‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 47 sur 136 · CAMPAGNE DE 1702 EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE 1702 EN ALLEMAGNE

IlreoutMélacàsa table^ lui montra son armée et lui fit rendre par elle tous les honneurs dés feld-maréchaux(l).

Le parti que Liouis XIV venait de notifier à Catinat était incomparablement le meilleur ; illrtlait changer la face de la guerre, en la reportant en pays ennemi, enopposantAllemands à Allemands, justifier l'audace par le succès, et donner à la France le dernier prix de la campagne. L'électeur de Bavière, allié secret de la France, s'était contenté d'abord d'agir auprès des Cercles pour les maintenir dans la neutralité. Quand il vit les États de son frère, [^électeur de Cologne, envahis par les alliés et entamés par la prise de Kayserswerth, il crut le moment venu d'agir. Par un nouveau traité avec Louis XIV (17 juin 1702), il s'engagea à combattre pour la France et pour l'Espagne et aussi pourlui-même, et, dans le cas où l'Empereur attaquerait la Bavière, à porter ses armes e n Ty roi , en Bohême, en Autriche. La France en retour lui promettait l'appui desesarmées et la conquête des deux Palatinats du Rhin et de Neubourg (2). A la fin d'août, il annonça qu'il allait entrer en campagne par la prise d^Ulm, ville impériale de Souabe; il réclamait immédiatement l'envoi de troupes françaises pour le couvrir contre un retour de l'armée qui assiégeait Landau . Louis XIV, reconnaissant làunmoven de diversion

(1) Pelet, tome II. Dangeau, 30 septembre 1702.

(2) Ce traité est rapporté par le général Pelet dans le troisième volume, page 945, et non dans le second, auquel il appartient par la date.

240 GUERRE DE LA. SUCGRSSION d'ESPAGNE

capable en effet de ramener cette armée des bords du Rhin au cœur de T Allemagne, passa par-dessus toutes les considérations que pouvait suggérer le péril de TAlsace : « Je me trouve, écrivait-il à Catinat (1), dans lanécessitépour profiter de son alliance, quipeut dans la suite me devenir très-utile, de lui donner tous les secours dont il peut avoir besoin pour faire une diversion considérable dans l'Empire. En même temps je laisse l'Alsace ouverte à mes ennemis sans y pouvoir tenir une armée suffisante. Il n'y a aucune troupe du côté de la Sarre, pasmémecequi serait nécessaire pour empêcher les partis d'entrer sur les terres de ma domination. Dans cette situation, j^ai cru que je n'avais d'antre plan à faire que devons ordonner de faire joindre, aussitôt que le duc de Bavière vous le demandera, les troupes dont il aura besoin. » L'électeur ne demandait pas moins de trente bataillons et de quarante escadrons. Le roi ordonna de les envoyer, et même davantage, si l'électeur en manifestait le désir.

Cette entreprise demandait un chef hardi, entreprenant. Parmi les lieutenants de Catinat, nul ne paraissait mieux remplir cette condition que Villars. Impatient outre mesure d'être distingué, Villars, depuis qu'il avait repris le métier des armes, blâmait la lenteur et le peu d'éclat des opérations. Malgré son respect ipouv les chefs d'armée, il trouvait chez eux quelque chose à désirer; il n'y trouvait pas V audace naturelle à quiconque mène des Français y parole de Louis XIV dont

(1) Lettres à Catinat du 30 août et du 18 septembre 1702.

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il s'appuyait habilement. Pourquoi par exemple n^ayait-on pas livré de grande bataille en Flandre? Il s'était déjà offert à tenter une diversion en Allemagne par Kehl et par la Souabe. « Qu'on me donne^ écrivait-il à Chamillard^deu\ mille chevaux^ mille dragonset cinq centsgrenadiers, on verracequeje saurai faire de ce corps-là dans les montagnes noires (1). » II ne cachait pasque^ en faisant bien^ il entendait en être bien payé ; dans la même lettre^ il réclamait le cordon bleu^ pour les services qu'il avait rendus dans son ambassade de Vienne, et nous lui retrouverons le même appétit jusqu'à la fin de sa carrière. Mais cet égoïsme, qui rabaissait son caractère, était aussi propre à fortifier son talent. Il était bon de le mettre à l'épreuve. Dès le preipier jour, le roi l'avait désigné pour commander la diversion en Allemagne.

Catinat aurait bien voulu garder ses troupes, pour défendre l'Alsace que les conquérants de Landau envahissaient par le nord et par le Rhin. Les ordres du roi étant formels, il fallut se résigner. Pendant que quelques démonstrations, du côté de Saverne et de la Lauter, entretenaient les incertitudes de l'ennemi, Villars partit pour Huningue avec une partie des forces destinées à son expédition. Ce mouvement ne put être si secret que le prince de Bade n'en eût connaissance; il comprit sans doute les intentions de Villars, et, avec vingt mille hommes, il remonta le Rhin sur la rivedroitepourintercepterla tenta tivedes Français.

(Ij Pelet, tome II : lettres de Villars à Ghamillard^ 25 juin 1702. LOUIS xnr. — t. vi. 16

242 GUERRE DE LA SUCCESSION d'ESPAGNE

Villars avait devant lui une ile formée par deux bras du Rhin, l'un profond, l'autre guéable. Au moyen d'un pont sur le premier, il transporta son artillerie dans l'île; un autre pont sur le petit bras fut destiné à l'infanterie et couvert à la tête d'un fort retranchement. Tout cela fut exécuté malgré le canon de l'ennemi retranché dans le fort de Priedlingen et derrière. Le passage était préparé; si l'électeur de Bavière se fût alors avancé sur les derrières de l'ennemi, l'attaque ne pouvait manquer de réussir. Mais l'électeur ne donnait pas même de ses nouvelles; on finit par savoir que, au lieu de se rapprocher du Rhin, il s'en éloignaitau contraire decinquante lieues, par une marche rétrograde vers les villes de Memmingen et de Kempten qu'il occupa en effet dans les premiers jours d'octobre. Ce caprice, prélude de beaucoup d'autres chez cet homme bizarre, ne retarda que de quelques jours l'opération décisive. Liouis XIV, instruit de la situation, prétendit mettre Villars en état d'agir sans les Bavarois. Il ordonna à Catioat d'envoyer à Huningue un renfort de dix bataillons et de vingt escadrons, c'esl-à-dire, écrivait^il, «à peu près tout ce qui vous reste. » Dès que Villars eut reçu ce complément, il commença d'agir. Un détachement de deux mille hommes d'infanterie et de deux régiments de dragons traversa le Rhin hors de la vuede l'ennemi, devant Neubourg, s'empara de cette petite ville, et deux mille pionniers suivant de près commencèrent à y établir un pont. « Si cette tentative réussit, disait Villars, j'irai passera Neubourg; si cette

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