‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 67 sur 136 · SIÈGE INUTILE DE GIBRALTAR · texte numérisé non relu

SIÈGE INUTILE DE GIBRALTAR

c< dre tout de boa la résolution de m'en rendre compte «par moi-même (1). » L'esplication qu^il cherchait est donnée nettement dans cette phrase de Torcy : a La désunion des Français a fait plus de tort aux affaires d'Espagne que toutes les cabales des malintentionnés qui ne songent qu'à l'entretenir. »

La princesse des Ursins s'était égalesfient appliquée à combattreles partisans de l'Autriche ; elle avait fofrcé l'amirante de CastiMeà se démasquer et à fuir en Portugal; elle avait déconcerté toutes lesrusesd'un marquis de Leganez qu'il fallut plus tard arrêter. Mais le& événements avaient renforcé ce parti. Nous avons vu que les grands d'Espagne avaient préféré Philippe V à tout autre prétendant, parce que Louis XIV leur paraissait seul capable de maintenir la monarchie espagnole dans son intégrité. Nous savons encoreque ce qui leur agréait avant tout, dans le maintien de celte unité,étaitlaperspectivedes gouvernements,des commandements à exercer dans les provinces extérieures. « Or, depuis la journée d'Hochstett, les grandesses «croyaient ne pouvoir plus empêcher la division de « la monarchie qu'en se rangeant du côté des alliés qui a leur paraissaient les plus forts. » Pour être de la princesse des Ursins, le témoignage n'en est pas moins considérable; l'intérêt personnel, quiavaitrattaché les grands à la France, les reportait maintenant du côté de la maison d'Autriche. Par un sentiment contraire, Philippe V sentant plus que jamais le besoin de secours

(1) Mémoires de Noailles, rédigés par Millot.

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montrait pi 1 1 s de déférence aux volontés de Louis XIV, et cette faiblesse, augmentantl'aversion des Espagnols pour les Français, les détachait de Philippe V. Le peuple seul, au dire du maréchal de Tessé, était fidèle et aimait le roi : « L'armée serait fidèle aussi, si elle « était payée, » mais elle ne l'était pas (1).

La conséquence inévitable d'une pareille situation était l'infériorité vis-à-vis d'ennemis nombreux, bien pourvus, et toujours prêts à saisir les circonstances favorables. La campagne débuta par un effort inutile qui a imprimé à l'Espagne une marque d'impuissance nonencoreeffecée aujourd'hui. Philippe Vavait voulu reprendre Gibraltar. Les Espagnols ayant perdu deux mois à cette tentative, une flotte française fut envoyée à leur aide sous le commandement de Pointis, le vainqueur de Carthagène. Mais elle n'avait que treize vaisseaux contre trente-cinq anglais. Forcée par les vents à se tenir d'abord dans le port de Cadix où l'ennemi la bloqua, elle ne sortit de cet asile que pour être dispersée par un nouvel orage. Ce contre-temps, en sauvant six de ses vaisseaux qui rentrèrent à Toulon, privait les autres de leur concours. Les sept qui restaient, attaqués par l'amiral Leake, tinrent héroïquement pendant cinq heures contre des forces quintuples. Au bout de la lutte trois furent pris par les vainqueurs, un regagna Cadix, un autre échappa par l'Océan. Avec les deux derniers, Pointis atteignit la côte entre Gibraltar et Malaga, et, pour frustrer l'ennemi de cette

(1) Ck>mbes : Princesse des Ursins, chapitre xv.

proie, mil ses équipages à terre el bràU le« im vires (l) . II avait au moins sauvé rhoniieur militaire el la repu* talion des marins français; mais le prix de la victoire était considérable pour les alliés. Les Espagnol», réduits à lever le siège (25 avril 1705), perdaient pour toujours Gibraltar, el la marine anglaise demeurait maîtresse de la Méditerranée; ses vaisseaux s'y promenaient, dit le maréchal de Tessé (2), « comme les a cygnes sur la rivière de Chantilly. )>

Tessé, successeur de Berwick en Espagne, était parvenu à couvrir TEstramadureet à contenir en Portugal Farmée de TarchiducLes alliés, impatientsd'introduire enfin le roi de leur choix dans son royaume, se décidèrent à prendre un autre chemin, ils connaissai^Qt^ aussi bien qu'on les connaissait à la cour de France (^3), les mauvaises dispositionsd'une partie dés Calakuis pour la Castilleet pour le roi qui régnait à Macbid; Funanimité, qui avait accueilli le petit-fils †LotœXrV, commençait à ètreébranléepar levieil esprit de résistance qui souflfait depuis d^ix siècles sur lesEtat» delà couronne d'Aragon. Ton jours pmissés par le prioee de Darmstodl, ils préparèwnt une non- Tcfie ei^trepnse stir Barorforte. Bertviefc^ qui cr^m* UÊogaàaÀte^ttesmnèe en Latlgoedoe, stvmt innfiFement ai^eni Chmnillairddu sneeèn^ qu^obtenaient en Cafarfr^-^ gaele* éssisi^rm^ de Vstr^idue^eîd'iin coTmiteTï<<f*wb&ïtâerévaitea^x eWvirt^rMdrVie; if pre^r^jrftî^nlt-

^ Hauamth 31 àem 170^.

