‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 34 sur 136 · FORMATION DE LA GRANDE ALLIANCE · texte numérisé non relu

FORMATION DE LA GRANDE ALLIANCE

dédommagé par la trahison de la. princesse de laMirandole^ qui renvoya les troupes françaises et Taccueillit lui-même dans ses murs (22 décembre). Cette triste campagne finissait ainsi misérablement pour la France; et, par un autre résultat fâcheux, si elle ne donnait pasencoreà l'Empereur la supérioritédécisive en Italie, elle lui' avait rendu le service de déterminer les puissances maritimes à se déclarer pour sa cause.

Guillaume III avait dit plusieurs fois que, si l'Empereur commençait la guerre avec vigueur en Italie, ce serait une bonne raison aux puissances maritimes pour intervenir en sa faveur. Précisément, après les premières hostilités, entre Carpi et Chiari, Louis XIV avait rompu les négociations ouvertes à La Haye depuis le mois de mars, et débarrassé l'Angleterre et la Hollande des ménagements que leur imposaient, au moins au dehors, les propositions à l'amiable agitées dans ces conférences. D'A vaux fut rappelé de La Haye, Villars de Vienne, et, par représailles, l'ambassadeur autrichien quitta la France. Guillaume profita de cette liberté pour renouer l'ancienne coalition. Au commencement de l'année, il avait obtenu du Danemark la promesse de fournir douze mille hommes aux puissances maritimes (1), et de modifier ses conventions commerciales aveclaFrance.Au mois deseptembre, il s'engagea avec TEmpereur par le traitéditdela Grande

(1) 3,000 cavaliers, 1,000 dragons et8,000 fantassins qui prêteraient serment de fidélité au roi de la Grande-Bretagne et aux Provinces- Unies. Traité du 20 janvier 1701 : Dumont, Corps diplomatique, tome VIII.

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Alliance. Ce nom oonvienten effetà ce traité, parceque tout en ne stipulant qu'^u nom de trois puissances^ il provoqua l'adhésion de toute l'Europe, et qu'en deux années il réunit huit nations contre une seule. A lire le préambule, ce n'est qu'un acte de défensive légitime et modeste. Ils allèguent l'union si étroite de la France etdel'Espagne^quecesdeux royaumes nedoivent plus être considérés à l'avenir que comme un seul, la présence des forces françaises sur terre et sur mer, dans tous les lieux de la domination d'Espagne, l'indépendance des Provinces-Unies détruite par la perte de leur barrière, la navigation et le commerce des Anglais et des Hollandais menacés dans la Méditerranée, aux Indes et ailleurs, l'Empire romain frustré de ses droits sur ses fiefs d'Italie et du Pays-Bas espagnol. Ils ne se proposent que d'obtenir amiablement, et par une transaction ferme et solide, une satisfaction juste et raisonnable pour l'Empereur, et pour lesdeuxautres la sûreté dont ils ont besoin. Mais bientôt le ton change et monte. Si leurs espérances pacifiques viennent à être déconcertées, ils se feront par les armes la justice qui leur est due. Ils reconquerront le Pays- Bas espagnol, ils feront tous leurs efforts pour reprendre le duché de Milan et ses dépendances, les royaumes de Naples et de Sicile, les îles de la Méditerranée avec les terres dépendantes de l'Espagne le long de la côte de Toscane. Le roi de la Grande-Bretagneet les Etats-Généraux entreront dans les colonies espagnoles, ils y occuperont les pays et les villes qui seront à la convenance de leur navigation et de leur

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commerce^ et chacun gardera ce qu'il aura pris de ce côté. Quand on fera la paix^ une des conditions sera que jamais les couronnes de France et d'Espagne ne pourront être réunies sur la même tête; une autre, que jamais les Français ne pourront être maîtres des Indes espagnoles, ni même y envoyer des vaisseaux pour exercer le commerce directement ou indirectement.

