‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 26 sur 135 · FORMATION DE LA GRANDE ALLIANCE · texte numérisé non relu

FORMATION DE LA GRANDE ALLIANCE

dédommagé par la trahison de la princesse de la Mirandole^ qui renvoya les troupes françaises et l'accueillit lui-même dans ses murs (22 décembre). Cette triste campagne finissait ainsi misérablement pour la France; et^ par un autre résultat fâcheux, si elle ne donnait pas encore à l'Empereur la supériorité décisive en Italie, elle lui avait rendu le service de déterminer les puissances maritimes à se déclarer pour sa cause.

Guillaume III avait dit plusieurs fois que^ si l'Empereur commençait la guerre avec vigueur en Italie, ce serait une bonne raison aux puissances maritimes pour intervenir en sa faveur. Précisément, après les premières hostilités, entre Carpi et Chiari, Louis XIV avait rompu les négociations ouvertes à La Haye depuis le mois de mars, et débarrassé l'Angleterre et la Hollande des ménagements que leur imposaient, nu moins au dehors, les propositions à l'amiable agitées dans ces conférences. D'A vaux fut rappelé de La Haye, Villars de Vienne, et, par représailles, l'ambassadeur autrichien quitta la France. Guillaume profita de cette liberté pour renouer l'ancienne coalition. Au commencement de l'année, il avait obtenu du Danemark la promesse de fournir douze mille hommes aux puissances maritimes (1), et de modifier ses conventions commerciales avecla France. Aumois deseptembre, il s'engagea avec l'Empereur par le traitédit delà Grande

(1) 3,000 cavaliers, 1,000 dragons et8,000 fantassins qui prêteraient Borment de fidélité au roi de la Grande-Bretagne et aux Provinces- Unies. Traité du 20 janvier 1701 : Dumont, Corps diplamaitique, tome VIII.

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Aitiance, Ce nom eonvienten effetà ce traité, parceque tout en ne stipulant qu'au nom de trois puissances, il provoqua l'adhésion de toute l'Europe, et qu'en deux années il réunit huit nations contre une seule. Â lire le préambule^ ce n'estqu'un acte de défensive légitime et modeste. Ils allèguent l'union si étroite de la France etdel'Espagne^quecesdeux royaumes ne doivent plus être considérés à l'avenir que comme un seul^ la présence des forces françaises sur terre et sur mer, dans tous les lieux de la domination d'Espagne, l'indépendance des Provinces-Unies détruite par la perte de leur barrière, la navigation et le commerce des Anglais et des Hollandais menacés dans la Méditerranée, aux Indes et ailleurs^ l'Empire romain frustré de ses droits sur ses fiefs d'Italie et du Pays-Bas espagnol. Ils ne se proposent que d'obtenir amiablement, et par une transaction ferme et solide^ une satisfaction juste etraisonnable pour l'Empereur, etpourlesdeuxautres la sûreté dont ils ont besoin. Mais bientôt le ton change et monte. Si leurs espérances pacifiques viennent à être déconcertées, ils se feront par les armes la justice qui leur est due. Ils reconquerront le Pays- Bas espagnol, ils feront tous leurs efforts pour reprendre le duché de Milan et ses dépendances, les royaumes de Naples et de Sicile^ les iles de la Méditerranée avec les terres dépendantes de l'Espagne le long de la côte de Toscane. Le roi de la Grande-Bretagneet les Etats-Généraux entrerontdans les colonies espagnoles , ils y occuperont les pays et les villes qui seront à la convenance de leur navigation et de leur

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commerce^ et chacun gardera ce qu'il aura pris de ce côté* Quand on fera la paix^ une des conditions sera que jamais les couronnes de France et d'Espagne ne pourront être réunies sur la même tête; une autre^ que jamais les Français ne pourront être mailres des Indes espagnoles, ni même y envoyer des vaisseaux pour exercer le commerce directement ou indirectement.

On voit qu'il ne s'agissait pas encore de dépouiller entièrement Philippe V ; on entendait seufement le réduireà la possession de ce que les alliés ne se proposaient pas de conquérir. Aussi a-t-on assez bien appelé cette alliance un troisième traité de partage. Mais combien il différait des deux premiers ! Ce n'était plus une division à peu près égale de la succession espagnole entre les deux héritiers pour le maintien de l'équilibre européen. C'était, d'un côlé^ la grosse part donnéeà l'Autriche^ et de l'autre^ les étrangers admis à partager. L'Angleterre et la Hollande^ qui n'avaient rien stipulé pour elles-mêmes dans les premières négociations, s'adjugeaient véritablement ici les colonies espagnoles, et par un aveu effronté de leur égoïsme mercantile, tandisqu'elles assuraientàleurcommerce un développement nouveau sur ces terres jusque-là réservées aux seuls Espagnols, elles prétendaient en exclure les Français, non-seulement comme propriétaires du sol, mais comme simples marchands. Il n'était pas possible que Louis XIV, ni les Espagnols, si opiniâtrcsà défendreTunité de leurmonarchie, se résignassent à cette transaction insultante. Le dernierarti-

cledu traité, parla menacemémequ'il renfermait^ était bien fait pour affermir le grand roi dans sa résolution de tout refuser. « Tous les rois^ prinees et États^ disait cet article, qui voudront entrer dans la présente alliance, y seront admis; et parce qu'il est particulièrement de l'intérêt du saint Empire romain de conserver la paix publique, et qu'il s'agit ici de recouvrer les fiefs de l'Empire, on invitera spécialement ledit Empire d'entrer dans la présente alliance (1). i>

