RÉSISTANCE DE NOAILLES A LA BULLE
vera le même arbitraire et la même dureté : « Enlever, « dit-il, lesjésuites Lallemant, Doiicin et Tourne- « mine, et leurs papiers, mettre le dernier au donjon tt de Vincennes, sans papier, ni encre ni plumes, ni « parler à personne, du reste bien logé et nourri à « cause de sa condition personnelle ; les deux autres « au cachot, en des prisons différentes, avec le traite- « mentdu cachot, qu'on ne sut où ils sont et les y « laisser mourir (1). »
Cenldixévêquesde Fiance avaient accepté la bulle purement et simplement. Douze autres, en la repoussant elle-même, condamnaient cependant le livre de Quesnel ; un seul s'obstinait à la fois à ne pas recevoir la bulle, et à ne pas condamner les Réflexions morales. Une si éclatante majorité prouvait surabondamment que la soumission desévêques à la Constitulion du pape, n'était pas le résultat des intrigues d'un seul homme; elle montrait avec évidence de quel coté devait se ranger l'Eglise enseignée (2). Mais la résistance des douze autres, et surtout le procédé du cardinal de Noailles, offrait un exemple qu'il importait à l'honneurde la discipline età l'instruction des fidèles de ne pas laisser impuni. « C'était peutc( être, dit un écrivain gallican (3), le premier exem- « pie dans l'Eglise d'un évêque, qui eût défendu som
(1) Saint-Simon, tome Vil, chapitre xxx, pages 395 et 396.
(2] A la Sorbonne, 3 mars, il y eut 67 docteurs pour recevoir la constitution et 7 pour ne la recevoir pas. Le 5 mars, il y eut 128 voix pour recevoir la bulle et 9 pour la rejeter. Journal de Dangcau.
(3) Bausset, Histoire de Fénelon, livre VIU.
« peine de suspense , {\e recevoir un jugement dogmi' « tique pi'ononeé par le saint-siège^ accepté par la « presque nniversalilé des évêqiies, revêtu de l'aulo- « rite du roi^ etenregistrédans Ions les piirlements. >
Il était urgent do réduire au plustotces réfraetaires àaccepterla l)ullo avec une soumission absolue ou à perdre leurs sièges ; et personne n'exposait celle nécessité avec plus de précision et de fermeté que Fénelon. Il est digne de remarque, d'autant plus que le fait est peu connu, que Fénelon rentrait alors en considération, sinon en faveur, auprès du roi; on le sent aux lettres du père Le Tellier. Son mandement poiïr Taceeptation de la bulle avait produit un grand eflet. «Nous aurions sujet de plaindre la France, lui écrivait le confesseur du roi, si ce mandement ne devait être que pour le diocèse auquel il est adressé; mais c'est un trésor qui lui sera commun avec tout le royaume et avec toute TEglise. » En même temps paraissait (juin 1714) un de ses plus grands ouvrages, Vinstruclion pastorale en forme de dialogues où il résume toute la controverse du jansénisme, et démontre la conformité du système de Jansénius avec celui de Calvin, son opposition à la doctrinede sain t Augustin, et sa nouveauté, avec ses conséquences pernicieuses pour lesbonnesmœurs. Le Tellier Ten remerciait également, lui demandait des communications importantes sur l'état de son diocèse, et l'assurait de l'impression que sa correspondance faisait sur le roi.
C'est peut-être à la suite de quelque confidence de ce genre que Fénelon composa son mémoire sur ta