RKCONNÀISSANCK DU FILS DE JACQUES II
sa vengeance^ un défi à l'indépendance des Anglais dans la perspective de recevoir un roi de l'étranger, une excitation aux protestants^ qui étaient les plus nombreux en Angleterre^ à redoubler de surveillance et de vexations contre] les catholiques (1). Ceuxci voyaient juste. La reconnaissance du prince de Galles a été le dernier branle de la guerre.
GuillaumeétaitàLoo, en Hollande^àtableavec plusieurs princes allemands et seigneurs^ quand cette nouvelle lui fut apportée. Il la dit à ses convives, sans ajouter aucune parole ; mais le rouge lui monta au visage^ et il enfonça son chapeau pourcacher cette émotion. Immédiatement il expédia à son ambassadeur en France Tordrede revenir,elau\ lords-régentsd'Angleterre Tordre de renvoyer de Londres le résident français.Il en appela ensuiteà l'Europe decequ'ilappelait la violation de la paixdeRyswick,en la dénonçant au roideSuède,garantdece traité européen. Sous prétexte que cette rupture ne menaçai t pas moins les Provinces- Unies que son trône, il se hâta de faire conclure entre , l'Angleterre et la Hollande un traité particulier d'alliance défensive perpétuelle, renouvelé de 1678 (11 novembre 1701). II travailla à étendre la Grande Alliance et d'abord par l'accession du nouveau roi de Prusse. Ce n'était pas la plus facile de ses entreprises. Ce nouveau venu parmi les rois, se sentant recherché, mettait au plus haut prix sa coopération. Travaillé par la diplomatie française, alléché par l'or que lui offrait
1) Saint-Simon, Mémoires, tome II, chapitre xzvi, page 3i6.
192 GUERRE DE LA SUCCESSION d'eSPAGNB
Louis XI V^ il ne prétendait s'engager dans le parti contraire qu'à la condition d'avantages supérieurs. Donner peu^ faire peu par lui-même et recevoir beaucoup^ tel était son calcul et son espérance. Il lui fallait une partie de la Gueidre espagnole^ la garantie^ par les puissances maritimes^ de l'argent qu'il réclamait de l'Espagne, et des établissements coloniaux en Amérique (1). La Prusse avait donc^ dès son origine^ la prétention de devenir une puissance maritime et coloniale;lemouvementqu'ellesedonneaujourd'huipour prendre sa place sur la mer n'est qu'une tradition et comme un legs de son fondateur. Or, ce point était le plus délicat. Guillaume croyait l'Angleterre tropckatouilleuse sur ce chapitre pour admettre un autre partageant que la Hollande à la curée des Indes occidentales. Les négociations traînèrent jusqu'à l'irriter et le déterminer presque à rompre. A la fin^ pour ne pas perdrel'appui d'un prince si puissant en Allemagne, il en « passa par où il eût mieux aimé ne pas aller». Par un traité du lOjanviei* 1702^ il accorda au roi de Prusse la plupart deses exigences^ et celui-ci promit à la Grande Alliance un corps de cinq mille hommes. Guillaume aurait été heureux de gagner aussi le roi de Suède Charles XII, et le roi de Pologne Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, et à ce titre un des princes les plus importants de l'Allemagne (2). Mais ces deux princes étaient engagés dans cette longue ri valitéq'ui sépare
(1) Lettres de Heinsius, novembre 1701.
(2) Voir les lettres de Guillaume à Heinsius, 29 noyembre 1701 et 31 janvier 1702, dans Sirtema de Grovostins, tome VIH.