‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 65 sur 135 · PERTE DES PAYS-BAS ESPAGNOLS · texte numérisé non relu

PERTE DES PAYS-BAS ESPAGNOLS

progrès. Le 4 juin, il occupait Oudenarde : quelques jours après Anvers se rendit par la trahison du gouverneur espagnol, qui força la garnison fran^ çaise à se retirer. Dendermonde résista mieux; mais Courlray fut occupé par Marlborough le 3 juillet; Ostende, après une rigoureuse défense, n'obtint qu'à grand'peine les honneurs de la guerre, le 8 juillet. Lorsque Vendôme arriva, il n'y avait pas encore d'armée prête; il ne put sauver ni Menin, ni Dendermonde, ni Ath; il n'y eut que la mauvaise saison, qui, en forçant les vainqueurs à séparer leurs troupes, donna quelque répit aux Français.

Une seule chose avait réussi : Vauban par des inondations, par un camp retranché sousNieuport, par une sage distribution des troupes que le roi lui fit donner, imposa fièrement aux ennemis, et décida Marlborough à se retirer des bords de la mer. Pendant qu'Ostende se débattait dans les derniers efforts de la résistance, Vauban sauva Nieuport et Dunkerque, son œuvre de prédilection, avec tout le pays maritime dont il avait le commandement. Ce fut son dernier exploit et un complément à sa gloire qui le ipontra aussi habile à sauver les places fortes qu'à les prendre (1).

(1) Il existe, dans les Oisivetés de Vaaban, un mémoire qui a pour titre : De Vimportance dont Paris est à la France et de la nécessité de le conserver. Ce mémoire démontre qu'il serait utile et possible de fortifier Paris, et donne le plan des travaux, approprié à l'état où se trouvait alors la capitale. On a cru, et Âllent, dans son Histoire du génie, affirme catégoriquement que ce travail est de 1706, qu'après les désastres de cette année, on conseillait à Louis XIV de se retirer derrière la Loire, et que Vauban s'opposa à ce projet en dé-

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MatBcesuccèsy précîéiix pour la France^ necompetisau pas pour lesdeux couronnes la perle des Pays-Bas.

Après les Pays-Bas ce fui le tour de Tllalie.

Les disposîltons prises par Vendôme après la victoire de Calcinato fermaient aux Impériaux le passage depuis leTyrolelleTrentinjusqu'au Ferra rais, depuis la Rocea d'Anfo à l'ouest du lao de Garda jusqu'à l'embouchure de r Ad ige. Il se naltail de oouvrtrainsi

montrant qu'il fallait garder Paris, 6t qu*on pouvait s'y défendre. U lecture du mémoire réfute complètement cette asserlion. Il n*a poiai do date; it n'y est nulle part question des désastres do 1706, ni d'aucun malheur présent. Pat* les périodes d^ànnées qtii y sont supptf* tées, il remonterait à peu près à 1685, au plus tard à 1690. Vanbao y parle des travaux de toute sorte et de la terre remuée depuis vingtdeux ans, et de la prospérité constante du royautne depuis Vingt-Cinq ou trente ans ; ce qui indiquerait comme point de départ, ou Tavé^ nemont de Louis XIV après la mort de Mazarin, ep 1661, ou le com* m ?ncement des travaux de forlificalions auxquels Vauban a donné le premier élan pendant la guerre de Dévolution. Nous voilà bien loin de 1706. Au lieu de calamités qui exigent un prompt remède, ii constate la prospérité où est Paris, et la difficulté qu'aurait un jour l'ennemi à forcer ta frontière et à pénétrer dans Tintcrieur du royaume ; mais comme ce mal n'e$t pas imposêible^ il serait, à eoa avis, de la prudence du roi d'y pourvoir de bonne heure. U sait bien que les esprits ne sont nullement préparés à cette propositioo. « Cependant, dJt-il, eette pensée qui, dans le (k>inmencemMt, sê « m'a passé que fort Uiyérement dans l'esprit, s'y est préseotie si « souvent qu'à la fin elle y a fait impression; mais, n'osant la pro* « poser à cause de sa nouveauté, j'ai du moins cru la devoir écrire, a espérant qo^ll 9b trouvera un jour Une personne autMsée qtti, 4 Usant ce mémoire, y pOuçra faire réfldxion. * Ainsii le projet d0 fortifier Paris est une étude spéculative, inspirée à Vaiaban par 1< oonsidération de rimportanoe de cette villOi par la ôomparaiwfl entre la capitale et les autres villes de France qu'il gârtiiSBiit de forteresses, et comme le couronnement de ce grand irystèiHe d« défense dont la plus grande gloire lui appartient. C'est une Idéed'ffl* semble, ot noii l'effet d'une nécessité particulière et Imprévtre.

