‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 15 sur 136 · RENAISSANCE DES PLAISIRS · texte numérisé non relu

RENAISSANCE DES PLAISIRS

ser tout exprès, dan» son appartement, un théâtre avec des décorations changeant à vue. Mais il y a, à pet emportement, un correctif qu'il convient de remarquer. Ces représentations, comme les mascarades, se passaient, pour ainsi dire, en famille. Les princes et leurs intimes en étaient les principaux acteurs et spectateurs. La duchesse de Bourgogne, le duc de Chartres, le comte de Toulouse, la famille dé Noailles, jouaient ou chantaient dan s les tragédies ou les opéras. A peine un véritable acteur, comme le vieux Baron dans Alhalie, y était admis pour son expérience et l'utilité de sa direction. A h. r eipréseniaiiion de Jonathas (décembre 1699), il n'y eut de spectateurs que le capitaine des gardes en quartier et les dames du palais. Chez la princesse de Conti, à l'opéra d'Alceste, le duc de Noailles fut le seul invité. C'est là ceque/^ilf(?rcwr^(l) appelle les petits divertissements qui remplaçaient les grands spectacles d'autrefois. Le même journal s'empresse d'ajouter que ces divertissements ne détournaient pas l'attention du roi des affaires de son Etat. Le monarque les honorait quelquefois de sa présence pour faire connaître qu'il ne les désapprouvait pas , mais le plus souvent il s'en privait. Dangeau nous le montre également aux représentations d'A/Aa/e^ chez M"* de Maintenon, se tenant près de la porte au lieu de prendre la première place, pour avoir la liberté de se retirer à son gré et de retourner au travail dès que le besoin s'en faisait sentir (2).

(1) Mercure de février 1700.

(2) Dangeau, 22 février 1702.

Une passion moins réservée était le jeu. En dépit de tant d'ordonnances contre ce mal, la cour ne se corrigeait pas et entravait par ses exemples la réforme des particuliers. Moins de six mois après la signature de la paix, le jeu était violent k Marly. Le froid chroniqueur, de qui nous tenons le bulletin quotidien de la conduite de ce grand monde, se plaint qu'il y eût alors tous les jours de quatre à cinq mille pistoles de perte. L'année suivante, il prend congédel'ambassadeurde Portugal, le marquis de Cascaes,en lui lançant le reproche d'avoir gagné au jeu pendant son ambassade en France, plus de cent mille écus. Un peu plus tard, il annonce que le. marquis d'Antin quitte le jeu, par déférence pour les désirs de sa mère, après y avoir gagné, de son propre aveu, de six à sept cent mille francs (1). Le roi, au lieu de réprimer ce goût ruineux, le tolérait au contraire, l'encourageait même comme une distraction, comme un remède contre l'ennui. Voici un fait qu'on auraitpeineà croire s'il n'était rapporté que par Saint- Simon. Le duc d'Orléans étant mort (juin 1701), le premier jour fut donné à la douleur, aux larmes, au soin de rassurer le duc deCliartressurson avenir. Mais le malheur arrivait pendant un séjour à Marly. Si les habitudes de ce lieu étaient interrompues, les courtisans tombaient dans un ennui peu convenable à l'hospitalité royale. Dès le lendemain, le roi ordonna donc au duc de Bourgogne de reprendre le jeu, quoiquece prince fût par sa femme le petit-fils du mort. Il y eut

(1) Dangeau, 16 mars 1698, 19 nov. 1699, 6 nov. 1700.

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