‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 46 sur 136 · CAMPAGNE DE 1702 EN ITALIK · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE 1702 EN ITALIK

Cependant PhilippeV avait visité Naples. Il y avait été bien reoumalgré une révolte antérieure, etmalgré un complot contre sa vie qui fut découvert pendant son séjour(l). Des grâces répandues sur les seigneurs et sur le peuple avaient contribué à cet accueil ; on peut croire que des troupes françaises envoyées par Louis XIV n'y avaient pas nui non plus (2). Il venait d'arriver à Milan; après avoir reçu les hommages de Vaudemont, des duc de Mantoue et de Parme, et même du duc de Savoie, il s'acheminait par Crémone vers le Mantouan à la tète de renforts destinés à Tarmée de Vendôme, lorsque, le 27 juillet au matin, il fut averti qu'une bataille allait se donner. Vendôme avait découvert à Santa-Vittoria, entre le Crostolo et leTassone(3), un campde quatre mille cavaliers autrichiens sans infanterie. Il fit inviter le roi d'Espagne à hâter sa marche, et sans l'attendre il se précipita sur l'ennemi. Ce fut un beau fait d'armes par la rapidité et le succès. Les cavaliers autrichiens n'eurent pas même le temps d§ monter tous à cheval. Attaqués de trois côtés à la fois, ils furent en peu d'instants foudroyés, pris ou chassés. Six cents restèrent morts sur le champ de bataille, et quatre cents prisonniers; les fuyards tombèrent presque en bataille dans le Tassone, en si grand nombre qu^ils comblèrent ce ruisseau et firent de leurs corps un pont sur une longueur de deux

(1) Mémoires de Noailles, Saint-Simon, tome II, chapitre xxx.

(2) (Euvres de Louis XIV, tome VI : lettre à Philippe V, du 21 juin 1702.

(3) Deux affluents du Pô sur la rive droite.

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cents pas. Le reste fut poursuivi à une demi-lieue jusqu'en vuedeGuastalla. Douze cents de leurs chevaux furent ramenés par les grenadiers français ainsi changés en grenadiers à cheval. Leur capip tout tendu et leurs bagages furent pris^ et leur vin distribué aux vainqueurs fort à propos après une si longue marche. L'affaire avait été si prompte que le roi d'Espagne^ malgré sadiligence, n'arriva qu'aux derniers coups de feu. Aussi n'écrivit-il à Louis XIV que pour laisser tout rhonneur à Vendôme et recommander les officiers qui s'étaient le plus distingués. <£ Cette affaire^ disaitil^ est aussi complète qu'une affaire de cavalerie peut l'être. )i On en vit immédiatement les conséquences. Reggio et Modène sommées le surlendemain par les vainqueurs se rendirent (29 juillet) et reçurent garnison française. Dans la nuit du 31 au 1" août^ le prince Eugène abandonna ses postes auprès de Mantoue^ et laissa ses retranchements aux défenseurs de la ville qui complétèrent leur délivrance en les détruisant (1).

A partir de ce moment^ l'avantage de la campagne fut assuréaux Français. Eugène, passé sur la rivedroite du Pô et déterminé à donner bataille, se trouvante 15 août, en présence de ses adversaires près du château de Luzzara que Vendôme venait d'investir. Lecombat s'engagea à cinq heures du soir et dura jusqu'à la nuit. Il fut opiniâtre des deux parts, sanglant, animé par la valeur froide du roi d'Espagne qu'aucun péril ne pâli) Pelet, tome II : relations de la bataille de Santa-Vittoria par Vendôme et Philippe V.

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raissait émouvoir^ elpar rardeard'Eagènequi^ dil-on, aurait voulu reiMKnreler la gloire de Parie , et prendre une seconde fois un roi de France dans son petitfils. Quel que fût le ravage du canon^ et l'importance et la qualité des pertes dans tes deux armées, la victoire ne se décida pas. On demeura en présence pendant la nuit à la portée du mousquet ; on se retrancha fortement, et le lendemain nirunni l'autre ne crut prudent de recommencer l'attaque. A en juger par les pertes de chacun, V»[idôme aurait été vainqueur. Les Français ne comptaient que quatre cents morts contre quinze cents morts Autrichiens, et dixhuit cents blessés contre trois mille cinq centsblessés Autrichiens. Ils avaient pris de plus du canon, des drapeaux, des étendards et quelques prisonniers. Mais si labataille même laissait la supériorité incertaine, les événements qui suivirent l'assignèrent à la France. Ce château de Luzarra, qu'Eugène avait voulu sauver, se rendit le 17 au roi d'Espagne, et livrafort à propos ses approvisionnements. La position inexpugnable où Eugène se contenait, et qu'il était sans doute prudent de ne pas affronter, n'empêcha pas le siège de Guastalla. La garnison de cette place était de deux mille cinq cents hommes; elle capitula après neuf jours de tranchée (9 septembre), avec les honneurs de la guerre, mais sous la condition de ne plus servir avant le mois d'avril suivant. Guastalla, dans une situation favorable aux communications par eau, devint le dépôt des fourrages que le Crémonais envoyait à l'armée des deux couronnes.

