DÉFECTION DU DUC DB SAVOIE
Espagnedes placards où ilssevantaientd'arriver bientôt en ce pays pour le délivrer de la servitude de U France^ et enjoignaient à tous les Espagnols^ sous peine de mort^ de se soumettre à la maison d'Autriche (1). Louis XIV, après la victoire de Spire et la reprise de Landau, se voyait contraint de former une armée de secours pour défendre son petit-fils chez lui, et de la mettre en marche au mois de décembre. Au moins il trouvait pour la commander Berwicky dont cette mission allait révéler les talents. Au Portugal se joignait la Savoie : la défection de Victor-Amédée, depuis longtemps prévue et attendue à la première occasion, éclata enfin par les mesures mêmes que Louis XIV prit pour la prévenir. Convaincu, après une trop longue hésitation, que le renard de Savoie ne pouvait se résigner à être resserré et comme enfermé entre les Etats de France et ceux d'Espagne, Louis XIV avait d'abord (juin 1703) signalé à Vendôme la nécessité d'empêcher un débarquement des Hollandais et des Anglais en Piémont. Pendant Texpédition du Tyrol, il acquit la certitude queVictor- Âmédée avait pris des arrangements avec l'Empereur et s'engageait à dépouiller sa fille, la reine d'Espagne, pour son propre agrandissement. Vendôme, qui commençait à bombarder Trente, reçut l'ordre (10 septembre) de rentrer en Lombardie, de désarmer les corps piémontais qui servaient dans l'armée française, et de marcher sansdélai versIePiémontpourréduirele duc
[1] DaDgeaa» 4 octobre 1703.
280 GUERRE DE LA SUCCESSION d'eSPAGNE
de Savoie à l'impuissance (1). Le désarmement s'accompIilsansdifficulté;lessoldalsdemeurèrentp^isonniers, les armes et les chevaux passèrent au service des Français (29 septembre). Le 16 octobre Vendôme paraissait sur la Sésia, un affluent du Pô, entre lePiémont et leMilanais. On a parlé dans le temps d'une lettre du roi à Victor-Amédée, ainsi conçue : « Monsieur, puisce que la religion, l'honneur, l'intérêt, l'alliance et a voire propre signature ne sont rien entre nous, j'en- « voie mon cousin le duc de Vendôme à la télé de «mes armées pour vous expliquer mes intentions.il « ne vous donnera que vingt-quatre heures pour vous « déterminer. Louîs(2). » Si cette lettre n'est pas suffisamment authentique, les intentions dont elle parle étaientexpresses et décisives. Leroi exigeait la réduction de Tarmée piémontaise à six mille hommes, conformémentàlapaixdeRys\vîck,etlaremiseauxmains des Français de deux places de sûreté jusqu'à la fin de la guerre. Le Savoyard, surpris, sans moyen dedéfense, ajourna sa réponse sous des protestations réitérées de son dévouement au roi; mais à la faveur de ces délais, il pressait l'arrivée des Autrichiens qui^eo dépit des difficultés, parvinrent h le sauver.
Les Autrichiens, commandés par le comte de Suhrenbergàla place d'Eugène, s'étaient tenus pendant toute l'année entre la Secchia et le Panaro, dans d'inexpugnables retranchements. Vendôme, en pa^
(1) Pôlet, tome lU, pages 222 et 270.
(2) Œuvres de Louis XIV, tome VI.