On voit qu'il ne s'agissait pas encore de dépouiller entièrement Philippe V ; on entendait seulement le réduire à la possession de ce que les alliés ne se proposaient pas de conquérir. Aussi a-t-'on assez bien appelé cette alliance un troisième traité de partage. Mais combien il différait des deux premiers I Ce n'était plus une division à peu près égale de la succession espagnole entre les deux héritiers pour le maintien de l'équilibre européen. C'était, d'un côlé, la grosse part donnée à l'Autriche, et de l'autre, les étrangers admis à partager. L'Angleterre et la Hollande, qui n'avaient rien stipulé pour elles-mêmes dans les premières négo- * dations, s'acijugeaient véritablement ici les colonies espagnoles, et par un aveu effronté de leur égoïsme mercantile, tandisqu'elles assuraientàleurcommerce un développement nouveau sur ces terres jusque-là réservées aux seuls Espagnols, elles prétendaient en exclure les Français, non-seulement comme propriétaires du sol, mais comme simples marchands. Il n'était pas possible que Louis XIV, ni les Espagnols, si opiniâtres à défendre l'un ité de leur monarchie, se résignassent à cette transaction insultante. Le dernier arti-

cledu traité, parla menacemémequ'il renfermait^ était bien fait pour affermir le grand roi dans sa résolution de tout refuser. « Tous les rois, princes et Etats, disait cet article, qui voudront entrer dans la présente alliance, y seront admis; et parce qu'il est particulièrement de l'intérêt du saint Empire romain de conserver la paix publique, et qu'il s'agit ici de recouvrer les fiefs de l'Empire, on invitera spécialement ledit Empire d'entrer dans la présente alliance (1). »

Louis XIV répondit presquejour pour jour à celte menace. Le traité de la Grande Alliance porte la date du 7 septembre ; il est probable que cette date est bien la date française, celle du calendrier grégorien que la Hollande avait enfin adopté en 1699 (2). On dut en connaître la teneur assez vite, surtout Louis XIV, toujours si bien informé, et d'ailleurs de pareilles résolutions ne se débattent pas pendant plusieurs semaines sans qu'il en transpire au dehors quelques notions ; elles peuvent être connues avant d'êti^e rédigées. Il n'y a donc pas grande témérité à croire que la coïncidence ne fut pas fortuite entre le défi de Guillaume et celui que Louis XIV lui renvoya le 13 septembre. Jacques II, malade à Saint-Germain était à l'extrémité. On s'inquiétait autour de lui du

(1) Dumont/ Corps diplomatique, tome VUI : texte du traité de la Grande Alliance.

(2) La Hollande et d'autres États protestants avaient adopté le calendrier grégorien en 1699 (Jouma/ de Dangeau, 8 novembre 1699). L'Angleterre» le Danemarck et la Suède s'obstinèrent seuls à conserver le calendrier julien. Le traité était signé en Hollande ; il a donc pu être daté d'après le nouveau style.

sort de sa famille après sa mort^ de la conservation ou de la perte de cet état royal qu'il avait dû à la munificence de son hôte. La question en fut même agitée au conseil des ministres, où Torcy expliqua avec fermeté les raisons qui commandaient au roi une grande prudence vis-à-vis de Guillaume, et vis-à-vis du peuple anglais qui avait montré tant de répugnance à suivre Guillaume dans ses nouveaux projets de guerre. Le roi resta quelque temps sans faire connaître sa pensée ; puis tout à coup, le 13 septembre (1), dans une visite au moribond, il l'assura devant la petite cour jacobite, qu'il reconnaîtrait le prince de Galles, son fils, pour roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. On a prétendu que cette détermination fut prise sur les instances de M"*de Maintenon sollicitée elle-même par la femme de Jacques II, et qu'un mouvement de condescendance pour deux femmes, et de sensibilité pour le malheur, prévalut dans son esprit sur les arguments politiques de son ministre. Ceux qui connaissent les habitudes diplomatiques de Louis XIV trouveront peut-être tout aussi vraisemblable qu'il se soit fait de cette reconnaissance un moyen de troubler Guillaume, et de ledétournerdesafTairesdu continent, en lui suscitant chez lui de nouvelles inquiétudes d'une alliance entre les jacobites et la France. Quel qu'ait été d'ailleurs son motif, il exécuta sa promesse. Aussitôt après la mort de Jacques II (16 septembre), le prince de Galles fut proclamé roi à Saint-Germain, revêtit les

(1) C'est la date de Dangeau.

