‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 4)Chapitre 8 sur 135 · RENOUVELLEMENT DES ACADÉMIES · texte numérisé non relu

RENOUVELLEMENT DES ACADÉMIES

des matières d'or et d'argent dans le royaume. S'il a dit vrai, V Histoire métallique n'a été que juste envers Louis XIV en le qualifiant de Provideîice conservatrice dans la médaille consacrée à cet acte d'autorité souveraine: Prowrfi^/ï^ia^^t'a/n^.

Dans cette revue de tous les besoins publies, dans cetteattention à répandre partout a l'intérieur lesbienfaits de la paix, comme dit Fontenelle (1), le roi ne pouvait oublier les corps savants. Nous savons que, entre autres causes d'affaiblissement, ils avaient souffert de sa pénurie pendant la guerre. Pontcliartrain, Colbert au petit pied, tenait à honneur de repasser sur toutes les traces de ce prédécesseur; en même temps qu'il dirigeait une entreprise maritime sur la Louisiane, il s'appliqua à relever les Académies. D'abord, des lettres patentes (30 décembre 1698) portèrent confirmation de l'Académie de musique ou Opéra (2). Le mois suivant (26 janvier 1699) parut un règlement qui devait renouveler l'Académie des sciences. Formée par les ordresdu roi, cette Académie n'étaitcependant encore constituée par aucun acte officiel de l'autorité. Sa règle, presque unique, était l'amour des sciences; mais, quoique le succès n'en eût pas été méprisable, nulle organisation régulière ne donnait à ses travaux les conditions du développement et du progrès, ou la garantie de la durée. Le nouveau règlement fixa le nombre des membres, leurs titres à l'admission, la ma-

(1) Fontenello, Histoire de V Académie des sciences, qui n'est véritablement que Tayant-propos de ses Éloges des Académiciens. [2] Isamberty tome XX.

nière de les choisir^ la nature des travaux , la correspon* dance de la compagnie avec les savants du dehors. Il y eut désormais soixant€*dix membres répartisen quatre sections : dix honoraires^ vingt associés^ vingt pensionnaires et vingt élèves, nommés chnctin par le roi, sur une liste présentée par la Compagnie. Nul ne serait pensionnaire ou associé, s'il n'était connu par quelque ouvrage considérable imprimé, ou par un cours fait avec éclat, par l'invention de quelque machine ou découverte particulière. Sur les soixanle-dix^nembres, soixante-deux devaient être Français, et quarante devaient résider à Paris ; mais huit places, parmi les associés, étaient réservées aux étrangers, et les autres associés et les honoraires étaient libres de résider en France où ils voulaient , selon leurs occupations ou leurs goûts. Le travail principal et régulier était confié aux vingt pensionnaires et aux vingt élèves. Il consis* tait à exposera chaque séance ordinaire, leurs recherches ou leurs observations, à vérifier les expériences déjà faites ailleurs, à communiquer avec les divers savants de Paris, du royaume ou de l'étranger, a lire les ouvrages importantsdemathématiquesou de physique parus à l'étranger ou en France, et à rendre compte, en séance, decet examen,, à juger des inventions pour lesquelles leurs auteurs sollicitaient quelques privilèges du roi, à approuver, s'il y avait lieu, les ouvrages des académiciens. Aucun travail direct n'était imposé aux associés ni aux honoraires; mais, quand ils assistaient aux séances, ils donnaient leVir avis et prenaient part aux discussions. A propos de quoi nous remarquons

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que le roi tient beaucoup à ce que le zèle de la science ne nuise pas aux belles manières, a On veillera^ dit le texte, à ceque^ dans les discussions d'opinions différentes, on n'emploie aucun terme d'aigreur ou de mépris, et quand on combattra les sentiments de quelque savantquecepuisseêtre, on n'en parlera qu'avec méniigements. » En retour de la fidélité à ces règles, le roi promettait de faire payer exactement les pensions des académiciens, d'y joindre même des gratifications extraordinaires, et, pour assurer la présence aux assemblées, de distribuer chaque fois quarante jetons aux pensionnaires présents (1). L'ancien lieu d'assemblée ne pouvait plus sufGre à une société ainsi accrue de nombre; il leur assigna un logement spacieux et magnifique dans le Louvre.

Fontenelle, avec un peu d'emphase, compare cette nouvelle organisation à ces républiques idéales conçues par les sa^^es, dans toute la liberté de leur imagination et de leur raison^ {)ourIe bonheur du genre bumain. Sansaller aussi loin, on y reconnaîtra unprogrès évident. Par les étrangers associés, l'Académies'emparait pourainsi dire des progrès des sciences chez toutes les nations. Par les associés français et les honoraires^ elIeprofitaitdQsavoirdecespraticiens^decesamateurs qui, pour n'avoir pas le goût ou la liberté de la résidence^n'en étaient pas moinsdes esprits éminents. Par lesélèves, elle préparait, de longue main, de dignes

(1) Texte du règlement dans Isambert, tome XX, ou d^insV Histoire de l'Af^adémie, par Fontenelle.

successeupsaux membres de sa section principale. Sou prestige s'accrut de la valeur de ces auxiliaires; elle bénéficia à la fois de leurs connaissances ef de leur gloire. Dès 1699, elle s'associait Tltalien Viviani, bientôt les deux Bernouilli, é.,^alement réclamés par l'académie de Berlin, et Newton, correspondant fidèle, toujours promptà lui expédier ce qu'il publiait. Parmi les lionoraires, aucun nom n'est plus illustre que celui de Vauban. « Si la bienséance, écrit Fontenelle, nous permet de dire qu'une place dans celtecompagnie soit la récompensedu mérite,après toutes cellesqu'il avait reçues du roi en qualité d'hommcide guerre, il fallait qu'il en reçût une d'une société de gens de lettres en qualité de mathématicien (1). » Il est en effet permis de penser que la présence de Vauban était au moins aussi honorable à l'Académie que le choix de l'Académie à Vauban.

Pontchartrain fils, quand il eut pris la place de son père en qualité de ministre de la maison du roi, ne fut pas moins le protecteurdes sciences et des belles-lettres. On le voit attentif (janvier 1700) à favoriser le voyage deTournefort dans le Levant, en Grèce, àConstantinople, aux îles de l'Archipel, en Palestine, Arabie, Egypte et côtes de Barbarie. Il presse le départ de l'infaligable explorateur; il lui accorde un compagnon capable, choisi par l'Académie, et un dessinateur; il lui expédie tout d'abord trois mille livres avec la promesse de lui rembourser toute sa^dépenseau retour; il

(1) Fontenelle, Èloqe de Vauban.

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