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le Milanais^ le Bressan^ leMàntouan elles positions des Finançais sur la riVe droite du Po. Les Impériaux^ pour eoraniiinit]uei^parterreavecleducdeSavoie^iVavaient plus que rÉtat ecclésiastique et le pays de Gènes. Sur cette assurance, Louis XIV avait autorisé le siège de Turiil^ proposé depuis longtemps et avec un fracas qui avaitaverti TennemidesV préparer. La Feuillade, le gendre de Chamillard^ en fut chargé à la grande joie de son beau^père, qui croyait déjà le voir maréchal de France. Ce présomptueux s'était permis de dédaigner les leçons de Vauban ; au lieu d'assiéger Turin par la ville entière^ il prétendait l'attaquer d'abord par la ci^ tadelle seule^ et à ceu'i qui lui objectaient Topinion du maître des ingénieurs, il répondait témérairenient : « Je le prendrai à la Cohorn. » Remarquons qu'il n'é« lait pas seul a cette époque à contredire Vauban ; Villars en avait donné l'exempleàKchl, et Vendôme s'en donnait les airs à propos de Turin. Louis XIV luimême, « malgré sa juste confiance en Vauban^ » laissa agirLa Feuilladeàsongré. « Peut^on s'empêcher de « reconnaître, dît8alrtt*fiimon, que, lorsque Dieu veut «châtier, il commence par aveugler? » Vauban ne devait être que trop vengé de ces dédains. Le siège de Turin^ commencé dans les premiers jours de juin, traîna en longueur d'abord par la facilité qu'une at* taque si défectueuse laissa aux assiégés pour se défendre. Puis le duc de Savoie sortit sans peine d'une ville noil investie, et se mit à courir le pays dans l'espérance d'attirer La Feuilladeà sa poursuite, de diviser ses forces^ de l'épuiser lui'^méme par dBS courses fatigantes,

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et d'assurer, en diminuant le nombre des assiégeants, la résistance de la place. La Feu itlade donna dans le piège: laissant le siégea un lieutenant, il se lança sur les traces du fugitif qui le conduisit à Moncalieri, à Chivas, à Asti ; il prit dans Mbndovi la famille du prince de Carignan, mais laissa échapperVictor-Âmédée; il essaya sans succès d'occuper Coni, et revint au siège avec une cavalerie harassée, de plus grandes difficultés à vaincre et beaucoup de temps perdu. Chamillard ne put se dispenser de relever cette faute et d'en gronder le coupable. « L'affaire capitale de l'Étal, lui écrivait-il, est celle dont vous êtes chaîné; et de la prise de Turin dépend l'événement de la guerre d'Italie. Si vous n'aviez pas à craindre des secours étrangers, vous ne pourriez mieux faire que de vous rendre maître de toutes les avenues. Je ne sais si vous n'auriez pas employé plus utilementà prendre la hauteurdes Capucins, la petite armée que vous avez formée pour le siège de Cherasco et pour celui d'Asti (1). »

On eût dit qu'une influence non moins maligne, à l'autre extrémité de l'Italie, troublait l'esprit de Vendôme et lui ôtait l'intelligence de la situation. Il s'était persuadé un peu vite qu'il avait fermé au prince Eugène la rentrée en Italie; il ne voyait pas que ses troupes dispersées sur une si longue ligne, du lac de Garda à l'Adige, n'étaient en force suffisante sur aucun des points particuliers que l'ennemi pouvak attaquer. Leprince Eugène, moins convaincu de l'impossibilité

(1) Ghamillard à La Feuillàdet 8 juillet 1706 : Pelet, tome VI.

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de s'ouvrir un chemin^ et assuré de la connivence de Venise^ assemblait dans le Véronais une armée qui augmentait, tous les jours ; c'était des Hessois^ des Palatins, des Saxons de Gotha, des Prussiens, des Danois, et ce qui restait des vieilles troupes de TEmpereur en Italie, le tout montait à quarante mille hommes. « Les alliés, écrivait Chamillard, ont résolu de « secourir Turin à quelque prix que ce soit. » Devant

