‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 35 sur 135 · LES TRIUMVIRS DK LA LIGUE · texte numérisé non relu

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menace^ et dans la crainte de perdre un pareil serviteur^ lui renvoya avec son épée l'engagement écrit de lui laisseràl'avenir mener la guerre comme ilvoudrait^ sans jamais le rechercher pour aucune de ses entre-^ prises. L'indépendance de Marlborough venait de sa vieille intimité avecla reine Anne. Lui et sa femme^, Sarah Jennings^ exerçaient sur cette princesse^ depuis l'avènement de Guillaume III, une influence qui res» semblait à une fascination. Ils l'avaient soutenue dans ses efforts d'opposition personnelle contre Guillaume. Après avoir partagé sa disgrâce^ ils étaient rentrés en faveur avec elle (1). A son avènement ils furent comme associés à la royauté. La femme fut surintendante de la maison de la reine^ et plus que jamais sa confidente nécessaire ; lemari^ déjà nommé par Guillaume général et plénipotentiaire en Hollande^ devint rapidement duc^ chevalier de la Jarretière et surtout généralissime des troupes britanniques. Au dedans il imposa les ministres^ tels que le trésorier Godolphin; au dehors il commanda les opérations militaires, comme il maniait l'argent des armées, sans contrôle. Le charme durera dix ans; ce n'est que, lorsqu'il se rompra tout à coup, que la disgrâce de Marlborough changera en quelques jours la face de la guerre.

A ces raisons de supériorité pour les alliés, on a l'habitude d'opposer l'insuffisance militaire de la France à cette époque, et d'abord le mauvais choix et l'incapacité des généraux, a C'étaienJL, a dit Saint*^Si-

(1) Voir, dand Macaulay» les déuiils de cette intimUé singulière.

214 GUERRE DE LA SUCCESSION d' ESPAGNE

« mon, des généraux de goût, de fantaisie, de faveur, « de cabinet, à qui le roi croyait donner, comme à « ses ministres, la capacité avec la patente (1). » Quelques incapacités réelles, quelques grandes fautes mises en relief par d'éclatants désastres, entretiennent encorecetteprévention. Pour admettre un pareil jugement il faudrait ne pas connaître Saint-Simon et sa manière d'apprécier ou de déprécier les hommes les plus habiles, les événements les plus glorieux. Il est vrai que Catinat vieillissait, que Tourville venait de mourir (1701 ), que Jean Bart allait mourir (mars 1702) dèsledébutdeshostilités.MaisBoufflersn'étaitpasencoreeffacé,etVillars,Vendôme,Berwickallaienltenir, non sans honneur, la place des Luxemboui^, desCréqui, des Condé etdesTurenne.De toutes les grandeurs du règne,c'estle géniemilitairequirestele plusfécond en grands sujets, et qui souflFrelemoinsd'éclipses.Quc Saint-Simon poursuive de sa haine, dans Villars, une insatiable ambition d'honneurset unesordidecupidité d'argent (et nous ne dissimulerons pas ces vices); qu^il dénonce dans Vendôme et dans Berwick la bâtardise comme le motif principal de la préférence du roi, qu'il reproche en particulier à Vendôme ses mœurs infâmes et une nonchalance quelquefois funeste aux affaires (et nous ne prétendons pas les justifier) ; il n'en demeure pas moins certain que Vendôme a été pendant plusieurs années Tadversaire heureux du prince Eugène en Italie, et qu'il a fait voir en Espagne ce que

(1) Saint-Simon, Mémmre$t tome III» chapitre xxu» page 264.

LES NOUVEàUX GÉNÉRAUX DE LOUIS XIV 21ô

valait un homme de plus; que Berwick^ maréchal à trente-cinq ans^ a justifié cette faveur, même avant Almanza, ^diV%2i sagesse et sa capacité, de Taveu même de Saint-Simon (1); que Villars, partout où il a paru, a rétabli la fortune, sauvé l'Alsace par son activité, forcé par ses campements Marlborough à l'admirer, et deviné et indiqué à la postérité le vrai chemin de Vienne. En poussantcet examen jusqu'aux importances secondaires , on trouverait encore contre la sentence de Saint-Simon, dans Saint-Simon même, la preuveque le goût, la faveur, le cabinet ne faisaient pas tous les choix, et qu'au lieu de prétendre conférer la capacité, le roi la cherchaittoute faite pour la récompenser; tels, par exemple, plusieurs des maréchaux créés en 1703 : Vauban, dont Saint-Simon ne songe pas à atténuer réloge; Chamilly,rancien défenseur de Grave,dont il dit que sa « promotion longtemps retardée fut généralement applaudie » ; Huxelles, l'ancien défenseur de Mayence,dont il avoue les services dans toutes les campagnes sur le Rhin, et jusqu'à Tallard qu'il loue de sa victoire de Spire avant la catastrophe d'Hochstett (2). N'en est-ce pas assez pour établir qu'il ne faut

(1) Saint-Simon» Mémùires, tome III. 11 s'agit de la gnerre en Espagne en 1706, et des succès qui rétablirent Philippe V sur le trône : c Tel fut rélraoge succès du siège mal entrepris de Barce- € lone» et la rapidité avec laquelle Philippe V fut reporté sur son « trône, par son courage, l'affection de la Gastille, la sagesse et la c capacUé de Benoiek, et les secours si prompts du roi» son grand- « père, n

(2) Saint-Simon, tome II, pages 431 et suivantes; tome III, page 23.

pas juger des choix de Louis XIV^ même dans sa vieillesse^ par la faveur continuée de Villeroi^ ou par h confiance accordée en un moment malheureux à La Feuillade^ gendre de Chamillard?

Il est plus juste de chercher ailleurs les véritables causes des malheurs de la France dans cette longue guerre d'Espagne. Le roi en a sa part de responsabilité par son opiniâtreté à vouloir diriger de loin les opérations^à prescrire des plans sans connaissance suffisante des lieux ou des moyens d'action disponibles^à indiquerdes expédients dont l'apparente justesse ne tient pas contre la réalité pratique des faits. C'est ee queCatinat lui représentait dès ledébut, avec une fermeté digne d'être mieux écoutée : <x Votre Ma jesté m'n « fait l'honneurdeme dire qu'elle ne connaissait F Al- « sace que par ses cartes (1 ) . . . . Elle me permettra de « lui dire que les gens qui sont sur les lieux voient « mieux que ceux qui n^y sont pas^et que^ quand on « ne parle pas de certains expédients^ c'est que cela est « rejeté et réprouvé comme chose à quoi on ne peut ni « doit penser^ et qu'on a trouvé inutile d'en par- « 1er (2). » De leur côté, les ministres, et surtout celui delà guerre Chamillard, ne sontpasà la hauteur des besoins, «c Le branle donné du temps de M. deLou- « vois est perdu ; l'argent et la vigueur du commande- « mentnousmanquent. i» Le mot mérite d'au tant plus

(1) Mémoires du général Pelet, tome II : lettre de Gatinal an roi. 17 juiflet 1702.

(2) Ibid. : lettre de Gatinat au roi, 27 juin 1702.

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