‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 116 sur 136 · CAS DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

CAS DE CONSCIENCE

au fait de l'hérésie de Jansénius, signer la condamnation prononcée contre lui, en faisant vis-à-vis de soi-même quelques réserves implicites et sous-entendues? Sulfisait-il de garder le silence respectueux pour rendre aux constitutions des papes l'obéissance qui leur était due? La réponse portait que, à l'égard de la question du fait^ le silence respectueux suffisait sans l'adhésion de l'esprit (1). Il y avait là évidemment une tentative de ranimer des controverses apaisées depuis phis de trente ans, à la faveur de la guerre généralequicommençiiit en Europe, et dont les préoccupations paraissaient de nature à ne pas laisser au roi le loisir de se mêler à un débat théologique.

Il se trouva environ quarante docteurs de Sorbonne, qui, faute de prévoiries conséquences, répondirent ^W2 à cette consultation. On remarqua que le cardinal de Noailles « ne se donnait aucun mouve- <( ment pour arrêter le colportage du Cas de conscience « dans son diocèse, ni pour le flétrir par une cen- « sure » ; on prit « sa lenteur pour une connic< veuce(2))). A en croire même certains témoignages jansénistes, il aurait encouragé les signataires pourvu quilsne le commissent pas ; plusieurs deceux qui furent evilés pour avoir signé disaient hautement que le cardinal leur avait fait faire les choses pour lesquelles ils étaient i)unis{^),Mdi\^d?iW^ ce silence de l'archevêque de Paris, un grand nombre d'évêques protestèrent,

(1) Sainte-Beuve, Histoire de Port-Royal, tome V. 2) Méinoii es de d'Aguesseau.

(3 Beausset, Histoire de Fénelon, tome Hl, page 302 ; il cite les

Bossiieten tête. Bien plus, le pape Clément XI, par un bref du 12 février 1703, condamna le Cas df conscience avec les qualifications les plus sévères, et dénonça à la faculté de théologie de Paris la témérité dequelques-uns de ses docteurs. Le roi même rendit un arrêt conforme au jugement pontifical, et adressa lebrefauxévêquesetsonarrêt aux parlements. Devant de telles réclamations, les docteurs signataires se rétractèrent à rexccption d'un seul, et le cardinal s'em|)ressa, pour se justifier, de condamner à son tour le Cas de conscience^ et d'écrire une lettre d'adhésion au pape. Il se félicitait d'avoir reçu le bref le même jour qu'il avait publié sa censure, ce Bien des gens « crurent, dit le chancelier d'Aguesseau, qu'il aurait « pu renverser la phrase, et dire qu'il avait publié sa « censure le môme jour qu'il avait reçu le bref. »

Entre les évoques qui se prononcèrent avec éclat contre le Cas de conscience y ilestjustedeplacer au premier rang Fénelon. C'est une partie importante deson histoire qui est peu connue, et pourtant celle qui peut le mieux justifier le parallèle qu'on se plaît à établir entre lui etBossuet. Fénelon n'a été ni le premier des orateurs de tous les siècles, ni le maître des historiens modernes, ni le continuateur parmi les ehrétiensdu langage et de la majesté des prophètes; mais comme évéque,commedéfenseurde la foi, ilestdans la controverse contrelesjansénistesccqueBossuetavaitété contre les

déclarations du docteur Petil-Pied et du docteur Bourlet, et rhistoire du Cas de conscience.

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