‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 13 sur 136 · REPRISE DES BATIMENTS · texte numérisé non relu

REPRISE DES BATIMENTS

rien vu en ce genre d'un goût aussi magnifique et aussi exquis (1). »

La reconstruction de la place Vendôme fu4. aussi prompte, et,cequivalaitencoreplus,par une manœuvre habile elle ne lui coûta rien. Il résolut de céder l'^emplacement, et les matériaux des maisons bâties sous Lou vois, à la charge par l'acquéreur de construire une place nouvelle sur les dessins de rarchitecte du roi, et de bâtir au faubourg Saint-Antoine un hôtel pour la*seconde compagnie des mousquetaires. Le marché passé avec la ville de Paris (7 avril 1699) fut cédé par elle à un entrepreneur qui se mit à l'ouvrage sans délai. Au mois d'août suivant, la nouvelle place était inaugurée par une statue équestre du roi; c'était unmonumentenbronze,d'une hauteur devingt pieds, du poids de soixante-dix milliers, fondu d' un seul jet, le cavalier et le cheval, par BalthasarKeiler, sur les dessins de Girardon (2). Bien tôt s'alignèrent en octogone, percé au milieu par deux rues, ces maisons dont on admire encore aujourd'hui l'uniformité et l'élégance, et où vinrent habiter les plus riches financiers. Saint- Simon en a pris occasion de dire ou de répéter malicieusement que les trois rois de la dynastie occupaient par leurs statues leurs places naturelles : Henri IV sur le Pont-Neuf au milieu de son peuple, Louis XIII à la place Royaleaumilieudesanoblesse,LouisXIVàla place Vendôme au milieu des maltô tiers. L'inauguration de

(1) Mei'care de mai 1701.

(2) Félibieii et Lobineau, Histoire de Paris,

l'ima<îe royale avait renouvelé les adorations des La Fenilladc.LeducdeGesvres, gouverneur de Paris, suivi du prévôt desmarchands et des échevins, « y fit les tours, les révérences et les au très cérémonies)) en usage |)our les empereurs romains (1). » Selon l'histoire métallique, jamais la joie et le concours du peuple n'avaientétési grands. La vogue revenait aux statues ; la villedeParis,nevoulantpasresterenarrière,endressa une autre, cette même année, dans la cour de THôtel de ville : un bronze d'après les dessins de Coysevox sur un piédestal de marbre, où le roi était qualifié de grand, de vainqueur perpétuel, de pacifique vengeur delà dignité de TEglise et des rois. Tant d'hommages inspirèrent à Louis XIV quelque défiance de ses mérites,un peu de modestieetde modération chrétienne. Il s'aperçut enfin que le luminaire, entretenu devant son image à la place des Victoires, dépassait les droits deTliomme; il reconnut que ces sortes de choses ne devaient être que dans les églises; et il fit rendre à la famille de La Feuillade le fonds destiné à l'entretien de ces lampes.

A l'intérieur des maisons royales, et pour l'agrément particulier du maître, les travaux ne discontinuaient pas. A Versailles, à côté de la chapelle, mais avec moins de lenteur, il donna alors la dernière forme à son appartement; quand il le vit complètement achevé, il en exaltait volontiers la magnificence et la

(1) Saint-Simon, Mémoires, tome II, chapitre ii; Dangeau, Journal, 13 août 1699.

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commodité sans pareille ( l). II s'agit du salon de l'œilde-bœuf et delà chambreà coucher qu'il occupa depuis 1701 jusqu'à sa mort, et qui apparaît aux visiteurs, aujourd'hui tnême, toute remplie de la présence du grand roi. Mais l'attraction de Marly était toujours la plus forte. Il aimait de prédilection ce séjour, il y revenait sanscesse, surtout depuisl'arrivée de la petiteduchesse deBourgogneàsacour;ilfaisaitdeMarlyla promenade, le lieu de divertissement de cette enfant: il y avait des Marly qui n'étaient que pour elle; on les appelait les Marly "Bourgogne, Il en avait porté les logements de vingt-quatreà quatre-vingt-dix; il les augmenta encore pour faire de la place à plus de témoins de sa splendeur. A partir de la fin de mars 1699, quatre bataillons de son régiment, campés convenablement sous des baraques, ne cessèrent de travailler aux agrandissements. A la fin dejuillet 1701, il ne pouvait plus imaginer, disait-il lui-même, quel autre embellissement serait possibleà Marly, « le lieu étant petit et aussi orné tt qu'il l'avait fait. » Dangeau notait,dans son Journal, que, tous les travaux étant terminés, le dernier ouvrier en était parti. Cependant l'année suivante, le mouvement recommençait; entre autres ornements, on posait au bout du jardin, à l'abreuvoir, les deux chevaux ailés de Coysevox. De tels exemples portaient leurs fruits dans son entourage. Son frère, le duc d'Orléans, avait récemment ajouté de nouvelles beautés à sa cascade deSaint-Cloud,qui émerveillaient tout le monde

(1) Dangeau, 16 nov. 1701.

distingué de Paris, et il s'attirait mil le louange^dii publie pouravoir autorisé le jeu des grandes eaux même pendant ses absences.

Avec cette magnificence extérieure revenait Thabitude des prodigalités et des plaisirs. L^avant-goût s'en était fait sentir au mariage du duc de Bourgogne (décembre 1697), où le roi, « qui, depuis longtemps, ne portait que des habits fort simples, en voulutdes plus superbes» et offrit, pour cadeau de noces à cette mariée de douze ans, une parure de cinq à six cent mille livres (1). Amesureque les besoins de TÉtat parurent diminuer, il se sentit plus libre encore de répandre les largesses autour de lui. Ce n'était pas assez d'avoir, pendant la guerre, acquis le domaine de Meudoii pour le Dauphin (2). Il fit payer par le contrôleur général tous les embellissements inutiles que le prince avait faits à la demeure de Louvois, et ses autres dettes qui dépassaient cinq cent mille livres (1698). Il porta au double les menus plaisirs du duc de Bourgogne, de l'avis de M"* de Maintenon, à qui le jeune prince en témoigne, dans une lettre curieuse, une humble reconnaissance (3). En mariant M"® d'Aubigné, nièce de M"* de Maintenon, avec le comte d' Ayen, fils du mare-

(1) Dangeau et Saint»Simon.

(2) En 1693, la famille de Louvois avait cédé au roi, pour le Dauphin, la terre de Meudon, contre 400,000 francs comptants, et contre la belle maison de Choisy, que le Dauphin avait héritée de Mademoiselle de Uontpensier.

(3) Le duc de Bourgogne à M"^c ^q Maintenon : « Je suis très-sensible àTamitié que vous me faites paraîtra) dans toutes les occasions. Je vous assure. Madame, que j'y répondrai toujours comme je dois. »

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