DÉFECTION DU PORTUGAL
chien enEspagneet pourguerroyer Philippe Vsur son propre territoire. Ils gagnèrent le roi Pierre II par un Espagnol disgracié, l'amirante de Castille, que Philippe V avait écarté comme partisan de l'Autriche (1). Le Portugais oublia qu'il devait son indépendance au concours de Louis XIV; il allégua pour se justifier, malgré rantipathiesiconnuedesPortugaisetdesEspagnols, l'origine commune desdeux peu pies et la nécessité de délivrer une patrie commune de l'oppression étrangère ; cette plaisante raison est formulée en propres termes dans le préambule du traité. Séduit par les apparences de quelques avantages pour lui-même, il accepta d'être l'instrument delà politique des alliés et bientôt du commerce anglais. Un premier traité (13 mai 1703) avec l'Empereur, l'Angleterre et les Provinces-Unies, lui promit la protection des flottes anglaise et hollandaise, la satisfaction de ses griefs sur le continent etailleurs, et l'augmentation de son territoire aux dépens de l'Espagne par l'abandon de Badajoz, Albuquerque, Valencia et Alcantara en Estramadure, deGarda,Tuy, Bajona et Vigo en Galice. A ces conditions il s'engagea à tenir sur pied une armée de 28,000 hommes pour faire la guerre en Espagne, et à recevoir l'archiduc Charles en Portugal avec tous les secours que les alliés devaient à ce prince (2) ; ce qui était ouvrir ses portsaux troupes, aux approvisionnements,àrartillerie,qu'ilplairaitdésormais aux en-
(l) Voir, entre autres témoignages, Burnet, en 1703. (2*; Texte du traité dans Dumont, tome VIII.
278 GUERRE DE LA SUCCESSION d' ESPAGNE
nemisde la Franced'expédierparl'Allanlique.La coalition s'assurait ainsi une nouvelle route et un nouveau théâtre de guerre. A lasuite de ce bénéfice commun, les Anglais ne laissèrent pas échapper l'occasion de s'en réserver un autre pour eux seuls. Par un traité particulier, leur négociateur Melhuen, dontlenomen a gardé une célébrité diplomatique^ stipula qu'à l'avenir l'Angleterre prendrait tous les vins de Portugal en échange de ses manufactures : de là date Tassujetlissement du Portugal au commerce anglais; la perspective d'undébitcertainchangeabientôten vignes toutes les terres du royaume, et la présence des produits de l'industrie anglaise étouffa toute industrie nationale. On hésita longtemps en France à croire à la défection du Portugal; on ne s'y résignaqu'au boutdedeux mois (1). On acquit ensuite, par quelques démonstrations des alliés, la certitude que cette défection était le prélude d'une guerre en Espagne. En septembre l'Empereur, par unacte solennel, transportaitsesdroitssur la monarchie espagnoteà son second fils l'archiduc Charles. Un seul homme, disait-il, ne pouvant gouverner tant d'Etats à la satisfaction de tous, il donnait àl'Espagneunroiqui pût résider aii milieu de ses sujets, et qui ne fût pas appelé à régner à Vienne (2) ; el il l'acheminait par lé Palatinat vers la Hollande el l'Angleterre, d'où il passerait en Portugal. Au même moment, les Anglais et les Hollandais répandaient en
(l)Dangeau, 9 juillet 1703.
(2) Dumont, Corps diplomatique, tome VIII.