‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 17 sur 136 · AFFAIRES DES RELIGIONNAIRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES DES RELIGIONNAIRES

de tous, les secrétaires d'Etat, pour examiner à jour fixe et à loisir les intérêts huguenots. Une ordonnance du 13 décembre 1698 maintenait l'interdiction de tout exercice public du culte réformé; l'exclusion descharges de judicature, de greffiers, de procureurs, de notaires, subsistait contre tous ceux qui ne faisaient pas profession de la religion catholique ; injonction était faite aux parents d'envoyer aux écoles établies dans les paroisses leurs enfants au-dessous de l'âge de quatorze ans ; uneautre ordonnance du 29 décembre n'accordait la rentrée en France et la restitution de leurs biens aux fugitifs qu'à la condition d'abjurer dans six mois(l). Mais les huguenots étaient exhortés et non plus contraints à assister à Toffice divin. Une instruction jointe à l'ordonnance du 13 décembre ne permettait plus d'obliger les nouveaux convertis à approcher dès sacrements, comme quelques officiers l'avaient {aiiparun faux zèle. Un mémoire adressé aux évêques leur recommandait de procéder, pour ramener les hérétiques , par un système d'enseignement approprié à leurs besoins et à leurs préjugés, par une conduite pleine de douceur et de charité, par une protection digne de leur conjRance. Enfin, plusieurs des pénalités furent supprimées, par lesquelles on avait cru épouvanter l'obstination ou la rechute dans l'hérésie. « Le roi ne veut plus, écrivait Pontchartrain (2), « qu'on traîne sur la claie les cadavres des nouveaux

(1) Isambert, tome XX : texte des deux ordonnances.

(2) Depping, Correspondance administrative : lettre de Pontchartrain au premier président de Paris.

« catholiques coupables d'avoir déclaré en mourant <K qu'ils persistaient dans la religion protestante^ ni « imposer l'amende honorable à ceux qui, après cette « déclaration, reviennent de leurs maladies. Ces deux « peines produisent toujours un mauvais effet. »

Si ce n'est pas là une véritable tolérance, elle n'est pas plus défectueuse que celle qu'un des principaux chefs du protestantisme, Burnet, essayait alors défaire prévaloir en Angleterre. Un bill fut proposé (1699) pour dépouiller de ses biens tout héritier qui, parvenu à l'âge de dix-huit ans, ne prêterait pas les serments à^ allégeance y de suprématie et de test. Ce bill condamnait aussi tous les prêtres papistesau bannissement ou à la prison perpétuelle. Cent mille livres sterling étaient la récompense de celui qui découvrirait un prêtre papiste dans des circonstances suffisantes pour constater son identité. « Je votai pour ce bill, dit Burnet, malgré mes principes de tolérance, parce que j'ai toujours cru que le gouvernement avait le droit d'expulserceux d'une secte dont les sentiments sont incompatibles avec le repos et la sécurité publiques. » « Je croyais aussi, ajoute-t-il, que les catholiques consciencieux, plutôt que de prêter un pareil serment, vendraient leurs biens, et, peu à peu, délivreraient l'Angleterre de tous les papistes. » Il tient à son système, car, après avoir constaté que le bill n'eut pas de suite, il le recommande comme un plan sur lequel le Parlement pourrait se régler en cas que les papistes donnassent quelque sujet de plainte (1). (1) Burnet, Histoire de ce qui s'est passé pendant sa vie, année 1699.

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