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insignes royaux, el, quand il fil sa première visite à Versailles, Louis ^IV lui donna la droite.

La reconnaissance du prince de Galles fut diversement appréciée en France. Les uns admirèrent tant de magnanimité, tant de justice. Le jeune duc de Bourgogne, dans une lettre qui n'était pas d'un politique, et heureusement privée, vantait au roi d'Espagne^ son frère, la conduitede son aïeul comme le seul acte digne d'un honnête homme dans la circonstance. Il riait du roi Guillaume ou du prince d'Orange y comme on voudrait l'appeler, qui retirait son ambassadeur, et d'une colère impuissante à faire désormais plus de mal qu'elle n'en avait déjà fait . « J'avoue, disait-ii, que je fus sou- «lagé quand j'appris que le roi avait déclaré qu'il re- « connaissait le prince de Galles (l).i> D'autres, comme Dangeau, s'évertuaientà prouver que cette reconnaissance n'avait rien de contraire à la paix de Ryswick, que le roi n'avait aucune intention de troubler Guillaume dans la possession de son trône; mais que le prince de Galles tenait de sa naissance un droit que personne ne pouvait lui ravir, qu'on avait des exemples de deux rois portant ensemble le même titre: telJean-Casimir que la France appelait roi de Suède, alors qu'il existait un autre roi de Suède régnant avec qui elle avait fait alliance. Cependant, les plus avisés ne tardèrent pas à comprendre que cette belle action était pleine de périls. Ils y virent une offense personnelle pour Guillaume, un titre de plus à sa haine et à

(1) Recueil des lettres du duc de Bourgogne.

sa vengeance, un défi à Tindépendance des Anglais dans la perspective de recevoir un roi de l'étranger, une excitation aux protestants, qui étaient les plus nombreux en Angleterre, à redoubler de surveillance et de vexations contre les catholiques (1). Ceuxci voyaient juste. La reconnaissance du prince de Gkillesa été le dernier branle de la guerre.

GuillaumeétaitàLoo, en Hollande,àtableavec plusieurs princes allemands et seigneurs, quand cette nouvelle lui fut apportée. Il la dit à ses convives, sans ajouter aucune parole ; mais le rouge lui monta au visage, et il enfonça son chapeau pourcacher cette émotion. Immédiatement il expédia à son ambassadeur en France Tordrede revenir,etau\ lords-régentsd'Angleterre Tordre de renvoyer de Londres le résident français.Ilen appela ensuiteàTEuropedecequ'ilappelait la violation de la paix de Ryswick, en la dénonçant au roideSuède,garanldece traité européen. Sous prétexte •quecette rupture ne menaçait pas moins les Provinces- Unies que son trône, il se hâta de faire conclure entre l'Angleterre et la Hollande un traité particulier d'alliance défensive perpétuelle, renouvelé de 1678 (11 novembre 1701). Il travailla à étendre la Grande Alliance et d'abord par l'accession du nouveau roi de Prusse. Ce n'était pas la plus facile de ses entreprises. Ce nouveau venu parmi les rois, se sentant recherché, mettait au plus haut prix sa coopération. Travaillé par la diplomatie française, alléché par l'or que lui offrait

1) Saint-Simon, Mémoires^ tome II, chapitre xxvi, page 316.

