‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 64 sur 135 · BATAILLE DE RAMILLIES · texte numérisé non relu

BATAILLE DE RAMILLIES

que son esprit agit peu sur les violents besoins de l'Etat qu'il est chargé de soutenir; tout y manque^ la misère espagnole surpasse toute imagination. Les places frontières n'ont ni canons ni affûts^ les brèches d'Ath ne sont pas réparées... Les soldats sont tout nus et mendient sans ce^se... La cavalerie n'a pas un seul cheval. M. l'électeur voit toutes ces misères^ il s'en console avec ses maîtresses^ il passe ses jours à la chasse^ il joue de la flùte^ il achète des tableaux^ il s'endette, il ruine son pays^ et ne fait aucirn bien à celui où il est transplanté (1). » Si le portrait n'est pas avantageux^ il est en grande partie conforme aux rapports officiels. Ces rapports constatentl'état de délabrement des places espagnoles dont aucune n'était capable de soutenir un siège sérieux^ et le dépérissement^ la mauvaise conduite, l'esprit de désertion des troupes d'Espagne, de Bavière et de Cologne. Les Belges en particulier étaient soupçonnés de préférer Varchiduc à Philippe V; et c'était une disposition que Marlborough entretenait avec beaucoupd'habileté (2). L'heureuse supériorité de Villars sur les Impériaux avait. donné au roi la confiance de reprendre l'offensive dans les Pays-Bas. Rassuré sur l'Alsace et même sur la Lorraine, il s'était cru libre de renforcer Ville-

(1) Gorreapondanee de Fénelan : première section ; lettres aa duc deBoui^ogne, aux ducs de Beauvilliers et de Chevreuse et à leur famille. Cette lettre n'est pas datée ; mais il suffit de la ville d'Ath dont il parie, et qui fut occupée par les alliés après la bataille de RamiilieSy pour reconnaître que la lettre est antérieure à cette bataille, et ne peut avoir été écrite plus tard qu'en 1706.

(2) Polet, tome VI : Campagne de Flandre, passim.

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roi par une partie des troupes de Marcin. Villeroi proposait le siège deLeau sur la Petite-Ghète,à Texlrémité orientale duBrabant^ dont la prise pouvait entraîner celle de Hu y ou de Liège. Le roi l'autorisa à assiéger Leau^ et même à risquer une batailles! Tennemi essayait de secourir la place, mais avec la recommandation implicite d'attendre l'arrivée de Marcin. Marlborough^ non moins frappé des conséquences de cette entreprise^ et convoitant pour lui-même Louvain, marcha de Tongres contre les Français et les atteignit près de liamillies (23 mai 1706). Marcin n'était pas arrivé :Villeroines'en prépara pas moinsau combat^ et prit toutes les dispositions les plus capables de lui faire perdre la bataille. Il plaça sa gauche et son centre derrière un marais impraticable, près duquel autrefois le maréchal de Luxembourg avait refusé de combattre, et les condamna, sans le voir^à rinaction. Marlborough, certain de n'être pas attaqué de ce côté, porta toutes ses troupes vers la droite des Français, par le seul chemin qui permit d'à lier àeux,e( où ils ne pouvaient opposer qu'une seule de leurs ailes à une armée entière. La valeur de la maison du roi fut impuissante contre un tel nombre ;elle recula surriofanterie ; celle-ci, après plusieurs avantages, se troui^ trop faible. Les troupes avaientété si mal rangées qu'il n'y avait que la première ligne d'infanterie et de cataleriede Taide droite, avec quelques escadrons de la seconde, qui pussent combattre. Ils finirent par se replier en désordre. A cette vue, Villeroi, voulant sauver les corps qui n'avaient pas donné, commanda la

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retraite. L'artillerie en tête, l'infanterie au centre, la cavalerie à Tarrière-garde, défilèrent d'abord sans obstacle dans la direction de Louvain ; mais^ au défilé de Jadoigne qu'il fallait francbir, quelques voitures d'artillerie se brisant encombrèrent la voie. Cet obsta--» de imprévu inspiré à tous la crainte d'être écrasés par les vainqueurs; des cavaliers espagnols pressent leurs chevauxàtraversTinfanterieen criant: Sauve qui peut! les fantassinsetlescanonniers prisdelamémepanique se débandent, jettent leurs armesetfuient dans toutes les directions; la cavalerie ennemie survenant sabre ou prend tous ceuxqui ne peuvent pas fuir, et l'armée deFrauce et d'Espagne parait complètement dissipée» Labataillemémen'avaitcoûtéquedeuxmillehommes aux deux couronnes. La retraite coûta six mille prisonniers, un grand nombre de drapeaux et d'étendards, et cinquante-quatre pièces de canon des soixante qui formaient l'équipage d'artillerie. Les fuyards ayant pris la route de Bruxelles, de Nivelles et autres places de Brabant, il fallait désormais un temps assez long pour les rassembler. Beaucoup se cachant dans les bois, la désertion. devenait facile, et les Belges surtout profitèrent de l'occasion. Ce qu'on pouvait encore appeler le gros de l'armée arriva à Louvain sans tentes, sans marmites, presque sans armes, et dans la confusion d'une déroute incomparable.

