de c passer les rivières, de chercher l'ennemi, de faire c l'impossible pour combattre plutôt que d^avoir la « honte de voir les Impériaux hiverner en Italie (2). » Il n'est donc pas seul responsable des revers qu'entraîna l'exécution de cet ordre. Il le serait plus justement de sa confiance exagérée en ses ressources, de sa crédulité au dévouement du duc de Savoie. Dès sa première dépêche à son maître, il était sAr de sa supériorité,desesapprovisionnement8 : « Le pain,disait-il, « ne nous manquera pas, quelque événementque puis- «sent amener les affaires. » Il admirait les troupes de Viclor-Amédéeparfaitementbelles, lestes, bien pourvues, d'unedisciplineexemplaire, et ledévouement de ce prince qui renchérissait sur tous les serviteurs du roi. Il se pressa donc (f entreprendre. Le 31 août, il repassait l'Oglio, pour aborder l'ennemi, sans être inquiété, et le soir il exaltait l'ardeur de l'infanterie qui avait traversé la rivière sans pont, et l'impatience de combattre qui animait les soldats et les cavaliers. Le lendemain (1*' septembre) il se porta sur la petite ville de Chiari. On l'avait assuré que les ennemis n'y
\] Villeroi au roi, première dépôche, 24 aoûl ITOl.Pelet, tome I.
(2) Lettres de Villeroi à Louis XIV, du 2 et du 19 septembre, dans
lesquelles il donne à entendre que, s'il a été battu, c'est au roi qu'il
faut en rapporter la première cause. Pelet, tome I, pages 320 et 609.
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avaient laissé qu'undétachementd'infanterie soutenu de quelques cavaliers. Il aurait « pu examiner davan- «tage ce poste^ d comme il en convient lui-même; mais l'avis du duc de Savoie, confirmé par Vaudemont, lui tint lieu de prudence. On ne voit pas qu'il aitcon9ultéCatinat;il s'avança au signal donné par le tambour de Victor* Amédée. La surprise fut grande de trouver toute l'armée d'Autriche sous des retranchements auxquels elle avait travaillé depuis trois jours^ et appuyée par derrière aux muraillesdela ville; elle avait du canon dont tous les coups portaient; celui des Français mal à l'aise sur un terrain inégal nW ripostait que faiblement. Ce fut en vain qu'ils y suppléèrent^ officiers et soldats^ par une admirable valeur; le duc de Savoie en particulier, « dans un péril «continuel^» reçut plusieurs coups dans ses habits. On parvint même à forcer quelques retranchements surladroite, mais à la gauche les attaques se redoublaient sans succès. En une heure les pertes étaient déjà considérables. Le duc de Savoie fut d'avis de remettre l'attaque au lendemain pour se donner le temps de reconnaître les lieux. Villeroi lui représenta qu'il vaudrait mieux ne pas rester sur un terrain aussi défavorable^ où le canon n'avançait qu'avec peine, où les troupes ne pouvaient se déployer; que^ vingt bataillons seulement ayant été engagés^ il restait assez de forces pour attaquer avec supériorité dans des lieux plus accessibles et avec un front plus étendu. Leduc dé Savoie consentit. On se retira du champ de bataille, y laissant deux mille morts ou blessés. L'ennemi^ qui