‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 64 sur 136 · YILÏ.ARS AU CAMP DE SIERCK · texte numérisé non relu

YILÏ.ARS AU CAMP DE SIERCK

bourg, l'Allemand préférait l'attaque sur Sarrelouis, et, puisque soa allié ne voulait pas l'en tendre, il l'avait laissé avancer seul contre Sierek. Marlborough, trop faible, malgré sa grande armée, pourforcerles retranchements français, et dans une grande disette de fourrage, jugea dangereux d'attendre dans un pays sans ressource une assistance qui refusait devenir. Il redescendit vers Trêves, et dès le 19 reprit h route des Pays-Bas. Le vainqueur d^Hochstett,arrêté toutcourt par la fermeté de Villars, abandonnait sans combat la plus grande entreprise qui eût encore été tentée contre la France.

Villars, par le camp de Sierek, fermait aux alliés la route delà Moselle. Rassuré de ce côté, il soogeaase porter sans délai sur l'Alsace, à y devancer le retour du prince de Bade, à profiter de l'absence du chef pour débusquer les Allemands de leurs lignes. Au bout de quelques jours il avait pris Wissembourg i5 juillet/^ chassé les Impériaux de leurs lignes de la Lauter, occupé plusieurs châteaux, et faiteiaq cents prisonniier«. On comprend à plusieurs témoignages eontemporairii quelle confiance cette activité, ces %ueeè^ (uminu^n^ caient à ranimer en Fi-ance. « Il n'v a rien d'éisal a <c Monsieur le maréchal de Villars, diâait«oo (1), Il « a toujours marché dans sa chaLse avec un pied, en- «veloppé pour une goutte douloureux. Xjts liou- «sards paraissent hors des lignes, il monte a «cheval, il les pousse, passe un ruisseau et entre.

J) Lettre de la marquise d*flaxelie»», 11 juillet.

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ce Voilà ce qu'on en écrit de Metz. Il en arriva un (( hier soir à Paris qui a apporté que ce général a « pris trois petits châteaux, qu'il vivait en pays ena nemi avec abondance, et que nos housards avaient « pillé le trésor des Allemands et fait un grand «butin de chevaux qu'ils donnent pour dix écus. » Saint-Simon lui-même , tout furieux qu'il était d'avoir désormais dans le duc de Vil lars un égal en dignité, ne peut s'empêcher de se joindre à ces acclamations. « Villars, écrit-il (1), a fait cette année une « campagne digne des plus grands généraux. »

L'empereur Léopold était mort quelques semaines auparavant ( 6 mai 1705). L'histoire n'enregistre ce décès que pour marquer à quel moment disparaît de la scène politique ce contemporain de Louis XIV, son cousin germain, son beau-frère et toujours son concurrent. Léopold, dénué de valeur personnelle, ne comptait en Europe que par sa jalousie contre la France, et par son attachement entêté à ses prétendus droits; par là il s'était fait des amis ou des auxiliaires de tous ceux qui cherchaient un prétexte contrela grandeur ou l'ambition de Louis XIV. Mais comme au fond c'était pour eux, et non pour lui, que ses alliés avaient commencé la guerre, sa mort n'était pas faite pour en hâterleterme,etd'ailleurssonfils Joseph r'étaitpeutêtre encore ])lus âpre à poursuivre l'agrandissement de la maison de Habsbourg età se venger de ses adversaires. Dès les premiers jours, Joseph P' révéla ses in-

(1) Saint-Simon, tome UI, chapitr-» xvi, page 189.

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lentâons par ses procédés envers la Bavière. Contraires&ent à la capitulation qu'il avait signée, en qualité de roi des Romains, avec Félectrice, il introduisit dans Mumeh un corps de six mille hommies ; et cette princesse étantallée passer quelques jours à Venise avec sa mère^ il lui refusa des passe-ports pour son retour (1). n exerça sur les Bavarois une telle rigueur, qu'il eut bientôt à craindre une révolte de leur part,etqu'il lui &llut retenir au milieu d'eux les auxiliaires danois d'abord destinésàcombattreeu Italie. AussiLouisXIV n'hésita pas à traiter le fils comme le père, en ennem^i. Déjàrechercbé par Ragoczi, le roi n'avait pas dédaigné dVnoourager par son argent les eflForts des rebelles hongrois (2). Ces irréconciliables ennemis de l'Autriche, plus unis que jamais, plus ranimés après quelques défaites, venaient de se jurer, sur les Evangiles et sur les sabres croisés, de ne jamais faire la paix séparément;Ragoczi assurait le roi de sa résolution de n'entrer dans aucun accommodement avec l'Empereur, Louis XIV accepta définitivement leur alliance; avant deux mois (septembre 1705), Ragoczi allait être proclamé prince de Transylvanie.

Il importait fort aux alliés de ne pas laisser tomber leur prestige, et d'entraver la revanche que la France

(1) Dangeau, 2 juin 1705.

