‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 27 sur 136 · LA GUERRE COMMENCE EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA GUERRE COMMENCE EN ITALIE

c*est-à-dire une part dans la succession d'Ë^agne (1). Il avait montré ai peu d'empressement à laisser passer par ses États les troupes françaises^ que le roi s'était décidé à les faire transporter par mer de Toulon ou d*Antibes à Final. Il s'était même vanté de ce refus à l'Empereur et par toute l'Italie^ comme l'en accuse le prince de Vaudemont (2). Plus tard, quand il fut convenu qu'il serait généralissime pour la France et l'Espagne en Lombardie et que sa seconde fille épouser:ût Philippe V, il retarda tant qu'il put l'envoi de son contingent de troupes. Catinat s'en plaignaiten mai 1701. « Il a cependant, écrivait le maréchal, touché son argent et reçu la nouvelle que la demande lui doit être incessamment faite de M"^' la princesse, sa fille, pour être reine d'Espagne. Il me semble, sire, que voilà un allié qui n'est pas des plus commodes (3). » C'était, en effet, moins un allié qu'un traître qui n'attendait, pour passer aux Impériaux, que de connaître leurs propositions. Une imputation semblable pèse encore aujourd'hui sur le prince de Vaudemont, maintenu par Louis XIV et Philippe V au poste de gouverneur du Milanais qu'il tenait de Charles II. D'après Saint-Simon et son école,ce Lorrain y tout en affectant de servir la France, demeurait attaché à ses ennemis. II est certain qu'il avait reçu des confidences de Guillaume, et que son propre fils et son neveu Commercy servaient

(1) Pelet, Mémoires militaires : lettre de Tessé au roi, 4 janvier 1701.

(2) Ibid. : lettre de Vaudemont à Louis XIV, 11 février 1701 .

(3) Pelet, tome I : lettre de Catinat au roi, 21 mai 1701.

172 GUERRE DE LA SUCCESSION d'ESPAGNE

dans Tarmée impériale contre lui-même^ contradiction assez flagrante pour soulever l'opinion contre sa sincérité; mais il montrait à Tessé les lettres de Guillaume comme une tentation dont il ne voulait pas (1). Il dénonçait le duc de Savoie à Louis XIV comme le grand obstacle au bon accord entre l'Italie et la France (2), et Ton voit Catinat parler de lui sans défiance et combiner avec lui ses préparatifs. Il n'est donc pas impossible que ce. soit le début malheureux des hostilités qui ait fait la mauvaise renommée de Vaudemont. Il y a longtemps que nous avons, en France, la prétention de n^étre jamais battus, mais simplement trahis.

Au mois de mai 1701, les mouvements des Impériaux contre l'Italie se dessinèrent nettement ; le nombre de leurs troupes rassemblées dans le Tyrol faisait prévoir une attaque sérieuse. Pour atteindre directement le Milanais, ils n'avaient d'autre route que le pays des Grisons; mais ce chemin était long et difficile. Partout ailleurs, des deux côtés du lac de Garda, il leur fallait passer par le territoire vénitien; mais le Tyrol, province autrichienne, qui perçait profondément ce territoire, leur abrégeait la route de Mantoue, cette alliée de la France qu'ils avaient l'intention, comme on le vit plus tard, de ne pas laisser derrière eux. Il était donc à croire qu'ils entreraient en Italie

(1) Lettre de Tessé à Louis XIV, 4 janvier 1701 ; il cite les lettres que Vaudemont avait reçues d'Angleterre et lui avait montrées.

(2) Vaudemont au roi, 11 février 1701, dans les pièces relatives à la campagne d'Italie. Pelet, tome I.

Page 1