ÉTAT DE L^EURÔPÉ EN
et Terre-Neuve, d'où elle menace le Canada en attendant qu'elle Tabsorbe. Elle est en mesure d'accaparer le commerce qui échappe à la Hollande. Au contraire, la Hollande n'a rien gagné qu'une bamère qui lui coûtera beaucoup, et qui lui pi'ofitera si peu qu'un jour elle l'abandonnera d'elle-même. L'heure de se rendre compte ayant sonné par la paix, elle va reconnaître la ruine dont elle ne se relèvera jamais : « Des finances si « dérangées que Irenteans de paix et d'économie n'ont « pas suffi à les rétablir; une dépopulation si exces- « sive qu'on manquait de bras pour les travaux les « plus essentiels ; une marine si afïaiblie qu'il a été « impossible de la ranimer ; un conamerce si resserré c( qu'on n'a pas réussi depuis à lui rendre sonéten- « due (1). » C'est le fruit des entreprises, des dépenses exagérées auxquelles Guillaume HT avait entraîné les Etats-Généraux pour sii royauté, auxquelles les Etats se prêtaient eux-mêmes par orgueil, autant que par cupidité, pour compter parmi les hautes puissances et même les dominer. Ces bourgeois se plaisaient à passer pour les arbitres des querelles des rois y àmarcher de pair dans les congrès avec les potentats, à être appelés les bons amis de l'Angleterre et de l'Empereur, et aussi à leur avancer un argent qu'ils ne retrouveraient pasau jour delà liquidationgénérale:Ji9wr</fl'm5, Georges Dandins de la politique, aussi ridicules que ceux de la comédie, et aussi justement dupés. Leur influence disparaît désormais; ils n'auront plus de
il) Histoire du Stathoudérat»
610 LA FRANGE ET l'eSPAGNE RELEVÉES
hautes puissances que le nom, et leur richesse va passera TAniçleterro.
L'Autriche est rentrée en Italie; elle a repris la Lombardie comme les Ottons, Naples comme les Hohenstaufieu; elle a rallié à elle la soumission des |)rinces d'Allemagne par la crainte de la France; par l'étendue de sa domination, elle a Pair d'être redevenue, coname sous Charles-Quint, la puissance prépondérante. Mais elle a à ses côtés deux royautés nouvelles, celle de Prusse qu'elle a faite, celle de Savoie ou de Sicile qu^elle a subie. Ces deux royautés, fort contentes d'être au monde, ne demandent qu'à grandir; le titre de roi, comme disait Frédéric II, leur est une invitation à acquérir un véritable royaume; et c'est aux dépens de l'Autriche, leur voisine gênante, :i()rès avoir été leur alliée utile, qu'elles prendront leur accroissement. La Savoie va commencer par aidera dépouiller TAutriche de Naples, et peu à peu elle ^corn^ra le Milanais pour elle-même. La Prusse, en railiant à elle les Etats protestants, fondera une Allemagne du Nord contre la famille de Charles VI (traité de Hanovre, 1725), et bientôt ravira la Silésie. Toutes deux, animées du même instinct de rapacité, elles se mettront d'accord, dès le règne de Frédéric II, contre l'ennemi commun, attendant, saisissant, reprenant les occasions favorables, juscju'à cette conspiration fameuse, qui, sous nos yeux, a livré toute l'Allemagne à la Prusse, toute l'Italie à la Savoie.
Il convient encore de mettre au nombre des résultats de la guerre la formation si rapide de la