‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 35 sur 136 · MORT DE GUILLAUME III · texte numérisé non relu

MORT DE GUILLAUME III

précier ce qu'il y avait de vrai, ce qu'il y avait de spécieux dans cette attente.

L'ouverture des hostilités générales était imminente. Tout à coup le grand ennemi de la France, le grand meneur de l'Europe, disparut du monde sans avoir rien vu des effets de la troisième coalition ourdie

par lui avec tant de patience et d'art, rien vérifié de la « nouvelle grande perspective, » comme il disait, qui s'ouvrait à ses yeux. Le dépérissement de la santé de Guillaume III était désormais évident. Dans ce corps naturellement débile, trente années d'application impitoyable au gouvernement, à la diplomatie et à la guerre, avaient épuisé toutes les sources de la vie. On attendait, on calculait sa mort plus ou moins prochaine, comme, dans les années précédentes, celle de Charles II. Il n'est pas même invraisemblable que cette éventualité ait retardé le commencement des opérations décisives, Louis XIV espérant qu'une pareille mort changerait la politique, et que la coalition privée de son chef pourrait bien se rompre d'ellemême. Une chute de cheval (4 mars 1702) détermina la catastrophe et fit cesser les incertitudes. Guillaume, blessé à la clavicule, puis atteint d'humeurs menaçantes au genou et exténué par la fièvre, déclara, non sans regret (1), qu'il tirait rapidement à sa fin. Il n'eut pas même le temps de faire accepter par les Anglais son projet d'union de l'Angleterre et de l'Ecosse en un seul royaume, dernier coup préparé par lui contre

(I) Macaulay» fragment final.

202 GUERRE DE LA SUCCESSION d'ESPAGNE

la maison de Sluart, puisqu'il avait pour but d'imposer à l'Ecosse Tordre de succession royale établi en Angleterre en 1689 et 1701 . Le Parlement éluda cette demande, mais lui apporta à sanctionner le bill d'ad/'wration du prince de Galles. Ce fut son dernier acte politique. Il mourut le 19 mars, le quinzième jour après l'accident.

Ce grand événement paraît avoir médiocrement ému l'Angleterre. Les Anglais appréciaient bien au pointde vue de leur intérêt les services de Guillaume, mais ils n'aimaient pas sa personne (1). Pendant son agonie, le Parlement se préoccupait avant tout de proclamer sans délai le successeur avec toutes les formalités voulues, en dépit du repos du dimanche (2). L'enterrement fut à peine décent, loin d'être magnifique : c'est au moins la plainte de Burnet, le compagnon de sa fortune depuis l'invasion, et évèque de Salisbury par sa grâce (3). L'hommage le plus explicite rendu en Angleterre à la gloire de Guillaume fut le discours

(1) Macaulay dit lui-môme : a Malgré les grands services qu'il a rendus à notre pays, il ne régna jamais sur nos cœurs. » Tome U, au commencement.

(2) Macaulay, Ihid.

(3) Burnet, Histoire de ce qui s*est passé pendant la vie de Burnet^ livre V : « Il y eut des gens qui proposèrent de lui faire des obsèques pompeuses. Mais on ne crut pas qu'il convînt de se jeter dans des dépenses inutiles, à la veille d'une guerre qui devait tint nous coûter. Aussi, on résolut de se borner à des funérailles ordinaires. Seulement on donna ordre de lui élever un magnifique tombeau et une statue équestre, soit qu'on eût réellement le dessein d'honorer sa mémoire, ou qu'on voulût seulement excuser Téconomie d'un enterrement qui fut à peine décent, loin d'être magnifique. >

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