(2) Dangeau, novembre 1704 : « Le prince Ragoczi demande une petite augmentation de subsides. On lui donne déjà 3,000 pistoles par mois; il en voudrait avoir 1,000 de plus, et qu'elles fussent payées en espèces, afin que dans son armée et en Hongrie, on fût assuré qu'il est soutenu par le roi et qu'il en reçoit de l'argent. »

LOUIS XIV. — T. VI. î*

commençait à prendre. Ils crurent un moment y avoir réussi dans les Pays-Bas. Mariborough, revenu de la Moselle sousMaestricht, cherchait uneoccasion d'efiacer le mauvais effet de sa retraite. Elle lui fut donnée par un général moins habile et moins vigilant que Villars. Le maréchal de Villeroi, averti du retourde TAnglais, s'était posté dans le Brabant, derrière les lignes creusées par les Français, delaMeuseà l'Escaut. C'était un front de cinq lieues à garder, qui exigeait une grande dispersion des troupes, et laissait plus d'ua poste sans défense suffisante. Le 18 juillet, Mariborough par une marche couverte, se présenta près du village de Heylesen (1) dont chaque pont n'étaitgardé que par un détachement de trente hommes; il franchit les lignes sans résistance, et immédiatement se rangea en bataille en deçà. En vain quelques escadrons français coururent sur luiet firent bravement leur devoir. Le temps, nécessaire au reste de l'armée pour être avertie et rejoindre, permettait à l'ennemi de grossir à chaque instant. Villeroi et l'électeur de Bavière étaient à troislieues; ils n'arrivèrent que pour constater l'inutilité d'une bataille rangée. Laissant un bon nombre de morts, et des officiers les plus distingués, ils se retirèrent sous Louvain pour mettre la Dyle entre eux et le vainqueur. Mariborough fut libre de combler les retranchements abandonnés , et d'abattre pour toujours la barrière qui lui avait jusque-là fermé le Bra-

(1) Heylesen, près la ville de Leau, sur un affluent de la Oyle^ et non pas Hillesheim, comme on lit dans quelques histoires.

bant. « L'affiaûre est très-inanvaise, i»disait Dan^eau (1 ) . Louis XrV «e montrait fort surpris qiie Vennesni eût firaiiehi les lignes sans qu aucune troupe sy lut opposée. Il eommencaiî nrème à soupçonna' qu'il y aTait delà £aute de Villeroi : « Qiioique je ne doute pas de Totie vigilance, lui éCT'ivait-ii, iiestbi»i désmgfréabkése vmr les ennemis maîtres des lignes et de plnsieiirs postes importants, et mon année dans ia né^ssâlé indispensable de se retirer jiréeipiîanunent pour éviter une défaite générale (2). » Que ne dcTait-on pas craindre en effet, si Mariborough profitait du désarroi de l'année française pour la poursuivre «ans délai? Par un changement inespéré, la division «e mit «itre les vainqueurs à propos des opérations ultérieures. Villeroi avait eu le temps d'occuper un poste avantageux. Mariborough voulait Ft attaquer; 1^ officiers hollandais et les déjMités des Staîs trouvèx^enl ce projet témCTaire et se refus^!ient à lesécifike». Mariborough , après leur ea aroir eipdaBé «e§ re^pei^ avec amertume, quitta l'amiée et pattii p^Mir TAj»gleterre où de grandes ovatiotis 1 atleadLn^at. Lâi France cessa de craindre pour le oord^ et bieelât

reçut une bonne nouvelle d1talae«

Après la prisede La Mirandole^ VeDdàrae^bii|iatieot

de retourner en Piémont pour [»éparer le «ége de Turin, son principal objet, avait laissé ao grand prieur son frère, avec des forces respectables, ia mis-

(1) Jmmal, 21 juillet 17(^.

(2) Lettre de Louis XIV à Villeroi, 21 juillet 1705 : Met, tome V, page 53.

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sion de tenir Eugène à distance du Milanais et du Piéraont. On est en droit de lui en faire un reproche. Ce frère était paresseux, ivrogne, crapuleux en paroles et en action, et lâche par-dessus; ce n'était pas l'adversaire qu'il convenait d'opposer au plus actif, au plus habile général de l'Autriche. Il laissa Eugène rassembler ses troupes détachement par détachement sur la franche du lac de Garda, fabriquer des fours pour préparersessubsistances,réparerseschemins.Ilnesutpas davantage prévenir ou contrarier ses marches, reculant quand l'ennemi avançait, ou marchant dans une telle confusion qu'il laissait dans une seule journée cinq cents hommes sur les routes. Eugène avait déjà passé rOglio, et s'avançait vers l' Adda, la frontière du Milanais^ quand Vendôme appelé par Vaudemont, par les principaux officiers, par les vœux des soldats, revint du Piémont avec un renfort de dix mille hommes pour barrer le passage de la rivière (août 1705).

Il eut d'autant plus de mérite à sauver son frère que cet homme abominable^ selon le niotde Vaudemont, sembla s'acharner à lui faire perdre la bataille. Vendôme l'avait placé à Cassano, sur la rive droite de l'Adda avec ses principales forces, et lui-même avec le reste remontait la rivière pour aller à la découverte des Autrichiens. Eugène, arrêté sur la rive gauche à douze milles de Cassano, était occupé à construire un pontet paraissait déterminé à passer dans cet endroit. Ce n'était qu'une ruse pour retenir Vendôme loin de son principal corps d'armée; la nuit venue il décampu pour aller surprendre le grand prieur livré à lui-

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