lj6f%mXIVy oB oDie lamtlfcfnidMiî -f.'iefMkp^Br ûkk, le parti (CiMEflniJEne k}u n Hb (fCiiiKSdii&ii) <(ff B^iifiltigiK^ «upênears. I>Cii(QXfe«rpea.&irf'peuj{ut!r loj-iiikàiikectljreerimrbeaaeoiup:; leil «ttUiit i«GMD<(aillciuj '^ «cod 'fHfiRàrBiDer. D lui £dlait iui»e|uivitiie<diie Im Goieiybietef^ua^afedW', fti gwantir, par les puj«iiu»ee& miairiiirihmfcf^, «die IT'juriiinilt qia il lértiinaiii de l'^E^iitpK'.eidei^t^laMisfiCBfeemlU enfanini^ en Amériqiie>(l j. La Fnitiri«ejivAii doi»e^ desiima or^;iiie^ U prétentiioode devenir lone poissuMe ■untbiie et eolonûile;lenKMiTenien'lqiu*elleiiedonne aujourd'hui pour prendre «a place sorli nier n'est qu'^ane tradition et emnme un U^ de «on fondateur. Or, ee point était le plui délicat- Guillaume eroyait T Angleterre ÉropckO' fywilleuterurcechafùrtpouT admettre un autre partageant que la Hollande à la €^utée des Indes occidentales. Les oé^oetaitionstrainènentjusqu^àrirriter et le déterminer presque â rompre. A la fin^ pour ne pas perdre Tappui d^in prince si puissant en Allemagne^ il en « passa p:ir où il eût mieux aimé ne pas aller». Par un traité du 10 janvier 170?, il accorda au roi de Prusse la plupart deses exigences, et celui-ci promit à la Grande Alliance un corps de cinq mille hommes. Guillaumeauraitété heureui de gagner aussi le roi de Suède Charles XII, et le roi de Pologne Frédéric-Auguste, électeur de Sa\e, et à ce titre un des princes les plus importants de T Allemagne {2). Mais cesdeux princes étaient engagésdanscette longue ri valitéqui sépare

(1; Lettres de Ueiosiiis, novembre 1701.

(2) Voir les lettres de Guillaame à Heinsius, 29 novembre 1701 et 31 janvier 1702. dans Sirtema de Grovestins, tome Vlll.

à cette époque le Nordet l'Est de l'Europe des intérêts de rOecîdent. Rien ne devait détourner Charles XII de ses projets de vengeance ou de conquête en Pologne et en Russie; les malheurs de Frédéric-Auguste battu^ et pendant un temps dépossédé de son royaume, ne devaient plus lui laisser d'autres soins que la défense de son électorat. Le contre-temps était d'autant plus fâcheux qu'il n'y avait qu'un électeur d'Allemagne, le Palatin, avec le roi de Prusse, qui eût embrassé la cause de l'Empereur. Ceux de Bavière et de Cologne étaient ouvertementalliésàla France, ceuxdeMayence et de Trêves avaient arboré la neutralité. Les Cercles, vainement sollicités par le prince de Bade, général de l'Empereur, n'avaient consenti à lever des troupes que pour se mettre en garde contre l'Empereur aussi bien que contre la France. Mais Guillaume fut dédommagé des hésitations de l'Allemagne par l'adhésion enthousiaste de l'Angleterre à ses projets.

Torcy a lui-même avoué que, jusqu'à la reconnaissance du prince de Galles par Louis XIV, une grande partie de la nation anglaise répugnait encore à la guerre, mais que cette déclaration du roi de France changeaces bonnes dispositions (1). Vainement, par un. manifeste adressé à toutes les cours de l'Europe, le roi avait essayé de réduire cette reconnaissance à une simple formalité de politesse, à un titre honorifique laissé pour consolation au malheur. Vainement il rejetait la violation delà paix de Ryswick sur

(1) Torcy, Mémoires, tomo I .