cette menace la prudence commandaitaux Français de

quitter l'Adige, de se masser et de concentrer la résistancesurleMincio. Vendôme ne voulut rien entendre, il s'acharna à répéter que l'Adige était sa meilleure ligne de défensive; il alla jusqu'à écrire au roi : « Il c< faut que l'armée périsse plutôt que d'abandonner « cette rivière, et de laisser entrer les ennemis dans le « Bressan (1). » Pendant qu'il se reposait sur cette confiance en lui-même, Eugène attaqua un des postes français les moins garnis sur l'Adige (8 juillet), et en dix jours fit franchir à son armée l'Adige, le canal Blanc et le Pô. Il fallut bien alors que Vendôme rétrogradât sur le Mincio, et à peine il y avait pris position, qu'il reconnut qii^Eugène formait deux corps de ses troupes, l'un pour menacer le Milanais par la route du Mincio^ l'autre pour avancer vers le Piémont par la droite du Pô. La situation était compromettante; il en fut délivré fort à propos par l'ordre du Roi qui l'appelait au commandement de l'armée de Flandre ; et il laissa à son successeur la charge de réparer sa faute ou plutôt d'en subir les conséquences déplorables. (1) Pelet, tome Vf.

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Ce successeur était le duc d'Orléans, neveu du roi, assisté du maréchal de Màrcin. Le prince, connu depuis Nerwinde poursa valeur, attendait impatiemment l'honneur de comHiander en chef; il était difficile de débuter au milieu de circonstances plus pénibles. Le siège de Turin, qu'il visita en passant, était si mollement conduit, que la tranchée n'était pas encore faite, ni aucun ouvrage de l'ennemi entamé, et qu'on avait diminué le feu du canon dans la crainte d'épuiser trop vite les munitions*. En Lombardie, la double marche annoncée parEugèneexigeaitdeuxrésistancesàla fois, deux armées, pour lesquelles les Français étaient trop faibles de nombre. Le duc d'Orléans se résigna néanmoinsà laisserqueiques troupesderrière lui pour couvrir le Milanais, pendant qu'il suivrait lui-même avec les autres la marche des Impériaux vers le Piémont. Quoiqu'il y déployât beaucoup d'activité, tout contribua à favoriser les progrès de l'ennemi. Sur la rive droite du Pô, les retranchements étaient dégradés, les places dépourvues de munitions de guerre et de bouche; les affluents du fleuve, desséchés dans celle saison, n'oflfVaient aucun obslacleà l'agresseur, auetin poste aux Français pour en disputer le passage. Le défilé de Stradella, indiqué par Vendôme, pouvaitseul barrer la route; Bugènecraignaitd'y échouer, et lediic d'Orléans avait donné des ordres pour en assurer la défense; mais La Peuillade allégua les besoins du siège de Turin pour ne pasyenvoyerles bataillons nécessaires» Eugène donc, par la même route que Stahrenberg, avança de Reggio à Parme, à Plaisance, franchit le

déiilé de Stradelta^ et déjà il poussait des postes entre Alexandrie et Tortone. Le duc d'Orléans jugea dès lors qu'il n'y avait plus d'autre ressource que d'aller rejoindre La Feuillade sous Turin^et de former par cette réunion une armée qui fut encore capable d'im* posera l'ennemi.

Il trouva le siège dans un état déplorable : « Pas un « ingénieur ni un officier d'artillerie qui sût conduire «une aussi grande besogne ; nul concert entre eux^ « nulle activité dans aucune des parties ; l'infanterie « affaiblie par les fatigues ou les pertes de la tranchée, «au point qu'à peine restait-il deux cents hommes à (4 chaque bataillon (1). » Pour comble de malheur une attaque surla demi-lune et les contre^^gardes échoua tristement après im commencement de succès (25 août). Le prince Eugène approchait ; le duc deSavoie, sorti de ses montagnes avec sa cavalerie/ ralliait ses auxiliaires. Une bataille était imminente. Le duc d'Orléans représenta qu'il neconvenait pas de l'attendre dans les lignes où les troupes n'auraient pas la li-r berté de se déployer ; il voulait marcher à l'ennemi. Mais Marctn, La Feuillade^ les lieutenants généraux réunisen conseil de guerre^ opinèrent tout autrement. Le pauvre Marcin en particulier, tout troublé du pressentiment de sa mort prochaine (2), semblait avoir perdu la téle> il s'opposa même au nom du roi à ce qu'on Ht descendre pour prendre part au combat les

(1) Pelet, lome Vî, page 261.

(2) C'est un secret qui a été révélé par une lettre do Marcin à ChamîUard» eonaervée au ministère de la guerre.

