EUGENE REPOUSSE DE LA PROVENGE
Les envahisseurs^ entrés dans le comté de Nice, au lieu de s'attarder devant les villes que les Français y occupaient, trouvèrent plus favorable à leur succès de pénétrer sans délai en Provence. Le 11 juillet, ils passaient le Var. Le commandant français, entre le canon de deux frégates qui s'approchaient de la cote, et un corps ennemi qui, pour le tourner, remontait le haut Var, se sentit trop faible et se replia prudemment. Deux jours après, les consuls de Vence, Grasse, Cannes et Fréjus, tout résignés à l'invasion, se rendirent auprès de Victor-Amédée, pour traiter avec lui des contributions. Les Provençaux, les paysans surtout, fatigués de toutes les exigences du gouvernement français, s'inquiétaient peu, dit Saint-Simon (1), de changer de maître, bien certains que le nouveau ne les traiterait pas plus mal que l'ancien ; et Victor-Amédée, exploitant ces dispositions, avait Fait publier qu'il arrivait en ami pour les délivrer et qu'il se contenterait de contributions modiques et de vivres. Le chemin s'ouvrant ainsi de lui-même, les alliés n'avaient qu'à marcher en avant; dans cette confiance ils laissèrent derrière eux Antibes; le 17 ils campaient devant Fréjus.Cependant unedisputed'argent entre Victor-Amédée et les Anglais, et le retard de leur artillerie, les obligèrent plusieurs fois à suspendre leur] marche. Ces délais sauvèrent Toulon. Tessé eut le temps d'y rassembler toutes les troupes qu'il avait appelées de
,1) Cette afQrmalion de Saint-Simon semble conGrmée par Dangeau, . qui dit, 31 juillet 1707 : t On n*est pas content, ici, de la ville de (frasse. »
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diverses directions, et d'y introduire, en trois jours, vingt et un bataillons de renfort.
L'armée alliée n'apparu ten v ue de Toulon que le20. Les moyens de défense n'étaient pas tous achevés; seule la hauteur Sainte-Anne élait en état de résister. Victor-Amédée et Eugène profitèrent de cette insuffisance; leur premier exploit fut de saisir la hauteur Sainte-Catherine, puis la Malgue, d'où leurs batteries commencèrent à tirer sur les forts Saint*Louis el Sainte-Marguerite, et survie port qui renfermait cinquante-cinq vaisseaux. Leurs progrès parurent assez inquiétants, pour que Louis XIV prit la résolution d'expédier de nouvelles forces de ce côté, et d'y envoyer le duc de Bourgogne. Mais les alliés étaient déjà rongés de deux fléaux qu'ils ne pouvaient sedissimu- 1er, le défaut de vivres pourles hommeset les chevau\ et la désertion; leurs rangs s'éclaircissaient chaque jour. Pendant qu'ils calculaient cette situation aIa^ mante, un coup hardi des Français leur ôta toute ex-* pérance de réussir. Le 14 août, Tessé attaqua résolument leur position de Sainte-Catherine ; en trois quarts d'heure, il emporta leurs retranchements , leur tua 1,400 hommes, jeta à terre parmi les blessés les princes de Saxe-Gotha et de Wurtemberg, fit quatre cents prisonniers, encloua leurs canons, et resta quatorze heures sur le terrain conquis sans que le vaincu fit le moindre effort pour le reprendre. Les alliés essaye* rent encore d'in timider la ville par u n bombardement, ils ruinèrent même le fort Saint-Louis; mais à peine ils l'avaient occupé, que, sous une bombe d'unebal-