‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 129 sur 136 · NOUVEAU CARACTERE DE LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

NOUVEAU CARACTERE DE LA LITTÉRATURE

suffit de constater quel esprit inspirait Lamothe et lui donnait des partisans. Lamothe n'était pas poëte et estimait peu la poésie. L'homme que ne touchaient pas les Adieux (T Hector et d' Andromaque , qui mutilait comme une longueur ennuyeuse cette incomparable scènede tendresse et de douleur paternelle et conjugale, n'a jamais compris l'axiome : ut pictura poesis erit. On l'avait bien vu dans ces débuts dramatiques, on le vit plus tard (1723), même dans son 7w^^, sa seule œuvre durable dont les vers perdraient peu à être mis en prose commune. Il a fini par avouer explicitement ses goûts et ses aptitudes dans son Discours sur la poésie oii il établit « que la prose peut dire plus exactement tout ceque disent les vers, et les vers ne peuvent pas dire tout ce que dit la prose». Dès lors, selon la remarque d'un critique spirituel (1), « la poésie est un art plus pénible qu'important, plus puéril qu'inofénieux » , et il est raisonnable de s'en affranchir. Cette théorie était favorable à l'impuissance; et pressentie avant d'être nettement formulée, elle assurait des partisans à l'inventeur, et préparait cette formule familière au XVIII* siècle : Beau comme de la prose.

Il nous semble aussi que la littérature commencée changer de caractère, à n'être plus l'art pour l'art, mais l'art au service de l'intérêt, un moyen insinuant de polémique. Turcaret en serait le premier exemple remarquable. Il ne s'agit plus d'une vraie comédie de caractère, d'une étude des vices communs del'huma-

^l) Riji:ault. Histoire de ht Querelle, etc.

nité où rindividu n'est atteint que dans la masse. C'est un exploit avoiié contre une classe d'hommes distincte^ contre une institution publique que la haine populaire et l'autorité elle-même poursuivent^ sous forme de rire, par les saillies spirituelles d'un écrivain. Le Diable boiteux y à son tour, à côté de nombreuses peintures de mœurs, prend à partie les puissances. Combien il est hardi contre les greffiers qui ont été jugésdignes d'avoir leur diableparticulier,etoontre la justice, en général, des griffes de laquelle^ tout diable qu'il est, il ne pourrait se retirer qu'en finançant! Il n'y a pas loin vraiment du Diable boiteux aux Lettres persanes^ si ce n'est que Lesage est beaucoup moins hostile que Montesquieu aux institutions religieuses. Puis viendra Voltaire, pour qui la littérature ne sera qu'un assortiment d'armes complet contre la i^Iigion et contre l'ancien régime, et le théâtre, le roman, l'histoire, la philosophie, la poésie légère autant de formes diverses delà polémique.

Ajoutons que la littérature licencieuse, à laquelle La Fontaine avait renoncé dans les quinze dernières années de sa vie, a repris faveur, sous la protection du Temple y par la verve de Jean-Baptiste Rousseau. Il s'en montrait peu embarrassé lui-même, et dans son exil encore on l'entend se justifier par la morale du monde moins sévère que la morale chrétienne, par l'exemple de Marguerite de Valois, d'Arioste, de Boooace^ de Virgile et de Platon. Il répète, après La Fontaine, que des pièces un peu libres et gaillardes, et qui provoquent le gros rire, sont moins dangereuses que les élégies

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