‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 9 sur 135 · RENOUVELLEMENT DES ACADEMIES · texte numérisé non relu

RENOUVELLEMENT DES ACADEMIES

lui garantit le payement de sa pension d'académicien, malgré l'absence, et des gratifications d'autant plus légitimes que celte absence est un service de plus (1). Il a ainsi participéà l'expéditionscienlifique qui justifia si bien les travaux de Tourneforlen les complétant. Mais le meilleur titre de Pontchartraln filsest d'avoirou vert une voie nouvelle à la petite académie, jusque-là dite des Médailles, et d'en avoir fait un des principaux centres de l'érudition.

Un règlement du 16 juillet 1701 organisa la nouvelle académie sous le nom à^ Académie des Inscriptions et Médailles. C'est en grande partie, à la première vue, la reproduction du règlement qui avait agrandi l'Académie des sciences, pour la division en sections, les élections, les communications avec les savants du deliors et du dedans, les assemblées ordinaires et les assemblées publiques. Les chiffres seuls sont un peu différents : le nombre total des membres n'est que de quarante; la section des pensionnaires et celle des élèvessont réduitesà dix au lieudevingt. Mais c'est une institution distincte et nouvelle, si l'on compare sa destination à Tavenir avec ce qu'avait été jusque-là l'Académie des médailles ; on trouve un corps constitué et publicà la place d'un petit comité domestique choisi, changea volonté par le roi, une compagnie sa van te au lieu d'une fobrique de compliments. Elle aura désormais pour domaine l'histoire moderne et ancienne, et

(1) Depping, Correspondance administrative : Lettre de Pontchan train à Bignon, 26 janvier 1700.

même les arts dans leurs rapports avec l'histoire, a Lace dite Académie, dit le texte, étant établie pour travail- « 1er aux inscriptions et autres monuments qu'on « pourra faire pour conserverla mémoire des hommes (( célèbres et de leurs belles actions^ elle continuera de « travailler à ce qui regarde lesdits ouvrages, tels que (c sont les statues^ les mausolées, les épitaphes^ les méa dailles, les de vises, les inscriptions d'édifices publics « et tous autres ouvrages de pareille nature. Elle veil- « lera à tout ce qui peut contribuer à la perfection de «ceuxquise feront, tantpourl'^.iventionetlesdessins « que pourles inscriptionset les légendes, comme aussi a à la description de ces ouvrages, faits ou à faire, et à « l'explicationdesfaits par rapport auxquels ils auront « été faits, et, comme la connaissance de l'anUquité tt grecque et latine et des auteurs de ces deux langues c( est ce qui dispose le mieux dans ce genre de travaux, « les Académiciens- se proposeront tout ce que ren- « ferme cetteespèce d'érudition comme un des objets a les plus dignes de leur application (1). »

L'Académie des inscriptions devait « entretenir « une union particulière avec l'Académie royale des « sciences », par le moyen de deux assemblées communes annuelles où chacune rendrait compteà l'autre de ce qu'elle aurait fait. On ne peut méconnaître, en effet, les services réciproques que se rendent quelquefois la science exacte et l'érudition. Elle devait aussi se tenir au courant de toutes les découvertes curieuses

(1) Isambert, tome XX : texte du règlement.

concernant les monuments et l'histoire^ et établir des relationsavec les savants ou amateurs dont les études rentraient dans son domaine. Elle pouvait s'adjoindre comme associés ou honoraires ceux dont les travaux^ lesgoûts^ les collections lui promettaient un accroissement deconnaissances. On comprend que par là elle ait recueilli de précieux documents et exercé une influence utile sur l'érudition des particuliers. Un de ses premiers honoraires fut l'intendant de Caen, Foucauld^ que nous avons vu à Montauban, en Béarn^à Poitiers, en basse Normandie, occupé de toute autre chose que de l'amour de l'antique. Il avait pourtant découvert, près de Valognes, les ruines d'un théâtre quisemblaitse rapporter à l'ancienne ville d'Aluna, ei, dans un village près de Caen, un aqueduc, un reste de chaussée et quelques débris de colonnes. Sa bibliothèque, ses cabinets de médailles richement fournis, l'avaient mis en haute estime auprès du Père de h Chaise et du bénédictin Montfaucon. Ses collections, dit J'éditeurdeses Mémoires, furent son meilleur titre pour entrer à l'Académie des inscriptions (1).