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La nouvelle d'une descente des Anglais et des Hollandais en Espagne n'interrompit pas cette série de succès. Philippe V, obligé de courir à la défense de son royaume (octobre), quitta l'Italie, mais n'en retira pas un soldat. Vendôme demeuré seul mena l'annéeà bon terme. Peu à peu le manque de subsistances forçait Eugène à quitter son camp de Luzarra. Bientôt un événement imprévu en Allemagne, contre-partie de l'invasion en Espagne, le soulèvement de l'électeur de Bavière, obligea l'Empereur à rappeler quelques-uns de ses régiments d'Italie. Le prince Eugène, condamné par ces affaiblissements à se tenir sur ses gardes, reculait pas à pas. Vendôme avançait à sa suite; il parvint à s'établir fortement sur le cours d u Pô, d'abord à Borgoforte au sud de Mantoue (15 novembre), ensuite à Governolo (ISdécembre), au confluent du Pô et du Mincio, surle terrain peu accessible qui avait longtemps servi de poste principal à Eugène. Les Autrichiens, retirés entrelaSecchiaetle Panaro dans le duché de Modène, laissai^t le Mincio et le duché de Mantoue entièrement libres,etavaientperdu la route du Milanais.

Philippe V eut également le bonheur de voir ses ennemis échouer en Espagne. Pendant son absence, ta jeune reine Gabrielle de Savoie, presque un enfant, avait pris aux affaires une part qui lui mérite une place dans l'histoire, et qui fonda la popularité de son mari. Elle avait présidé les états d'Aragon en dépit de la fierté de cette province qui n'aurait pas voulu d'une femme pour président : elle se les concilia sibienqu'ils

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lui firent présent pourson usage d*une somme de cent milleéeus; elle s'en montra digneen faisant porter im* médiatementee cadeau au roipour les besoinspublies. A Madrid^ elle assistait tous lesjoùrs à la junte de gouvernement ; elle parvint à les tirer de leur vieille habitude de nonchalance. Attentiveà toutes les questions sérieuses, elle ne leur permettait pas de perdre leur temps. Dès qu'ils s'égaraient en conversations inutiles^ elle affectait de prendre son ouvrage^ disant : « C!omme ce on parle de choses qui ne regardent pas les affaires^ «j'emploierai ce temps à travailler pour moi. » La. leçon fut comprise et profita ; elle servit aussi à concilier à la reine une vénération qui, confondant le patriotisme avec la fidélité au souverain, a consacré la royauté de Philippe V (1). L'essai d'invasion des Anglais et Hollandais en suscita une preuveécla tante. Le duc d'Ormond, débarqué à Cadix, avait pris position dans l'île de Léon; de là il envoyait ses troupes au pillage, et faisait porter aux officiers supérieurs, pour les tenter de trahison, ses promesses (T agrandissement ; il ne séduisit personne : « J'ai juré, lui répondit Villa « d'Arias, gouverneur général de l'Andalousie, de ré- « pandre jusqu'à la dernière goutte de mon sang pour « Philippe V. Nous n'avons que de généreux exemples <c dans nos ancêtres; ils n'ont jamais cherché leur éléc( vation ni dans le sang ni dans la fuite de nos rois; « moripro patria est ma devise. Vous pouvez la com- <t muniquer à la princesse qui gouverne l'Angle-

(1) Mémoires de Noailles» 1702.

