RÉSISTANCE DE NOAILLKS A LA BULLE
voie de procéder contre les prélats réfractaires (1). Le roi avait d'abord tenté les moyens de persuasion sur le cardinal de Noailles pour l'amener à l'obéissance, jusqu'à ses larmes et ses conjurations , dit M™® de Maintenon. Quand il fut bien évident que cette voie était sans effet, il rechercha quelle force les lois de l'Eglise et de TEtat lui offraient pour vaincre cette résistance obstinée. Le mémoire de Fénelon en propose et discute trois : Y des commissaires envoyés par le pape; 2° des conciles provinciaux ; S'^un concile national. Il rejette les commissaires du pape, quoique cette forme de procéder eût été souve:^ l admise, même sous le cardinal deRichelieu, parce qu'elle est odieuse aux tribunaux du royaume. II troivedans lescirconstances présentes des difficultés presque insurmontables à la réunion et à l'autorité des conciles provinciaux. Use prononce pour un concile national, dans
lequel les réfractaires « verraient toute l'Eglise galli- (( cane unie avec le Saint-Siège contre eux. Ils reconc( naîtraient que leur déposition faite par unesi grande c( autorité ne pourraitplus être défaite que par un con- «cile œcuménique, qu^ils n'obtiendraient jamais ce (( concile, et que Rome ne manquerait pas de Tempéc( cher. Ils se verraient accablés sans ressource par (( un jugement final de l'Eglise, qui serait incontesc( table suivant les prétentions des Français les plus « jaloux des libertés du royaume (2). »
(1) Ce Mémoire est sans date et sans nom de destinataire.
(2) Œuvres de Fénelon, tome IV, pages 323-330.
Il est certain que Louis XIV donna la préférence au concile national ; il envoya Amelot à Rome pour concerter avec le pape tous les arrangements nécessaires (1). M'"° de Maintenon a, de son côté, exprimé la pensée que Fénelon aurait pu faire du bien dans le concile. Mais Fénelon mourut le 7 janvier 1715: la négociation à Rome traîna en longueu r, et la mort de Louis XIV, en changeant le gouvernement de mains^ rendit à la résistance la liberté de se ranimer, de recommencer des discussions interminables et une guerre malheureuse de cinquante ans.
(1) Décembre 1714. Voir'Dangeau.