Il y avait une tentation à laquelle il était difficile que Liouis XIV échappât. Aux grands jours de sa gloire, il avait fait du luxe des bâtiments le signe sensible de sa puissance; n'était*il pas juste, quand la prospérité

(1) Baudry, Introduction aux Mémoires de Foucauld. SainUSimon, tome (U, chapitre xxv, veut bien une fois parler de Foucauld et gd/er Sun papier de ces bagatelles : a Foucauld , ûiUil, grand médailliste, était fort protégé du Père de La Chaise, qui Tétait aussi. »

semblaitrenaître par ses soins, qu'il réservât uneparl à son goût de prédilection? Il avait même repris ses habitudes avec la vivacité d'une passion qui rentre en souveraine. La pai?( était à peine signée, que Dangeau nous le montre déjà passant des journées à planter à Trianon et à Marly, sous les intempéries de décembre (1697). Dès que la saison le permit, il enrichit Marly d'une fontaine, la plus belle qu'il eut encore imaginée, et d'un.mail sur les hauteurs pour ne rien laisser à désirer aux courtisans. Puis ce sont des grottes formées déroches de Bayeux et décorées d'écaillés d'huîtres , expédiées à grands frais par l'intendant Foucault; et, en même temps, un bâtiment nouveau dont la dépense n'allait pas à moins de cent mille francs. Cette prodigalité devenait si inquiétante, que M"" de Mainlenon s'efforça de la contenir, et elle échoua dans cette tentative. « Je n'ai pas plu, écrit-elle, dans une conversat< tion sur les bâtiments, et ma douleur est surtout d'ace voir parlé sans fruit. Marly sera bientôt un nouveau « Versailles. Il n'y a qu'à prier et à souffrir; mais le « peuple, que deviendra-t-il(l)? » Cependant, quelques jours après, le prodigue parut s'amender. Pontchartrain venant lui proposer un nouveau plan pour la place Vendôme, il se montra mécontent. Il se plaignit de Louvois, de La Feuillade, qui l'avaient entraîné à de semblables entreprises, qui lui avaient donné par toute l'Europe la réputation d'aimer ces vanités-là; il

(1) Dangeau, 12 juin 1698; Mémoires de Foncauld, juin 1698; Leltre de Maintenons 19 juillet 1698.

RKPRISE DES BATIMENTS 2d

{3arla des chagrins q^ril en avait ressentis^ et dont il al* lestait M"*de Maintenon même : c< Je veux, ajouta-t-il, « me les épargner désormais, je veux qu'on ne me rea proche rien d'approchant. Que mon peuple soit bien

« nourri, je serai toujours assez bien logé (1) . » M"* de Maintenon s'empressa de le louer de ces bonnes paroles, mais* a vaut la lin (le Tannée, la belle résolution s'était évanouie.

ft Le roi, dit Saint-Simon, dans cette fin d'année (1698), Q résolu d'entreprendre trois grands ouvrages qui auraient dû même être faits depuis longtemps : la chapelle de Versailles, l'église des Invalides et l'autel de Notre-Dame de Paris. » II aurait pu ajouter que le

roi négociait aussi unaccommodementaveclavillede

Paris pour refaire la place Vendôme à son gré, et qu'il s'était enhardi à embellir, à élargir, encore ses logements. La dépense des bâtiments en 1699 fut de deux millionssix cent mille livres, somme un peu forte pour une époque de réparation et d'économies. L'embellissement de l'autel et du chœur de Notre-Dame de Paris était le vmi de Louis XIII ^ que ce roi n'avait pas eu le temps d'accomplir. Louis XIV y destina, dès le premier jour, cinq cent mille livres; ilcommandaun dessin à Mansârd,et fit poser immédiatement les premières pierres de la fondation. Ainsi commençait cetteentreprisedemauvaisgoiitquidevait déformer, sousdescintres de marbre lourd et des tableaux d'un autre stvle, l'architecture primitive de l'église et l'élan gracieux

(1] MainteDon au cardinal de Noailles, 28 juillet 1693.

