‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 71 sur 135 · EUGÈNE REPOUSSÉ DE LA PROVENCE · texte numérisé non relu

EUGÈNE REPOUSSÉ DE LA PROVENCE

terie française^ il sauta avec tous ceu\ qui croyaient s y être établis. Ils voulurent enfin tenter quelques descentes des soldats de la flotte; elles furent toutes inutiles. Le 19 août, une proposition d'échange de prisonniers parle prince Eugène laissa entrevoir qu'ils ne songeaient plus qu'à la retraite. Les jours suivants un feu exagéré de mortiers et de canons couvrit le départ de leurs malades, de leurs blessés^ de leurs équipages^ du gros de leurs troupes. Le 22, le silence de l'artillerie apprit aux assiégés leur délivrance.

Battus comme Charles-Quint, Vielor-Amédée et Eugène repartirent par la même route qu'ils étaient venus, mais plus rapidement, en dix jours au lieu de quinze.Nepouvantgarderie pays, ilss'en dédommagèrent en le ravageant par le feu et par le pillage. Comme ils n'avaient plus rien à gagner par l«i modération, ils se départirent des ménagements qu'ils avaient d'abord affectés vis-à-vis des habitants; ils tournèrent ainsi contre eux les paysans dont la connivence leur avait d'abord profité, et ils furent impitoyablement traités partout où ils ne se trouvèrent pas en force. On a reproché au maréchal de Tessé de les avoir poursuivis avec trop de lenteur, et de n'avoir pas préservé Pignan,leLuc,Vidauban,leMuy,laMotte,Roquebrune, les étapes de leur fuite, qui portèrent longtemps les marques de leur vengeance. Ils eurent du moins l'affront de manquer, après tant de jactances, unedes plus importantes entreprises qu'ils eussent encore tentées, outre la perte de dix mille hommes tués, blessés ou désertés, et dessommesconsidérablesqueleuravaient

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coiîté l'armement de leur flotte et la subsistance de leur armée. Le duc de Savoie, qui s'étaitmis en tête de conquérir la Provence, n'eut pas même l'avantage de rentrer en possession de son comté de Nice. La seule atténuation de cette déroute éclatante fut de reprendre en Piémont la ville de Suze, le 3 octobre de cette année.

Saint-Simon dit ici sans ironie que <c l'importante <c nouvelle d'une délivrance si inespérée combla de (c joie le roi et toute la cou r » . Il ajoute u u peu plus bas que la naissance d'un prince des Asturies, d'un héritier de Philippe V, vint «en cadence» augmenter le bonheur. Mais il sent que cette satisfaction dut être tempérée par la perle du royaume de Naples. C'est en effet en juillet et en septembre 1707 que l'empereur Joseph 1", laissé maître en Italie par la retraite des Français, prit possession de ce royaume, d'abord par la conquête de Naples, ensuite par celle de Gaëte. Le peuple de Naples, habitué.à changer de souverain, salua le nouveau roi en outrageant l'ancien; pour mieux reconnaître l'archiduc il brisa la statue de bronze de Philippe V. Leducd'Escalone, plus fidèle, disputa noblement à la maison de Habsbourg la possession de Gaëte. Il ramassa autour de lui tout ce qu'il put d'hommes de cœur; il se défendit derueenrue^ et refusa inflexiblement de capituler. Après sa défaite il fut, par un procédé tout autrichien, mis aux fersel longtemps détenu à Pizzighitone(l). Louis XIV, tout

{V. Saint-Simon, tome IV, ctiapitreiv, page 47.

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