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((terre (1). » L'Anglais ne réussit pas mieux auprès dupeuple; il avaitlaissé ses soldats protestants piller les églises; c'en était assez pour soulever contre eux les populations catholiques. En même temps la jeune reine déployait une activité au-dessus de son âge et de ses forces. Prête à aller partout où sa présence serait nécessaire, travaillée de violents maux de tête, mais infatigable, elle provoquait par son exemple une levée en masse. « Tout s'offrit, tout monta à cheval, (( tout marcha » contre lesenvahisseurs. Le 27 octobre les Anglais et les Hollandais se retiraient (( fort dé- (( munis d'hommes et d'argent»; etPhilippe Vrentrant en Espagne la trouvait délivrée sans qu'il eût le temps de contribuer à cette revanche. Un seul malheur vint à la traverse de ces résultats. Les galions d'Amérique, chargés de trésors qui appartenaient à plusieurs nations, étaient enfin rendus, sous l'escorte d'une flotte française commandée par Château-Renauld, dans le port de Vigo en Galice; déjà on avait pu transporter à l'intérieur des terres beaucoup d'or, d'argent et d'effets précieux, mais il restait encore à bord de grandes quantités de marchandises. Une flotte ennemie se présenta tout à coup le 22 octobre, força le port et brûla les galions et les vaisseaux français, et emporta une prise de huit millions. Pour ne pas ressentir trop péniblement une pareille perte, on avait besoin des bonnes nouvelles qui arrivaient en ce moment d'Allemagne.

(1) Bnizen de la Martinière, Histoire de Louis XIV.

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En Allemagne, comme dans les Pays-Bas, la campagne avait commencé par un si^;e et un si^;e malheureux. On sait déjà que Catinat^ loin de trouver les forces promises^ avait reconnu que celles de Tennemi étaient bien supérieures a tous les c^culs du roi ou de Chamillard. Dès le mois d'avril, les Allemands du prince de Bade avaient passé le Rhin à Spire et à Gemersheim^ puis s'avànçant vers la Lauter^ ils avaient séparé Landau^possessionfrançaise^de l'Alsace. Ilétait impossible^ àmoins d'un de ces coups de hardiesse qui entraînent la ruine aussi bien que le succès^ de les attaquer avec avantage. Leur nombre en juin s'élevait à cinquante mille; celui des Français ne dépassait pas vingt et un mille. Landau fut donc investi le 15 juin et dut être abandonné à ses propres forces, c'est-à-dire à sept bataillons dont deux d'artillerie et à sept escadrons. Il est vrai que le commandant. Mélac était un de ces hommes que l'ennemi, selon l'ancien mot de Louis XIV, avait l'habitude de redouter dans les places françaises; il allait renouveler à Landau ce que Bla inville venait de faire voir à Kayserswerth. Les assiégeants, malgré leur énorme supériorité de nombre et la présence du roi des Romains, fils de l'Empereur, n'avancèrent que lentement, contrariés par les crues du Rhin qui rompaient les ponts, par la difficulté de nourrir une telle multitude, etfort incommodés par le canon des assiégés. Louis XIV tenta bien un effort pour renforcer Catinat, il rappela des Pays-Bas à Thion ville douze bataillons et seize escadrons de l'armée de BoufHers. Il n'était pas juste, disait*il, d'à-

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bandonner des places et des provinces qui lui appartenaient (Alsace) pour conserver celles .qui appartenaient auroid'Espagne(Gueldre). Ces auxiliaires furent placés sous les ordres du marquis de Villars, qui, tiré récemmeïit de l'ambassade de Vienne, reprenait avec empressement un commandement mili'^ taire, où son ambition se proposait des actions éclatantes et de grands honneurs. Mais ce corps d'armée, destiné d'abord à garantir la Sarre, puis appelé par Catinat à couvrir les points les plus menacés de l'Alsace, n'apportaaucun changement à la situation de Landau. Dans les derniers jours d'août, la place était battue en brèche et les assiégeants préparaient leurs ponts pour le passage du fossé.A ce moment une résolution hardie et subite de Louis XIV, pour passer de la défensive à l'attaque, sacrifia irrévocablement cette ville. Le 30 août, Catinat recevait l'ordre de dégarnir TAlsace, et d'envoyer la plus grande partie de ses forces en AUetnagne au secours de l'électeur de Bavière. Landau n'avait plus qu'à se rendre. Dans la nuit du 8 ' au 9 septembre, Mélac repoussait un dernier assaut; et quelques heures après, considérant les conséquences inévitables d'une plus longue résistance, il capitulait le quatre-vingt-unième jour depuis l'ouverture de la tranchée, le cent quarantième depuis le commencement du blocus. Une pareille défense était trop digne d'hommages pour ne pas recevoir ceux de l'ennemi même. Le roi des Romains laissa partir la garnison avec les honneurs de la guerre, avec quatre pièces de canon, deux mortiers et plusieurs chariots couverts.

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