Louis XIV répondit presquejour pour jour à celle menace. Le traité de la Grande Alliance porte la date du 7 septembre ; il est probable que cette date est bien la date française, celle du calendrier gré«[orien que la Hollande avait enfin adopté en 1699 (2). On dut en connaître la teneur assez vite, surtout Louis XIV, toujours si bien informé, et d'ailleurs de pareilles résolutions ne se débattent pas pendant plusieurs semaines sans qu'il en transpire au dehors quelques notions ; elles peuvent être connues avant d'être rédigées. Il n'y a donc pas grande témérité à croire que la coïncidence ne fut pas fortuite entre le défi de Guillaume et celui que Louis XIV lui renvoya le 13 septembre. Jacques 11^ malade à Saint-Germain était à l'extrémité. On s'bnquiétait autour de lui du

(1) Dumont, Corps diplomatique, tome VIII : texte du traité de la Grande Alliance.

(2) La Hollande et d'autres États protestants avaient adoplé le calendrier grégorien en 1699 (Journal de Dangeau, 8 novembre 1690). L'Angleterre» le Danemarck et la Suède s'obstinèrent seuls à oon* server le calendrier julien. Le traité était signé en Hollande ; il > donc pu être daté d'après le nouveau style.

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8ori de sa famille après sa morl^ de la coaservation ou de la perte de cet état royal qu'il avait diï à la munifi-' cence de son hôte. La question en fut même agitée au coaseil des ministres^ oùTorcy expliqua avec fermeté les raisons qui commandaient au roi une grande prudence vis-à-vis de Guillaume^ et vis-à-vis du peuple anglais qui avait montré tant de répugnance à suivre Guillaume dans ses nouveaux projets de guerre. Le roi resta quelque temps sans faire connaître sa pensée ; puis tout à coup^ le 13 septembre (1)^ dans une visite au moribond^ il l'assura devant la petite cour jacobite, qu'il reconnaiti*ait le prince de Galles^ son fils^ pour roi d'Angleterre^ d'Ecosse et d'Irlande. On a prétendu que cette détermination fut prise sur les instances de M"* de Maintenon sollicitée elle-même par la femme de Jacques II ^ et qu'un mouvement de condescendance pour deux femmes^ et de sensibilité pour le malheur^ prévalut dans sou esprit sur les arguments politiques de son ministre. Ceux qui connaissent les habitudes diplomatiques de Louis XIV trouveront peut-être tout aussi vraisemblable qu'il se soit fait de cette reconnaissance un moyen de troubler Guillaume^ et de ledétournerdesaffairesdu continent^ en lui suscitant chez lui de nouvelles inquiétudes d'une alliance entre les jacobites et la France. Quel qu'ait été d'ailleurs son motif^ il exécuta sa promesse. Aussitôt après la mort de Jacques II (16 septembre)^ le prince de Galles fut proclamé roi à Saint-Germain^ l'evétit les

(1) C'est la date de Dangeau.

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insignes royaux^ et^ quand il fit sa première visite à Versailles, Louis XIV lui donna la droite.

La reconnaissance du prince de Galles fut diversement appréciée en France. Les uns admirèrent tant de magnanimité, tant de justice. Le jeune duc de Bourgogne, dans une lettre qui n'était pas d'un politique^ et heureusement privée, vantait au roi d'Espagne, son frère, la conduite de son aïeul comme le seul acte digne d'un honnête homme dans la circonstance. Il riaitdu roi Guillaume ou du prince (f Orange y comme on voudrait l'appeler, qui retirait son ambassadeur, et d'une colère impuissante à faire désormais plus de mal qu'elle n'en avait déjà fait . « J'avoue, disait-il, que je fus souci lagé quand j'appris que le roi avait déclaré qu'il rec( connaissait le prince de Galles (1). » D'autres, comme Dangeauy s'évertuaientà prouver que cette reconnaissance n'avait rien de contraire à la paix de Ryswick, que le roi n'avait aucune intention de troubler Guillaume dans la possession de son trône; mais que le prince de Galles tenait de sa naissance un droit que personne ne pouvait lui ravir, qu'on avait des exemples de deux rois portant ensemble le même titre: telJean-Casimir que la France appelait roi de Suède, alors qu'il existait un autre roi de Suède régnant avec qui elle avait fait alliance. Cependant, les plus avisés ne tardèrent pas à comprendre que cette belle action était pleine de périls. Ils y virent une offense personnelle pour Guillaume, un titre de plus à sa haineetà

(1) Recueil des lettres du duc do Bourgogne.

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