ANNEE DE RÉPIT
II . — Répit eo 1785, — Vendôme conserve la supériorité en Piémont. — Bell*» cunpagne de Villars contre MarUborongh, sur la Moselle. — Yilleroi batta par Marlborough à Heylissen ; mais Vendôme Tainqueor du prince Engène à Cassaoo. — Intelligences de la France arec Ragoczi. — Les affaires d'Espagne seules défavorables. — Inntilité du siège de Gibraltar par les Espagnols; Tarebidae entre enfin en Espagne par la Catalogne.
« Dieu, Dieu ! » s'écriait Charles d'Anjou après les Vêpres siciliennes, et à la vue de ses vaisseaux détruits par les Aragonais, « vous m'avez offert beaucoup à c< surmonter, je vous prie que la descente se fasse douce cernent. » Il sentait bien que le malheur perd de sa force à laisser de l'intervalle entre ses coups, et que des répits bien employés peuvent rétablir les affaires du vaincu, ou du moins amortir ses pertes, ou sauver son honneur. Une rémission de ce genre semble avoir été accordée à Louis XIV à l'époque de ses épreuves, comme le gage de son salut à la fin. Nous allons voir ses revers tempérés par d'honnêtes retours de fort^une, et les victoires de ses ennemis atténuées par ses succès inattendus. Il n'est jamais abattu tout à fait; à uneannéedésastreuse succède une annéemoilleure,oumoins mauvaise, qui lui permet de tenir encore j usqu'à ce que ses adversaires le délivrent de la lutte par leurs propres divisions. La descente ainsi ménagée n'est pas une chute, ni une ruine. S'il perd le premier rang, il conserve au moins l'égalité ; et s'il est contraint de partager, il garde une part honorable. Cette succession de répits salutaires commence en 1705.
Les alliés triomphants, après l'avoir ramenédel'Al-
lemagne, se promeltaient de l'attaquer chez lui par une invasion en Alsace ou dans les Trois-Evêchés. Les Anglais faisaient en outre le plan d'une expédition maritime contre Toulon pour ruiner ce port, en détruire les magasins et les arsenaux, et le mettre hors d'état de servir à la France; c'était, dit un de leurs confidents (1), « une des principales vues de cette nation ». De là ils se porteraient au secours du duc de Savoie, et ranimeraient les Camisards fort abattus dans la dernière campagne. Il y eut enefFet, en Languedoc, au commencement de 1705, un dernier complot de ces malheureux. Comptant sur la reine d'Angleterre (2), ils essayèrent d'enlever Berwick, successeur de Villars, Bâville, l'évéque de Nîmes Fléchier, et les principaux personnages de la province; ils n'aboutirent qu'à un châtiment qui extirpa les dernières racines de la rébellion.
Au grand étonnement de ses ennemis, Louis XIV fut prêt avant eux. Il avait remonté sa cavalexie par des chevaux tirés de la Suisse, recruté son infanterie par les milices, et renouvelé les armées de Flandre, delà Moselle, du Rhin, d'Italie, même celle d'Espagne. La guerre n'avait pas cessé en Piémont pendant Thiver. Vendôme assiégeait la forte place de Verrue, dernier rempart de Turin, et défendue par le Pô, par trois enceintes et une garnison de trois mille hommes. Pendant que les Anglais délibéraient sur l'opportunité et
(1) Lettre do Brancion au duc de Savoie, du 7 avril 1705 : Polet, tome V, page 632.
(2) Mémoires de Berwick.