RETOUR DE LA MAGNIFICENCE ET DES PLAISIRS
chai de Noailles, il la traita comme sa fille. « Il en coûte <K àmon frère, écrivait la tante, cent mille livres, à moi ((ma terre, au roi huit cent mille livres; vous voyez « que la gradation est bien observée (1) ; » et le jour des noces il ajouta, pour chacun des époux, une pension de huit mille livres. Il ne pouvait oublier ses bâtards. Ala naissance d'un duc d'Enghien, son petit-fils par Mademoiselle de Nantes, il assigna au nouveau-né une pension de centmille livres (novembre 1699). L'année suivante,il faisciit rechercher toutes les dettes de jeu de la mère, et les payait jusqu'au dernier sou (mai 1700). Dès 1694 il avait assuré au duc du Maine et au comte de Toulouse le droit de prendre place immédiatement après les princes du sang, et avant les princes étrangers et les seigneurs du royaume; c'est lace mn^ intermédiaire si odieux, non sans justice cette fois, à Saint- Simon. En 1700, le duc du Maine, déjà si richement doté, acheta , des héritiers de Colbert , la terre de Sceaux; le marché se soldait, tout compte fait, par cinq cent mille livres. Le roi né voulut pas ne pas contribuer à cette nouvelle splendeur de son fils chéri : il mit dans l'affaire cinquante mille livres des deniers royaux. On trouvera encore plus étrange de voir reparaître ici M"* de Montespan. Quoique entièrement séparée du roi et confinée dans la retraite, elle louchait une pension de mille pistoles par mois. En 1700, elle acheta la terre d'Oiron pour en assurer le revenu au marquis d'An tin, son seul enfant légitime. Le roi aida
(1) Maintenon à Saint-Géran, 4 mars lô98«
à l'acquisition en lui accordant cent mille livres en retour d'un collier de grosses perles, un de ses anciens cadeaux, qu'elle lui avait renvoyé quelque temps auparavant (1).
L'occasion ou le prétexte de la renaissance des plaisirs fut la duchesse de Bourgogne. Dès la première entrevue, cette enfant avait charmé le roi et M"* de Maintenon. Elle s'insinuait de plus en plus dans leur tendresse par un habilemélangede familiarité etde respect, de cajoleries et de déférence. Ilsen faisaient a leur poupée, » dit Saint-Simon, et s'ingéniaientà l'amuser. Il y avait, nous l'avons dit, des il!/«r/y pour elle seule; il y eut à la cour des spectacles, des bals, des mascarades, où elle ne tarda pas à être le boute-en-train le plusbrillant. AlireleJournaldeDangeau, ilsemble,à lapremière impression, que les fêtes n'eussentétéaussi nombreuses à aucune* époque. Tantôt on reprenait d'anciennes pièces de théâtre : Britannicus , Bajazet^ les Plaideurs ; tantôt on en produisait de nouvelles : Gabinie, tragédie du genre de Polyeucte; Jonathas ou Absaloriy par Duché; ou la Malade imaginaire y par Dufrény. On finit même par reprendre Athalie^ qui fut jouée trois fois chez W^ de Maintenon au commencement de 1 702, et dont le succès, célébré pair le Mercure ^ contredit, au moins pouf un moment, l'histoire de la disgrâce de ce chef-d'œuvre. Ce qui se faisait chez le roi se répétait assez souvent chez les princes. On voit la princesse de Conti monter l'opéra d^Alceste^ et dres-
(1) Dangeau, 23 mars 1700. Saint-Simon, tome II, chapitre vi.