‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 34 sur 135 · LES TRIUMYIRS DE LA LIGUE · texte numérisé non relu

LES TRIUMYIRS DE LA LIGUE

Tautre, mais aussi qu'il n'aime que l'argent^ et c'est par amour de l'argent qu'il s'acharne ici à unegu^erre féconde en profits pour le général (1). Sa fortune avait commencé honteusement par sa connivence aux amours de sa sœur avec le duc d'York^ et par ses propres amoursavec la principale maîtresse deCharlesII; il obtint par ie duc d'York son premier grade dans l'armée^ et reçut de la duchesse de Cleveland une sonmiede 125^000 francs qu'il plaça sur bonne et solide hypothèque. Traître à Jacques II en 1688, et trop peu récompensé à son gré, il offrait bientôt son repentir au roi déchu, et provoquait par ses promesses l'expédition de la Hogue (voir tome V, page 356) . Réconcilié avec Guillaume, puis élevé au plus haut rang par la reine Anne, il n'en fera pas moins porter au prétendant, au milieu même des hostilités^ ses protestations d'attachement (2). Mais, ses richesses grandissant chaque jour par la guerre, par les donations en récompense de ses victoires, par les revenus doublés de ses emplois, par les remises des fournisseurs, par les retenues sur la solde des troupes étrangères, il n'aura d'autre volonté que d'écarter la paix, comme la suppression de ces bénéfices ou coupables ou justifiés par Tusage, et de prolonger sans fin une lutte où chaque succès, selon le mot d'un de ses ennemis anglais, lui vaut autant d'argent que de gloire. Ce qui donnait à cette opiniâtreté une importance

(1) Torcy, Mémoires.

(2) Mémoires de Villare, 1711.

redoutable^ c'est que Mariborough et Eugène étaient, d'instinct et d'étude^ de grands hommes de guerre. Mariborough avait fait partie du corps auxiliaire anglais fourni par Charles II pour laguerrede Hollande; élèvedeTurenne,appréciéetlouépubliquementparun pareil maître, il allait retourner contre la France les leçons du plus grand général qui eût encore commandé les Français. Prudence etaudace, vigilance et action opportune^ projets hardis et exécution rapide^ tels seront les principaux traits de son génie. Eugène avait beaucoup appris dans la guerre des Turcs^ sous le duc de Lorraine, ce vengeur de la chrétienté à Bude et à'Mohacz. Entre[>renant comme un jeune prince (c'est le mot de Louis XIV),brave comme un Français, mais calme dans les grandes affaires comme un vieux maître^ il s'était à son tour élevé au premier rang etau renom d'un vainqueur immortel^ par la bataille de Zentha. Tous deux à leurs talents joignaient le ga^e principal du succès dans le droit d'initiative^ dans la liberté absolue d'agir à leur gré^ suivant l'inspiration du moment ou l'occasion^ sans avoir à attendre la permission de vaincre. Eugène se l'était fait reconnaiti*e après la bataille de Zentha par une noble réponseà un affront injuste. Il avait vaincu contre la défense foi*melle d'engager uneaction générale^ et^ malgré l'étendue et l'éclat du triomphe^ l'Empereur lui faisait redemander son épée : c( La voiià^ répondit le vainqueur offensé, elle fume encore du sang de ses ennemis; je ne la reprendrai plus si je ne peux l'employer à mon gré pour son service. » L'Empereur, éclairé parcelle

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