des Ogives du chœur (1). Mais ces travaux furent l'etardés par de longs débats sur le plan de Mansard ; repris en 1708, ils n'ont été achevés qu'en 1714 (2). La chapelle de Versailles ne paraissait pas digne des autres magnificences du château. Il fut résolu d^enchangerle dessin et d'abattre une partie de la construction. On se promettait une exécution rapide. Dangeau écrivait le 22 décembre 1698: « On commencera hindi prochain à mettrelesouvriers en besogne; «c'était aussi le moment oii l'élévation de Mansard à lasurintendancedes bâtiments, le délivrant des volontés ou des caprices d'un supérieur, semblait kii assurer plus de liberté et de vitesse d'allures. Néanmoins le travail se prolongea pendant plusieurs années; Mansard, mort en 1708, n'en a pas vu la fin. L'église des Invalides satisfit plus tôt l'impatience du roi. Barbezieux avait entre les mains un fonds spécial qui lui permettait de fournir 45,000 livres, par an pendant six ans ; on ne croyait pas une plus grosse somme nécessaire pour mettre le monument en sa perfection. Moins de trois ans après, en 1701, l'œuvre était finie; en revenant de la visiter, Louis XIV en exprim^att sa joie à Mansard par des compliments réitérés : a Quelque idée, disait-il, que je me fusse formée de ce superbe édifice, je nem'étaispasattendu à toute sagrandeur;jen'ai jamais

(1) De nos jours, dans la restauration de Notre-Dame, on a réparé cette faute grossière. Les tableaux, les marbfes, les cintres, ont disparu. Il n'est resté que ce qui représente vraiment le vœu de Louis XUI : le groupe de la Vierge et les statues des deux rois.

(2) Félibien et Lobineau, Histoire de la ville de PaHs, tome I!.

rien vu en ee genre d'un goût aussi magnifique et aussi exquis (1). »

La reconstruction de la place Vendôme fut aussi prompte^ el,ce qui valait encore plus,par une manoeuvre habile elle ne lui coûta rien. Il résolut de céder remplacement, et les matériaux des maisons bâties sous Lou vois, à la charge par Tacquéreur deconstruire une place nouvelle surles dessins de rarchilecte du roi, et de bâtir au faubourg Saint-Antoine uiï hôtel pour la seconde compagnie des mousquetaires. Le marché passé avec la ville de Paris (7 avril 1699) fut cédé par elle à un entrepreneur qui se mit à l'ouvrage sans délai. Au moi» d'août suivant, la nouvelle place était inaugurée par une statue équestre du roi; c'était un monumenten bronze,d'une hauteurde vingt pieds, dupoidsdesoixânte-dixmilliers,fondud'unseuljet,le cavalier et le cheval, par Balthasar KeHer, sur les dessins de Girardon (2). Bientôt s*a lignèrent en octogone, percé au milieu par deux rues, ces maisons dont on ;idmire encore aujourd'hui l'uniforraitéet l'élégance, et où vinrent habiter les plus riches financiers. Saint- Simon enapris occasion dedireou de répétermalicieusement que les trois rois de la dynastie occupaient par leurs statues leurs places naturelles : Henri IV sur le Pont-^.eufau milieu de son peuple, Louis XIII à la place Royaleau milieu desa noblesse, Louis XlVàla place Yendômeau milieu des maltôliers. L'inauguration de

(1) Mei-ctire de mai 1701.

(2) Félibien et Lobineau, Histoire de Paris,

rimage royale avait renouvelé les adorations des La Feuillade. Leduc de Gesvres,gouverneur de Paris, suivi du prévôt des marchands et des échevins, « y fit les tours,lesrévérencesetles autres cérémonies» en usage pour les empereurs romains (1). » Selon l'histoire métallique, jamais la joie et le concours du peuple n'avaient étési grands. La vogue revenait aux statues ; la villedeParis,ne voulant pas rester en arrière,endressa une autre, celte même année, dans la cour de THôlel de ville : un bronze d'après les dessins de Coysevox sur un piédestal de marbre, où le roi était qualifié de grand, de vainqueur perpétuel, de pacifique vengeur delà dignité de l'Eglise et des rois. Tant d'hommages inspirèrent à Louis XIV quelque défiance de sesmérites,un peu de modestie et de modération chrétienne. Il s'aperçut enfin que le luminaire, entretenu devant son image à la |>lace des Victoires, dépassait les droits de l'homme; il reconnut que ces sortes de choses ne devaient être que dans les églises; et il fit rendre à la famille de La Feuillade le fonds destiné à l'entretien deceslampe$.