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ralliance de Guillaume et des Etats-Généraux avec l'Empereur. Les Anglais se sentirent menacés dans leur indépendance par ce qu'ils appelaient la prétention d'un souverain étranger à leur imposer un roi. Leursadresses venaient jusqu'en Hollande chercher Guillaume, pour l'inviter à défendre, par tous les moyens, sa personne et ses droits méconnus. Quand il rentra en Angleterre, la persévérance des mêmes sentiments l'encouragea à dissoudre un Parlement qui n'avait accepté ses propositions qu'à la dernière extrémité, et la nouvelle Chambre des communes, qui Sortit de ce courant d'opinion, se prononça dès le premier jour pour l'action immédiate (9 janvier 1702). Dans sa harangue d'ouverture, Guillaume se déclara personnellement offensé par la reconnaissance du pré^ tendu prince de Galles, et toutes les puissances de l'Europe menacées par les dernières démarches de Sa Majesté Très-Chrétienne. Les mesures prises jusqu'alors ne sentaient encore que la défensive; cette fois les actes du Parlement pressèrent ouvertement l'attaque. La Chambre des lords demandait le rétablissement de l'Empereur dans tous ses droits, et le renversement de l'usurpateur du trône d'Espagne. La Chambre des communes voulutque, d^ns tous les traités d'alliance, on stipulât, par une clause spéciale, qu'aucune paix ne serait conclue avec la Prance,jusqfi'à cequeleroiGuillaumeet la nation anglaise eussent reçu réparation de l'outrage que leur avait fait la reconnaissance àxxprétendupvince deGalles (1). Pour soutenir cette réclama- (1) Smolelt, Histoire d'Angleterre, cité par Sirtema de Grovestint.

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tion^ le Parlement vota l'entretien de quarante mille hommesde terre et de quarante mille hommes de mer, et, pour en faire un devoir de patriotisme et de conscience, il condamna le prince de Galles à mort, et imposa à toute personne, pourvue d'un emploi dans TEglise ou dans l'Etat, un bill cVabjuration du prétendant. Fort deces engagements, Guillaume triompha enfin des hésitations d'Amsterdam dont les marchands, effrayés non sans raison des charges pécuniaires d'une guerre générale, montraient moins d'empressement que luià précipiter la lutte. Les puissancesmaritimes convinrent d'envoyer dans la Méditerranée quatre-vingts vaisseaux, cinquanteanglais et trente hollandais , pendant que di\-huit vaisseaux des Etats protégeraient dans la mer du Nord le commerce de la République.

En face d'ennemis si bien d'accord, Louis XIV commençait à se sentir trop isolé, trop dénué d'alliances et d'auxiliaires dignes de confiance. Il ne trouvait pas même l'Espagne en disposition et en état de contribuer par elle-même à maintenir sa propre intégrité, dont elle se montrait si jalouse. Les espé- •rances ou illusions, qui avaient suivi le testament, s'étaient promptement dissipées. D'abord on avait soupçonné que de sinistres projeUs contre la vie de Philippe V n'étaient pas impossibles de la part de quelquespartisans de l'Autriche. « Les poisons d'Es- « pagne sont bien subtils, écrivait Fénelon (1), il y en

(1) Fénelon, Mémoires de 1701 sur les moyens de prévenir la fjuerre de la succession d*Espagne.

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« a jusque dnns les odeurs, et on ne peut se précauc( tionner sur toutes choses. » Louis XIV, également inquiet, recommandait à son petit-fils de ne pas sentir les fleurs qu'on lui présenterait, des'abstenir de tabac, de ne pas ouvrir lui-même ses lettres (1). On reconnut ensuiteque la présence de Français dans le gouvernement ferait des jaloux. L'ambassadeur d'Harcourt ne dul entrer au conseil de Philippe Vquesur la demande formelle et publique de Porto-Carrero (2). C'est dans la même pensée que, un peu plus tard, au moment du mariage du jeune roi, on choisit pour camerera mayor de la reine la princesse des Ursins; elle était Française, il est vrai, mais devenue étrangère à la cour de France parun long séjour en Italie, et à moitié Espagnole par son mari qui avait été grand d'Espagne (3). « Il ne fallait donc pas donner aux Espagnols, écrit encore Fénelon, des amiraux ou des ministres, ni les gouverner comme des enfants, mais leur prêter des ^ensbien sages qui les instruiraient et les aideraient sans prendre aucun signe d'honneur et d'autorité. » Malheureusement l'Espagne était un corps mort qui ne se défendait pas; on y trou veraitaussi difficilement des hommes capables de se laisser conseiller que des ressources matérielles. Habitués à ne voir dans les séances du conseil de Castille qu'une formalité et une

