TRAITÉ DE BADE
courir, y adhérerai! moins pour la forme. A ce litre, les députés de TEmpire furent convoqués à Bade en Argovie, où Eugène et Villars, les vrais négociateurs, se rendirent. La volonté de rAulriche, pour laquelle une grande partie de TAllemagne avait pris les armes, ne fut pas contestée. Les réclamations de quelques princes, qui ne se trouvaient pas récompensés de leur concours, ne furent pas entendues. Ce fut moins un congrès qu'une lecture et une proclamation solennelle d'une paix toute faite. Le traité de Bade, simple ratification par les Etatsallemands des conventions passées entre la France et l'Empereur, fut signé le 7 septembre.
Enfin, les derniers belligérants se virent arracher les armes des mains. Barcelone, assiégée par Berwick depuis le 7 juillet,capitula le 13 septembre 1714. L^ancienne forme de son gouvernement fut abolie et remplacée par une autre conforme aux lois de la Castille; les principaux chefs de la révolte furent mis en prison à perpétuité, et tous les habitants de la Catalogne désarmés. Il ne restait que l'île de Majorque qui n'eût pas encore reconnu la royauté de Philippe V. Le chevalier d'Asfeld y fut envoyé; c< il conduisit l'affaire à merveille, et dès qu'il eut débarqué dans l'île de Majorque, Palma et tout le pays se soumit (1). »
Ainsi finit la guerre pour la succession d'Espagne, la |)lus considérable jusqu'alors des guerres européennes par le nombre des nations engagées, par l'im-
(1) Mémoires de Berwick.
tK)8 LA FRANGE ET l' ESPAGNE RELEVEES
mensité des forces déployées sur les champs de bataille, par la continuité des grands événements, par les alternatives des succès et des revers, et par ses conséquences sur l'avenir du monde. Le rédacteur des Mémoires de Villars, parlant au nom du maréchal, semble n'y voir qu'une série de grandes évolutions sans résultat. « Après une guerre de quatorze ans, dit-il, pendant laquelle l'Empereur et le roi de France avaient été près de quitter leur capitale, et l'Espagne avait vu deux rois rivaux dans Madrid, après une guerre dont toute l'Europe, excepté la Suisse, avait ressenti les horreurs, nous nous remettions précisément au point d'où on était parti en commençant. » Ce jugement s'arrête à l'apparence. Il n'est besoin, pour le réfuter, que de peser les conditions des derniers traités et les événements qui en ont été la suite depuis bientôt deux siècles. On y reconnaîtra bien vile un changement complet dans la situation relative des différents États de l'Europe.
L'Angleterre, d'abord, s'élève au premier rang. Elle a mis la haute main sur la politique européenne ; elle fait accepter par les puissances son rôle de gardienne de l'équilibre qu'elle maintiendra dans toutes les guerres futures : guerre de la succession de Pologne, guerre de la succession d'Autriche, gneri*e de Sept Ans. Elle a fondé sa prépondérance maritime en s'ouvrant toutes les mers, la Méditerranée par la possession de Gibraltar et de Minorque^ les colonies espagnoles par Vassiento des nègres et par ses autres privilèges, l'Amérique du Nord par la baie d'Hiidson