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nistre dVnvoyer des garnisons françaises à Roses et à Girone, et de former une armée des troupes de terre qu'il avaiten Provence^en Languedoc,en Roussillon; par là, selon lui, le débarquement serait prévenu, la Catalogne contenue dans l'obéissance de Philippe V, et la frontière de France assurée. Chamillard lui répondit que le roi n'était pas assez puissant pour fournir une armée à chaque province de la monarchie d'Espagne, comme si ce n'eût pas été couvrir l'Espagne d'un seul coup que de défendre d'abord la province la plus menacée. « Chamillard, ajoute Berwick, n'avaitni le talent de prévoir le mal, ni le sens d'y remédier; aussi a-t-il misla France au borddu précipice d'où elle ne s'est tirée que par miracle (1). » Sans admettre ce jugement dans toute sa rigueur, il est vraisemblable que le défaut de secours dans CQtte circonstance est ce qui a ouvert pour Philippe V l'époque la plus douloureuse de son règne.

L'archiduc^ sur la flotte alliée, se montra d'abord dans le royaume de Valence dont quelques villes se déclarèrent en sa faveur. Le 25 août, il débarqua sans opposition devant Barcelone, où vinrent le rejoindre desmontagnardsetdes paysans insurgés et déjàarmés. Toutefois l'énergie du gouverneur Velasco lecontraignit d'attendre pendant près de deux mois la possession de la ville. Velasco, affaibli par la désertion de quelques-unes de ses troupes, et menacé par une partie de la population favorable à Charles III, consentit

(1) Mémoires de Porwick, an 1705.

l'archiduc a BARCELONE 333

à laisser sortir toas ceux qui demandaient des passeports, mais si^ifiaà ceux qui restaient que quiconque entretiendrait des rapports avec Fennemi serait pendu à rinstant, et il exécuta sans délai sa menace sur quelques traîtres. U imposa ainsi à tous le devoir de la résistance, et réduisit les alliés à commencer un siège en règle. Après plusieurs semaines, il n^était ni vaincu ni ébranlé. Les alliés comprii'ent qu'avant d'entrer dans Barcelone, il leur fallait occuper la hauteur de Montjouich sur laquelle la citadelle était bâtie. Ils trompèrent les assiégés surleurs intentions par un feint rembarquement ; pendant que les tentes se pliaient, que les batteries se démontaient, que les troupes regagnaient les vaisseaux , un corps choisi, dissimulé par les montagnes voisines et par la nuit, arriA a inopinément à la hauteur de la citadelle. Malgré la surprise, la résistance fut vive et rude; Darmstadt lui-même v fut tué ; mais quand la poudrière eut sauté et renversé unpandemuraille,les défenseurs, quoi qu'il en coûtât à leur bravoure, durent se rendre ; le drapeau anglais se planta sur le Montjouich. Lies Anglais et les Hollandais sortirent en triomphe de leurs vaisseaux et reprirent le siège; la ville battue à la fois d^en haut et d^eu bas, par les canons de la citadelle, par les canons de la flotte et de l'armée, capitula le 9 octobre.

Ce siège avait occuj>é l'attention de l'Europe par sa durée et [>ar ses chances diverses : « Barcelone, disaiton en France (1), est l'étonnement de nos jours; il a la

,V Lettre de la marquise d'Huxelles.

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fièvre tierce, un jour pris, raulrenon. » Ses suites furent encore plus considérables. L'archiduc entra dans Barcelone en souverain ; il avait enfin un sol espagnol pour y établir le siège de son gouvernement. Par la contagion du succès, les autres villes de la Catalogne proclamèrent le nouveau roi. Les moines, toujours fidèles à r Autriche, en dépit des évêques, prêchèrent sa légitimité et parlèrent de refuser l'absolution à ceux qui ne se déclareraient pas pour lui (1). Le royaume de Valence imita la Catalogne, TAragon en eûtfaitautant sans la crainte du voisinage des troupes castillanes (2). « La révolte, selon l'expression d'un écrivain espagnol (3), s'étendait commele feu dans les herbes sèches aux jours brûlants de la moisson. » Philippe V, frappé del'étenduede ces pertes,annonça l'intention de partir dèslemoisde décembre, de tout hasarder pour chasser l'archiduc ; il rappela de la frontière de Portugal les troupes françaises qui étaient sous le commandement deTessé; il s'adressa au sentiment national des Castillans habitués à rendre haine pour haine à la Catalogne, et qui témoignèrent avec empressement de leur fidélité. C'étaitse porter noblement à la rencontre des tribulations que la campagne prochaine lui réservait.

(1) Mémoires de Noailles : lettre de la princesse des Ursios à Torcy.

(2) Mémoires de Berwick.

(3) Mémoires de Saint-Philippe.

