‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 54 sur 135 · GUERRE DU PIÉMONT D' ABORD HEUREUSE · texte numérisé non relu

GUERRE DU PIÉMONT D' ABORD HEUREUSE

appuyer du côté de la Savoie les opérations de Vendôme. Ces choix n'étaient pas également bons. Le grand prieur joignait aux vices de son frère des habitudes d'ivrognerie et de paresse cynique^ qui ne promettaient pas un grand général. Quant à La Feuiliade^ il devait surtout à la partialité deChamillard^ son beaupère^ un avancement que de grands malheurs n'ont pas lardé à rendre à la fois odieux et ridicule. Néan-

moins le début des opérations fut heureux des trois côtés.

La Feuillade s'ouvrit une entrée en Piémont par la prise de Suze. Cette ville avait une citadelle sur un rocher escarpé, avec un fossé taillé dans le roc, et tout l'espace environnant dénué'de terre; elle était en outre protégée par la redoute dite de Catinat, et par les retranchements delà Bruneiie qui se dominaient les uns les autres jusqu'au sommet de la montagne. Toutes ces résistances furent vaincues en peu de jours . Le l'^juin, laville proprement dite capitulait, la citadelle le 12. Bientôtonappritque le grand prieur avait remporté un avantage décisif. Il chassait les Autrichiens de ces postes de laSecchia si longtemps occupés par eux, les rejetait sur l'Adige et les poussait hors de l'Italie sur le territoire de Trente (24 juin) ; il était libre d'expédier des renforts à son frère. Vendôme mita profit ces circonstances pour assiéger Vcrceii, sur la Sésia, à peu près en face de Suze, à l'autre extrémité du Piémont. Les diversions tentées parViclor-Amédée échouèrent ; la mésintelligence de ce prince avec le général autrichien, leur défiance réciproque, aidaient

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bien plutôt à leur impuissance. Le 20 juillet^ Verceil se rendit; la garnison^ c'est-à-dire 3,600 fantassins et 500 dragons ou cavaliers^ se constitua prisonnière de guerre ; les vainqueurs trouvèrent 'dans la place soixante*douze pièces de canon de fonte^ de grandes quantités d'armes^ des approvisionnements de toute espèce, tout ce que le duc de Savoie y avait rassemblé pour assiéger No\'aredans le Milanais. Il n'en coulait aux Français et aux Espagnols que deux cents morls et huit cents blessés; à Victor-Amédéedix bataillons de Piémontais ou d'Impériaux, et la forteresse la plus considérable de ses Etats après Turin (1). Cette guerre, qui commençait si bien, nous la verrons se continuer presque dans les mêmes conditions jusqu'au delà de l'année suivante, et compenser par un peu de gloire les malheurs qu'il faut maintenant aborder.

Le premier de ces malheurs, comme l'ordre des temps nous le présente, fut la prise de Gibraltar par IesAnglais,petiteaffaireenelle-mémequîdevintcon5idérable par ses suites. Après sa tentative infructueuse sur Barcelone, l'amiral Rooke longeait les côlesde FEspagne, cherchant avec le prince de Darmsladtb revanche de son affront. Il avisa à la pointe de la péninsule la forteresse de Gibraltar «c qui n'avait, dit « Saint-Simon, quoi que ce soit pour la défendre el « pour toute garnison qu'unecinquantainede gueux.» Sans prendre ces rudesses à la lettre, il est juste de re-

(1) Pelet, tome IV : Voir les trois mémoires sur les opénlions da Savoie, de Piémont et do L.ombardie.

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