Le désastre, l'humiliation dépassait Hochstett. Qu'on se représente l'étonnement de Louis XIV, lorsque, le 26 mai, à son réveil, il reçut une nouvelle aussi

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lamentable^ à laquelle rien ne Tavait préparé, t On n'avait jamais vu une plus grande révolution en moins de temps. On n'était qu'au commencement de la catn* pagne^ et déjà les ennemis étaient en état de faire tout ce qu'ils Voudraieht. i» « Pour moi, dit M"' de Mainci tenoti, j'ai été étonnée, frappée, abattue, indignée, ce pétdfiée dans le premier moment, i» Le roi en souffrit d'autant plus profondément qu'il s'imposa la contrainte decon tenir ses émotions : a J'avoue^ dit etioore « M''" de Maintenon, que la souffrance de le voir «flouffriret se contraindre est grande (1). » La foi vint à son aide; le sentiment chrétien, et le besoin de ne pa» faillir à sa dignité et à ses devoirs, lui conservèrent la présence d'esprit et Tactivité nécessaire, c Nous « n'avons pas été heureux en Flandre, écrivait-il à Phi- « lippe V; il faut se soutnettreaux jugements de Dieu, «et croire que^ si nous profitons des disgrâces qti'il « ndus envoie, elles nous procureront des biens soli- (i des et éternels (2). » II écrivait aussi à son ministre: a Toutes les nouvelles sontaccablantes; mais ilnefiiut « pas se laisser abattre^ ni manquer à faire tout ce qui <c esipossiblepoursortirderétatoii nous somtne9(3).i Il envoya Chamillard en Flandre pour connliitre l'état et l'esprit de l'arméeetlesmesuresàprendre.Préoccup^ desdangers de la Flandre maritime, etdes convoitises de l'Angleterre sur les côtes, il confia à Vauban ladé-

(1) Lettres de M^^ de Maintenon aa duo de Noailles» juin 1706.

(2) Œuvres de Louiê XIV, tome VI.

(3) Lettre du roi à Chamillard, l®»" juin lt06 : Pelet, lome \1, page 52.

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feflséde Punies^ Dunkerque^ Bergues^ Gravelineselde tout le pdys en dépendant. La voixpubliqiiese déchaînait contre Vîlleroi à Tarmée et dans Paris. Sacrifiant SA Vieille amitié^ tllui annonça avec les ménagements les plus délicats qu'il ne pouvait lui laisser sdn conl'* mandement^ etTinvila^ pour s'épargner l'apparence d'une disgrâce^ à dotlner de lui-même sa démission. Le tndlheureux Villeroi accueillit cette proposition ddmme une injure^ prétendant prouver qu'il n'avait pas mérité de perdre sa place; il répondit sidurement à ces marques d'amitié^ que M°** de Mainteilon renonça à lui écrire dans la crainte d'être aussi mal trai* léeque le roi; LoUls XIV tint bon^ il appela Vendôme au commandetnent de l'armée de Flandre^ et (léclarfidansla patente qu'il fallait à cette armée un chef qui s^ attirât ta confiance des chefs et des soldats , H redonnât aux troupes Cet esprit de force et d* audace si mturelle à la nation française. Ce choit contribua au moins à calmer Popiniou^ comme on putle voiraux «icclamations qui accueillirent le duc de Veridôme à iton passage à Paris (1)«

(1) Entr^ lee preuves de bienveillanoe de Louis XIV pour ViUero), an moment môme de sa destitution, on cite toujours oe mot chai^ it)ant qu*il lui aurait adressé à son retour : Monsieur le maréchal, on n*Bst plm henteux à notr^ dget Noos devoiiS dire que hoos aVorit vainement cherché ce mot dans les contemporains* Il n*est pas dans Dangoau, ce chroniqueur si fidèle aux dates. Il n*est pas dans Saint- Simon, qui pourtant nWét rien des avances affectueuses et paiienti^s, prodiguées alors par le souverain à son sujet, et qui en fait, avec raison, un litre d'honneur pour la vieille afl^tion du souverain. Il n'est pas dâHs les lettres de Louis XIV à Villeroi^ ni ddna la correfr* pondance de M""® de Maintenon, qui se plaint de la mauvaise humeur

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Ces mesures furent insuffisantes^ tant avaient été rapides ies conséquences de la bataille de RamtUies. Jour par jour^ ville par ville, Marlborough occupait les Pays-Bas espagnols. Le lendemain de la bataille, 24 mai, Télecteur et Villeroi, ne se croyant pas en sûreté à Louvain avec les tristes débris de leur armée, avaient reculé derrière le canal de Bruxelles; Marlborough, accouru sans délai, s'était emparé de Louvain. Le 26, Villeroi et Télecteur reculèrent au delà delà Dender ; Marlborough^ continuant à avancer^ occupa Bruxelles et Malines. Le 27, Villeroi etrÉlecteurne crurent plus pouvoir tenir que derrière l'Escaut, ils se réfugièrentàGand; mais Marlborough ayant poussé de ce côté, ils se retirèrent derrière la Lys sous Courtray; Marlborough occupa Gand, Bruges et Damme, et fit sommer les gouverneurs d'Anvers, d'Oudenarde et de Dendermonde, d'imiter l'exemple de ceux qui avaient déjà reconnu l'archiduc pour leur souverain.

Quand Chamillardarrivaiel"juin, il crutreconnaitret comme Villeroi, que la dernière chance de salut consistait à ne plus tenir la campagne, jusqu'à ce qu'on eût pu reformer une armée, et à disperser les restes de l'armée vaincue et les troupes apienées par Marcin, dans les villes les plus importantes du pays espagnol, et dans les places françaises les plus rapprochées de la frontière. Pendant qu'ils s'éloignaient deCourtrav pour celte opération , Marlborough continua ses

du maréchal. Nous n'avons donc pas cru devoir admettre ce mot parmi les faits historiques, malgré le crédit dont il jouit dans ies histoires modernes.

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