‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 18 sur 136 · AFFAIRES DES RELIGIONNAIRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES DES RELIGIONNAIRES

Avouons que les concessions de Louis XIV étaient insuffisantes. Elles le devinrent encore davantage lorsque l'intendant du Languedoc,Baville, appuyé de plusieurs évêques de la province, représenta qu'il y avait danger pour l'œuvre des conversions à ne pas forcer les nouveaux convertis d'assister à la messe. Ils alléguaient l'exemple de Jeanne d' Albret, les peines de l'amende, de la prison, et d'autres plus fortes, édictées par cette reinecontre les catholiques du Béarn qui refusaient d'assister aux prêches. Bossuet lutta inutilement contre cette réclamation qui ne lui semblait bonne qu'à encourager l'hypocrisie et le mépris du culte catholique. Louis XI Va la fin laissa faire Ba ville; c'était l'autoriser à susciter de nouvelles irritations dans le Languedoc. Partout ailleurs il fut entendu que personne ne pouvaitêtre contraint d'alleràlamesse(l). Mais, à ce grief supprimé, des agents emportés trouvèrent moyen d'en substituer d'autres non moins pernicieux. ACaen, par exemple, Foucauld, de concert avec l'évêque de Bayeux, avait annoncé des conférences pour l'instruction des hérétiques. Il prétendît y assister lui-même. Il y parla d'un ton de menace, railla l'espoir que lesreligionnaires avaient en vain placé dans les puissances étrangères, et affirma que le roi saurait rendre tout son royaume aussi catholique que l'Espagne. Les protestants alléguaient en leur faveur l'article xi de l'ordonnance de révocation qui leur permettait de rei^ter en France sans leur prescrire

(1) \oir Histoire de Bossuet^ tome IV, chapitre xi.

de se faire catholiques. Il voulut leur ôter cette dernière ressource ; le roi, selon lui, n'entendait pas leur laisser cette liberté, puisqu'il faisait abattre ce qui restait de leurs temples, et qu'il avait banni leurs ministres (1). Lorsque F exhortation recommandée par le roi était ainsi entendue et présentée par ses agents, i 1 était difficile de comprendre en quoi elle différait de la contrainte.

Le plus grand danger pour l'autorité était dans l'interdiction absolue du culte réformé en commun. Ceux qui s'obstinaient à ne pas abjurer, ceux qui, malgré une abjuration extérieure, demeuraient secrètement dans leur ancienne croyance , essayaient sans cesse de se réunir, selon leurs usages, en dépit de l'autorité. Ces assemblées étant une contravention contre la loi d'alors, les officiers royaux étaient autorisés à la punir; mais, la contravention se justifiant par un devoir de conscience, la répression n'était plus,aux yeux des opposants, qu'un acte de tyrannie. De ce sentiment à la révolte il n'y a qu'un pas. Vienne une occasion et un chef, la guerre civile éclate violente et impitoyable. L'occasion sera la guerre de la succession d'Espagne; le chef, l'organisateur des camisards.

(1) Mémoires de Foucauld» année 1699.

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