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bataillons qui occupaient la montagne. Le 7 septembre, Eugène et Victoi^Atnédée, après une canonnade bien nourrie, lancèrent leur troupes contre les retranchements français dont plusieurs n'étaient pas même achevés. La défense fut aussi vigoureuse que l'attaque; deux fois les assaillants furent repoussés; Eugène eut son cheval tué, mais sa persévérance à revenir a la charge ranima la bataille : Victor- Amédée la décida par un mouvement bien calculé. Il avait remarqué que la droite des retranchements n'était pas garnie; il s'y porta impétueusement et renversa tout ce qui s'y trouvait. Le centre fut aussitôt percé, et la ligne séparée; la gauche, longtemps soutenue par lecanon d'une hauteur, finit par céder; Marcin était frappé mortellement, le duc d'Orléansavait deux blessures à la hanche et au bras ; il donna Tordre de la retraite. Tout plia, tout se retira, abandonnant l'artillerie et les munitions.

Le résultat de la bataille de Turin fut moins prompt que celui de la bataille'de Ramillies, mais il fut encore plus décisif. Au lendemain même (9 septembre) les troupes françaises laissées en Lombardie par le duc d'Orléans remportaient une véritable victoire à Castiglione, et fermaient de ce coté l'entrée du Milanais au prince de Hesse,lieutenant d'Eugène. Unbon nombre de garnisons françaises dans les principales villes étaient en état et en disposition de disputer à Eugène les fruits de sa victoire, et le général autrichien, avec des troupes harassées, n'était pas pressé d'entreprendre des sièges pénibles. Mais par une résolution mal-

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heureuse, par des conseils timides, le duc d'Orléans, au lieu de se replier sur le Milanais, avait ramené son armée dans les Alpes, pour prendre le temps de la refaire. Ce fut une faute irréparable; cette armée ne put rentrer en Piémont. Les ennemis en profitèrent pour saisir les postes les plus faciles à aborder. Le duc de Savoie reprit le fort de Bard, Ivrée, Verrue. Dans le Milanais le parti autrichien, ou les populations, lasses de la guerre, livrèrent à Tarchiduc comme au légitime souverain, Novare, la viile de Milan, moins le château (24septembre),Pavie(2octobre),Torlone,Alexandrie, Casai ; dès le mois de novembre, Louis XIV proposait unarrangement pour la neutralité de ritalie et l'évacuation des garnisons françaises. Cet expédient, qui devait se conclure au mois de mars suivant, équivalait pour l'Espagne à la perte du Milanais et du royaume de Naples, et pour le duc de Mantoue à une spoliation complète.

Pour comble de malheur dans cette année désastreuse, la royauté de Philippe Vavaitparu s'effondrer en Espagne même dans une catastrophe incomparable.

Pendant que Philippe V, au printemps, assiégeait Barcelone, Berwick avait à contenir à l'ouest les Portugais et leurs alliés (1). Les troupes lui manquaient; les gouverneurs des provinces espagnoles lui refusaient leur assistance; chacun voulait avoir son armée à soi, aucun ne se prétait à former en commun une armée

(1) Mémoires de Berwick.

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. assez considérable pour égaler le nombre de l'ennemi. Il ne put empêcher la prise d'Alcantara^ mauvaise place d'ailleurs, et dont la faiblesse s'accrut encore par l'empressement du gouverneur à capituler (14avril). Ci udad- Rodrigo céda de même (26 avril); et la route de Madrid par Salamanque se trouva ouverte. Tout à coup les plus mauvaises nouvelles arrivèrent de Barcelone, au moment même où l'occupation du Montjouich par les assiégeants commandait encore la prudence au\ alliés. Une flotte anglaise de trente-cinq voiles venait au secours, forçait le comte de Toulouse, trop faible avec vingt vaisseaux, de rentrer à Toulon, et ravitaillait la place de vivres et de soldats. Philippe et le maréchal de Tessé, regardant comme inutile de continuer le siège, décampèrent le 12 mai, abandonnant cent pièces d'artillerie, cent cinquante milliers de poudre, trente mille sacs de farine, et une grande quantité de bombes, boulets et outils. Louis XlVenreçutla nouvelledeux jours après celle de Ramillies (1); et il apprit en même tempsque son petit-fils, se voyant la retraite coupée par l'Âragon en révolte, avait passé le Ter, et marchait sur Perpignan, sans autre chemin que de tourner les Pyrénées pour revenir à sa capitale.

Le malheur d'Espagne, pas plus que le malheur de Flandre, n'ôta à Louis XIV la fermeté d'esprit nécessaire pour y apporter du remède. Il annonça sans délai à Philippe Vque trente bataillons et vingt esca-

(1) Dangeau, Journal, 28 et 29 mai.

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