\^i) Voir les Mémoires de xNoailles, rédigés [»ar Millou

(2) Œuvres de Louis XIV, loine VI : lettre à d'Harcourl. 7 mars 1701.

(3) Mémoires de Saint-Simon. Instruction secrète do Torcy à Marcin avant le mariage.

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cérémonie (1), les hommes d'Etat ne comprenaient rien à l'activité et à l'esprit pratique des Français. D'Harcourt écrivait: « Je ne serais pas lâché de tract vailler si je faisais quelque chose, mais après avoir «travaillé toute une semaine avec cesgens-ci, jem'a- .aperçoisqueje n'ai rien fait. Car on ne fait que raison- «néret on ne saitce que c'est qu'exécution. » D'aulre partie royaume était ruiné, soit par les concussions des uns, soit par l'oppression des autres. Les vicerois du Mexique et du Pérou trafiquaient des droits du monarque, et vendaient à leur profit les postes lesplusimportants. Tandisqueles Castillans payaient de lourds impôts, les autres provinces, en vertu de leurs privilèges, ne payaient presque rien.

Louis XIV passa toute l'année 1701 à lutter contre ces abus. Malgré tant de nullité et demisère, le conseil de Flandre résidant à Madrid prétendait régler, sans aucune connaissancedes affaires, l'administration et la défense des Pays-Bas; il contrariait toutes les mesures prises par la France. Le roi signifia que, si

(1) Voir dans ley Mémoires de Noailles le tubleau dune séance du conseil de Castille sous les rois autrichiens. Tous les vendredis, le conseil de Castille s'assennblait dans la chambre du trône. Le roi entrait couvert et les trouvait agenouillés; il s'asseyait et disait: Levez-voM5, et ils se levaient ; asseycz-voMS, et ils s'asseyaient; cou* vreZ'VOUSf et ils se couvraient. Jamais il n'était question fie rien de plus. Philippe V demanda si l'on ne ferait pas d'autres choses. Le président répondit qu'on ne faisait pas autre chose sous Charles II, mais que, sous Philippe IV, on lui expliquait quelquefois les jugements du conseil. — Et que disait Philippe IV? — Il disait : Cela est bien, — Pour moi, je le dirai si je le trouve ainsi, et ?i je le trouve autrement, je dirai : Cela est mal.

les ordres de Madrid s'exéciitaienl dans les Pavs-Bas, il n'yaurait pas d'argent pour payer les troupes d'Espagne^ et que les dépenses faites parla France deviendraient inutiles. Il exigea queses ordres à lui fussent rendus obligatoires |)our le gouverneur espagnol dansées provinces. Bien convaincu, après une assez longue attente, qu'il n'y avait pas en Espagne ce de «gens assez habiles et assez désinléiessés pour les « employer à rétablir l'ordre dans les finances,» il envoyai Madrid le financier Orry (1), dont cette mission a commencé l'importance, avec le soin d'examiner la nature, le mode do perception et l'emploi des revenus de la monarchie, les engagements pris et les conditions de ces engagements, et de rechercher par quels moyens les rentrées pouvaient être augmentées, et les dépenses proportionnées aux recettes. Le mois suivant (juillet) il rem|)laça d'IIarcourt malade par Marcin. Exercer réellement les fonctions de ministre du roi d'Espagne sans en avoir le titre, régler les heures et toute la journée du jeune roi, ranimer le conseil d'Etat par l'introduction de personnes moins incapables, combattre les routines, les entêtements des provinces, tellesétaientles instructions du nouvel ambassadeur, rédigées par Torcy. Il s'y joignait un point délicat, plus témériiire en Espagne que partout ailleurs, qui ne devait être abordé qu'après unelongue réflexion. Les églises d'Espagne étaient très-riches

(1) Œuvres de Louis XIV, tome VI : lettre à d*Harcourt, 22 juin 1701.

