COMBAT DE CARPI
par la vallée de TAdige qui, commençant dans le Ty-
roi, se continuait dans le Véronais. Dès lors il parut important à Catinat, après Tessé et Vaudemont, de leur barrer cette vallée, ou du moins de les contenir sur la rive gauche du fleuve pour leur fermer la route de Mantoue et du Ferrarais. Dans cette vue, Catinat occupa fortement la rive droite et tous les postes entre cette rive et le lac de Garda. Il entrait ainsi sur le territoire vénilien;mais à ce moment le Sénat y consentait, et la vigilance du maréchal à empêcher les déprédations des soldats rendait l'occupation tolérable aux habitants. Les Autrichiens, commandés par le prince Eugène, arrivèrent en effet par la rive gauche de TAdige (27, 28 mai) et occupèrent différents points du Vicentin et du Véronais. La plus grande habileté du prince Eugène fut ensuite de dissimuler ses intentions sous ses manœuvres, de menacer tantôt un point, tantôt un autre, pour forcer les Français à veiller partout à la fois, à se transporter de leurs premiers campements dans des positions nouvelles, à se partager en détachements insuffisants. Une fois on put croire (et la préoccupation en fut grande à la cour de France) que les Impériaux ne songeaient qu'à entrer dans les États du pape pour se porter sur Naples ; plus tard on sut qu'au moyen d'un pont sur le bas Adige, ils s'approchaient du Pô, et pouvaient, le long de ce dernier fleuve, remontervers Mantoue. Catinat, partagé entre tant d'alarmes, déplaçait à chaque instant ses quartiers, renforçant les uns, diminuant les autres : de Rivoli à Legnano, de Carpi à Ostiglia, qui était la clef du
174 GUERRE DE LA SUCCESSION d'eSPAGNE
Mantouan. Le prince Eugène saisit une de ces occasions. Le 9 juillet, il apparut subitement à Carpi, sur TAdige, où le commandant français, Saint-Fremont, n'avait que trois cents hommes d'infanterie, deux régiments de cavalerie et trois de dragons . Il avait franchi le fleuve pendant la nuit ; il avait au moins quinze millehommes,unefortecavalerieetquarantepiècesde canon disponibles tant sur une rive que sur l'autre (1). Tous les avantages de la supériorité du nombre lui appartenant, il croyait enlever d'emblée la position ; il fut bien surpris de la résistance énergique qu'il rencontra. Tessé, qui campait à quelque distance, fut averti assez vite pour arriver au secours de Saint-Fremont. Ces deux chefs se comportèrent si bien, que l'affaire, commencée à six heures du matin, n'était pas finie à neuf. Saint- Fremont reprit deux fois son poste. Les dragons, sous la conduite de Tessé, chargèrent à plusieurs reprises le fusil au dos et l'épée à la main, et d'abord chaque escadron renversa son escadron d'Autrichiens. Jamais, au dire de Catinat et des gens du pays, les troupes françaises n'avaient acquis plus de gloire ; l'ennemi lui-même le reconnut aux coups qui lui étaient portés ; le prince Eugène y fut blessé. Mais en fin de compte, dit Tessé, le poste n'était pas soutenable contre les deux grosses colonnes de l'infanterie autrichienne qui venait, canon en tête, et contre les colonnes de cuirassiers qui marchaient fièrement par tous les chemins. De braves officiers de marque, parmi
(1) Tessé à Cbamillard, 9 juillet.