‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 12 sur 136 · REPRISE DES BATIMENTS · texte numérisé non relu

REPRISE DES BATIMENTS

concernant les monuments et Thistoire^ et établir des relationsavec les savants ou amateurs dont les études rentraient dans sou domaine. Elle pouvait s'adjoindre comme associés ou honoraires ceux dont les travaux, les goûts, les collections lui promettaient un accroissement deconnaissances. On comprend que par là elle ait recueilli de précieux documents et exercé une influence utile sur l'érudition des particuliers. Un de ses premiers honoraires fut l'intendant de Caen, Foucauld, que nous avons vu à Montauban, en Béarn, à Poitiers, en basse Normandie, occupé de toute autre chose que de l'amour de l'antique. Il avait pourtant découvert, près de Valognes, les ruines d'un théâtre qui semblait se rapporter à l'ancienne ville d'Aluna, et, dans un village près de Caen, un aqueduc, un reste de chaussée et quelques débris de colonnes. Sa bibliothèque, ses cabinets de médailles richement fournis, l'avaient mis en haute estime auprès du Père de la Chaise et du bénédictin Montfaucon. Ses collections, dit l'éditeur de ses Mémoires, furent son meilleur titre pour entrer à l'Académie des inscriptions (1).

Il y avait une tentation à laquelle il était difficile que Louis XIV échappât. Aux grands jours de sa gloire, il avait fait du luxe des bâtiments le signe sensible de sa puissance; n'était-il pas juste, quand la prospérité

(1) Baudry, Introduction aux Mémoires de Foucauld. Saint-Simon, tome m, chapitre xxv, veut bien une fois parler de Fonodiuld et gâter son papier de ces bagatelles : « Foucauld, dit-il, grand médailliste, était fort protégé du Père de La Chaise, qui Tétait aussi. »

semblait renaître par ses soins, qu'il réservât une part à son goût de prédilection? II. avait même repris ses habitudes avecla vivacité d'une passion qui rentre en souveraine. La paix était à peine signée, que Dangeau nous le montre déjà passant des journées à planter à Trianon et à Marly, sous les intempéries de décembre (1697). Dès que la saison le permit, il enrichit Marly d'une fontaine, la plus belle qu'il eût encore imaginée, et d'un mail sur les hauteurs pour ne rien laisser à désirer aux courtisans. Puis ce sont des grottes formées déroches de Bayeux et décorées d'écaillés d'huîtres , expédiées à grands frais par l'intendant Foucault; et, en même temps, un bâtiment nouveau dont la dépense n'allait pas à moins de cent mille francs. Cette prodigalité devenait si inquiétante, que M"® de Maintenon s'efforça de la contenir, et elle échoua dans cette tentative. « Je n'ai pas plu, écrit-elle, dans une conversa- « tion sur les bâtiments, et ma douleur est surtout d'ace voir parlé sans fruit. Marly sera bientôt un nouveau « Versailles. Il n'y a qu'à prier et à souffrir; mais le « peuple, que deviendra-t-il (1)? » Cependant, quelques jours après, le prodigue parut s'amender. Pontchartrain venant lui proposer un nouveau plan pour la place Vendôme, il se montra mécontent. Il se plaignit de Louvois, de La Feuillade, qui l'avaient entraîné à de semblables entreprises, qui lui avaient donné par toute l'Europe la réputation d'aimer ces vanités-là; il

(1) Dangeau, 12 juin 1698; Mémoires de Foucauld, juin 1698; Lettre de Maintenon, 19 juillet 1698.

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[)arlacles chagrins qu'il en availressentis, et dont il aLtestait M'^Me Maiiitenoii même : «Je veux, ajouta-t-il, « me les épargner désoimais, je veux qu'on ne me re- « proche rien d'approcliant. Que mon peuplesoitl)ien (( nourri, je serai toujours assez bien logé (1) . » M'"** de Mainlenon s'empressa de le louer de ces bonnes paroles, mais avant la (in de Tannée, la belle résolution s'était évanouie.

(i Le roi, dit Saint-Simon, dans cette (in d'année (1698), a résolu d'entreprendre trois grands ouvrages qui auraient du même être faits depuis longtemps : la chapelle de Versailles, l'église des Invalides et l'autel de Notre-Dame de Paris. » Il aurait pu ajouter que le roi négociait aussi un accommodemontavec la villede Paris pour refaire la place Vendôme à son gré, et qu'il s'était enhardi à embellir, à élargir encore ses logements. La dépense des bâtiments en 1699 fut de deux millionssix cent mille livres, somme unpeu forte pour une époque de réparation et d'économies. L'embellissement del'auteletduchœurdeNotre-Damede Paris était le vœu de Louis XIII y que ce roi n'avait pas eu le temps d'accomplir. LouisXIVy destina, dès le premier jour, cinq cent mille livres; il commanda un dessin à Mansard,et fit poser immédiatement les premières pierres de la fondation. Ainsi commençait cetteentre- [)risede mauvais goût qui devait déformer, sousdescintres de marbre lourd et des tableaux d'un autre style, l'architecture primitive de l'église et l'élan gracieux

(1) Mainlenon au cardinal de Noailles, 28 juillet 1698.

aO INTERVALLE DE QUATRE ANS DE PAIX

desogives du chœur (1). Mais ces travaux furent retardés par de longs débats sur le plan de Mansard ; repris en 1708, ils n'ont été achevés qu'en 1714 (2). La chapelle de Versailles ne paraissait pas digne des autres magnificences du château. Il fut résolu d^en changer le dessin etd'abattre une partie de la construction. Onse promettait une exécution rapide. Dangeau écrivait le 22 décembre 1698: « On commencera lundi prochain à mettre les ouvriers en besogne; «c'était aussi le moment où l'élévation de Mansard à lasurintendancedes bâtiments, le délivrant des volontés ou des caprices d'un supérieur, semblait lui assurer plus de liberté et de vitesse d'allures. Néanmoins le travail se prolongea pendant plusieurs années; Mansard, moil en 1708, n'en a pas vu la fin. L'église des Invalides satisfit plus tôt l'impatience du roi. Barbezieux avait entre les mains un fonds spécial qui lui permettait de fournir 45,000 livres par an pendant six ans ; on ne croyait pas une plus grosse somme nécessaire pour mettre le monument en sa perfection. Moins de trois ans après, en 1701, l'œuvre était finie; en revenant de la visiter, Louis XIV en exprimait sa joie à Mansard par des compliments réitérés : « Quelque idée, disait-il, que je me fusse formée de ce superbe édifice, je nem'étais pasattendu à toute sa grandeur; jen'aijamais

(1) De nos jours, dans la restauration de Notre-Dame, on a réparé cette faute grossière. Les tableaux, les marbres, les cintres, ont disparu. H n'est resté que ce qui représente vraiment le vœu de Louis XIII : le groupe de la Vierge et les statues des deux rois.

(2) Félibien et Lobineau, Histoire de la ville de Paris, tome II.

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