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eu or et même en argenterie, et l'espèce était très-rare dans le commerce; ne pourrait-on pasobliger le clergé à vendre une partie de celle argenterie (1) ? On se rappelle que Texpédient avait été essayé en France au commencement de la seconde coalition.

En dépit de ces efforts la situation ne changea pas. A la fin d'octobre, deux mois après Cliiari, le roi s'en prenait à l'indifférence, ou à l'inertie des Espagnols, des difficultés insurmontables qu'il rencontrait en Italie, a L'argent, écrivait-il à Marcin, manque absolument pour les dépenses les plus nécessaires; on ne peut en trouver pour soutenir la guerre en Italie, pour satisfaire aux traités et pour maintenir les alliances. Il semble, parla conduitedesEspagnols, qu'il s'agisse de maintenir des Etats dont la conservation serait entièrement indifférente à leur monarchie. On voit qu'ils ont peine à souffrir que je mette quelque règle à ceux des Pays-Bas. Enfin je soutiens de tous côtés les frais de la guerre, les dépenses en sont immenses par l'éloignement des lieux où il faut porter mes armes, et, loin d'être aidé par l'Espagne à défendre ses propres Etats, je trouve des contradici ions de sa part dans tout ce que je veux faire de plus avantageux pour elle. Si le zèle de mes sujets n'a pas de bornes, ils en trouveront enfin aux movens de m'assister. » La menace renfermée dans ces derniers mots était déjà assez transparente ; il la renforçait en refusant de (( ruiner la France pour sauver l'Espagne, » en avouant la nécessité d'une

(1) Voir les Jdémoires de Noaillet.

|Aii \ |>i omjilc, cl, ce 4ui Jevoil; leur donner du cœur, la tuvcc»xiU il :iv UcUîvoclle pij^iix par la cession de queli^iu":> l'itau.i UpvuUiials.(Jji> la monarchie d'Espagne (1). V ^ou iccciU lie îiîiiye^ et de résolution tout à la fois, »1 ji (naa jia^ i>osMW<^ de ne pas sentir le décourageiiuui. Ncuiiiuoius, sa correspondance témoigne ^u uac i ^^v;raiicelui restait encore. Philippe V avait montic iltîssua début quelijuecapacité, un sentiment ^ iai tlu.s^i iliguité et de ses devoirs. Il paraissait en public, u la Uifféreucedes rois autrichiens qui se tenaient «culeiiaoK et invisibles; il se laissait aborder pour i'iu'ou rager les réclamations. Il avait promis d'apporter au \atta ires l'examen convenable. En parlant de la gueri'e, il avait dit que la place d'un roi, au danger, devait être, comme partout, la première (2). Depuis que les Autrichiens menaçaient le duché de Milan, il insistait auprès de son grand-père pour passer en Italie. Louis XIV encourageait cette ardeur comme une chance de salut : « Vous gagnerez, lui écrivait-il, le ecpurde vos sujets, vos ennemis seront forcés à vous ^«timer et à vous craindre. Que je serai heureux quand je vous verrai dans le haut pointde gloire où votre courftgevous élèvera ! Je vous aimerai davantage, et, mon f^Hlime se fortifiant, ma tendresse augmentera, en vous voyant tel que je vous désire et que je me persuade que vous serez. » Il faut attendre les événements pour ap-

(1) Œuvres de Louis XIV, tome VI : lettre à Marcin du 31 octobre 1701.

2) Dangeau, 28 février 1701.

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