BATAILLE QK GALCINATO .IX

m. — BoimeB wpénaem an commmMiimwBt d* I7tm. bàratât dàtmmuut pm \«* éTénements. — Yietoin de Yend^kaa à CakxoMÈa, — -ItwviaMr rflffUK: HtifitiU <|« Bamillies; perte cIm Btys-Btt «epegnais: dinoiBft de ?!U«iol, — ^i^ f^' MfsOl* de Toiul; perte d* lltaliev — Lairiddiie^ vaingnegr en: gepipipe, «tuti» :k >|jMfr(.i — PhiHppe y lékaJbU p» BKWidL et par imûàmUrdmtCjuÊmam^

L'année 1706 ^fembbèt^^'nnvmi* <ifMitt iimrhnm^nnmpt^ ces malgré la pfMetmpali#ll(rtftj^rl4ptt7fi«^ d'Espagne. Le diïe* (tf^ V«mtMi«r iurfim^ ^^Êni^^jk- f^^^^

de rentfafitiiâasgiiepi^^miaii^^ imii^0^^'h0fm'Wf'*i$i^ pitaine^ fin ggsrL ismÉantvi^ .'i'^ijrmiimt rjf^fjimrT^i^^^tjmm

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sur la frontière de Portugal, tous les trois pour aider aux opérations de Philippe V.

Les premiers événements entretinrent cette confiance. Vendôme, rentréen Lombardie^ attaqua brusquement, près deCalcinato (19 avril 1706), trois mille chevaux et onze mille fantassins commandés par le Danois Rewentklau en Tabsence d'Eugène. Il lui tua trois mille hommes, fit troismille prisonniers, prit six canons, plus de mille chevaux, des bagages,des vivres, des armes en abondance, quatre drapeaux et douze étendards,sansavoir lui-même plus decinq cents hommes hors de combat. Poursuivant sa victoire sur Eugène revenu le lendemain de la bataille, il rejetales Allemands hors du Bressan, et s'avança vers l'Adige pour leur fermer toute voie de retour par ce fleuve(l). Le plaisir de cette nouvelle fut si sensible à Louis XIV que, du conseil même où il la recevait, il envoya un billet tout aimable à M*""* de Ma in tenon pour la lui apprendre sans délai, s'excusant de ne pas la luiporter lui-même sur la nécessité de ne pas interrompre les affaires (2). M"^® de Maintenon à son tour écrivit, comme

(1) Pelet, tome VI : relation de Vendôme et résumé des événements, pages 147 et suivantes.

(2) CEuvres de Louis XIV, tome VI. Nous citons ce billet comme un type de la part que le roi donnait à M'"^ de Maintenon dam les affaires, et aussi de sa conûance et de son affection pour elle : « Je crois que vous ne serez pas fâchée de la nouvelle que je viens de recevoir. M. de Vendôme, avec douze cents chevaux, a battu toute la cavalerie ennemie^ au nombre de quatre mille cinq cents; tous les officiers généraux y ont fait merveille, Longueval y a été blessé. Vous en saurez tantôt davantage. Je ne pourrai être chez vous qu*à trois heures ; prenez des mesures pour éviter les importuns. Je suis très- fâché do ce retardement, mais le conseil ne finira pas plus tôt. »

BATAIIJ:^ QB RAMILUfiS 337

jii ie duc de XoaiUes ^i

BM^iiion , qiie « I^tioi M. de Vt^dômeavnk m lÏHfiaMatJmiiint des suites (l)4i. U n V eut pas J^sipîk 1»TeiBeii!Aiigk!ftene i s^nnÉt dHine dbire gifiiyaftiedpflépDiimgerie rote ; elle < u^iea

Marlborou^ d^wtm à œf ir de

faire son aceomiiiodenient ^np^^h France. Mais Mar}borou^ répon<lit que les présages qu'on tirait de ce ecmunencenient de la campa<^ne étaient fisiux, et qu'avant la fin de lannée on verrait en Italie ce qu'on avait I a en Allemagne (2;,

Par un succès non moins rapide, Villars, commandant de rarméed''Alsace, couronnaitia campa^^ne précédente en complétant la délivrance de cette province. En trois jom:*s, il chassait les Impériaux de leurs derniers camps sur la Lauter, et des iles du Rbin ; il les forçait à repasser le fleuve ; et à Tintérieur du pays il s'entparait, dans Haguenau, de munitions et de provisions considérables (du 30 avril au 12 mai). Tous ces exploits ne lui coûtaient que cent quarante-huit: mes tués ou blessés, tandis qu'il avait fiiît trots prisonniers (3). Si on l'eût éoorté,stau lieu de pousser les hostilités en Flandi^^oaiMieitcavoyé les troupes nécessaires^ il se faisait foctdfeiepfMter avecavantaive a guerre dans l'Empire (4), En Espagne, Philippe V,

(1 MainteDon au duc de Noailles, avnl I^IS. (2 Noie du duc de Luyoes sur Dtugsaa» éa 25 avril 1706, 3 Peiet, tome VI, pages 407 et suivantes.

(4 3f émorrcs de Villars: lettre de Mllars à M"»* de Mainleii<m, ID 1711.

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