A l'intérieur des maisons royales, et pour l'agrément particulier du maître, les travaux ne discontinuaient pas. A Versailles, à côté de la chapelle, mais avec moins de lenteur, il donna alors ladernière forme à son appartement; quand il le vit complètement achevé, il en exaltait volontiers la magnificence et la

(1) Saint-Simon, Mémoires, tome II, chapitre n; Dangeau, Journal^ 13 août 1699.

eommodîlésans pareille (i). Il s'agît du salon de l'œilde-hœufel de la cfaambreàcoueherqu'iloceupa depuis 1701 jusqu'à sa mort^ et qui apparaît aux visiteurs, aujourd'luiiméme, toute remplie delà présence du grand roi. Mais l'attraction de Marly était toujours la plus forte. II aimait de prédilection ce séjour, il y revenait sanscesse, surtout depuis l'arrivée de la petiteduchesse deBourgogneàsacour;ilfaisaitde Mari via promenade, le lieu de divertissement de cette enfant : il y avait des Marly qui n'étaient que pour elle; on les appelait les Marly^Bourgogne, II en avait porté les logements de vingt-qualreà quatre-vingt-dix; il lesaugmenta encore pour faire de la placeà plusde témoins de sa splendeur. A partir de la fin' de mars 1699, quatre bataillons de son régiment, campés convenablement sous des baraques, ne cessèrent de travailler aux agrandissements. A la fin dejuillet 1701, il ne pouvait plus imaginer, disait-il lui-même, quel autre embellissement serait possible à Marly, <( le lieu étant petitet aussi orné » qu'il l'avait fait. » Dangeau notait,dans son Journal, que, tous les travaux étant terminés, le dernier ouvrier en était parti. Cependant l'année suivante, le mouvement recommençait; entre autres ornements, on posait au bout du jardin, à l'abreuvoir, les deux chevaux ailés de Coysevox. De tels exemples portaient leurs fruits dans son entourage. Son frère, le duc d'Orléans, avait récemment ajouté de nouvelles beautés à sa cascade de Saint-Cloud, qui émerveillaient tout le monde

:i) Dangeau, 16 nov. 1701.

distingué de Paris, et il s'altirailmille louanges du public pour avoir autorisé le jeu des grandes eaux même

pendant ses absences.

Avec cette magnificence extérieure revenait l'habitude des prodigalités et des plaisirs. L'avant-goût s'en était fait sentir au mariage du duc de Bourgogne (décembre 16^), où le roi, « qui, depuis longtemps, ne portait que des habits fort simples, en voulutdes plus superbes» et offrit, pour cadeau de noces à cette mariée de douze atis, une parure de cinq à six cent mille livres (1). Amesureque les besoins de l'État parurent diminuer, il se sentit plus libre encore de répandre les largesses autour de lui. Ce n'était pas assez d'avoir, pendant la guerre, acquis le domaine de Meudon pour le Dauphin (2). Il fit payer par le contrôleur général tous les embellissements inutiles que le prince avait faits à la demeure de Louvois, et ses autres dettes qui dépassaient cinq cent mille livres (1698). Il porta au double les menus plaisirs du duc de Bourgogne, de l'avis de M"* de Maintenon, à qui le jeune prince en témoigne, dans une lettre curieuse, une humble reconnaissance (3). En mariant M- d'Aubigné, nièce de M" de Maintenon, avec le comte d' Ayen, fils du maré-

(1) Dangeau et Saint-Simon. .

(2 En 1693, la famille de Louvois avait cédé au roi, pour le Dauphin la terre de Meudon, contre 400,000 franc» comptants, et contre la belle maison de Choisy, que le Dauphin avait héritée de Mademoiselle de Montpensier.

(3) Le duc de Bourgogne à M""' de Maintenon : « Je suis Irès-sensible à l'amitié que vous me faites paraltro dans toutes les occasions. Je vous assure, Madame, que j'y répondrai toujours comme je dois. »

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