‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableaux (volume 5)Chapitre 85 sur 136 · BATAILLE DE MALPLAQUET · texte numérisé non relu

BATAILLE DE MALPLAQUET

vain il s'asseoit sur une chaise et s'obstine à commander toujours; les forces lui manquent, il s'évanouit sous la douleur, il faut remporter loin du champ de bataille. Cette vue trouble ses soldats et rend la confiance à Marlborough; en même temps Eugène avance vers le centre que deux brigades seules défendaient. Les deux alliés combinant leurs attaques, une nouvelle mêlée commence plus terrible encorequelapremière. La cavalerie française, la gendarmerie, la maison du roi, l'élite de l'armée, semblaient invincibles; six fois ils repoussèrent l'ennemi jusque sur ses pièces, et ne perdirent contenance que devant une manœuvre de Marlborough qui les prenait entre deux feux. Boufflers crut le moment venu de s'arrêter pour conserver encore une armée. Il fit replier ses bataillons, rallia ceux qui restaient du corps de Villars, et commença sa retraite en si bon ordre, que les alliés n'essayèrent pas de la troubler. Les Français n'abandonnèrent pas un canon, pas une arme, pas une marmite. Ramenés derrière la petite rivièredu Haisneau, ils attendirent avec confiance l'ennemi qui ne se montra pas.

Le champ de bataille de Malplaquet offrait un spectacle effroyable. Vingt-cinq mille hommes y étaient couchés, mais dans ce nombre il fallait compter les alliés pour quinze mille. Marlborough avouait, dans son compte rendu, que, si la ce bataille était glorieuse ce pour les alliés, leur perte était considérable ; » et les Hollandais, pour atténuer le nombre de leurs morts, représentaient « qu'on ne forçait pas sans une 'perte considérable trois retranchements garnis de canons. »

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En France il y eut d'abord une grande désolation des mères et des femmes de ceux qui avaient été tués ou blessés; on répétait avec terreur^ d'après les rapports des chirurgiens, qu'on n'avait jamais tant coupé de j bras, de cuisses et de jambes (1). La première émotion calmée, on s'aperçut que, s'ily avaiteu pertedu champ de bataille, rarement une défaite avait été plus glorieuse, et c'était de la bouche des ennemis mêmes qu'on tirait cette louange. Habitués par une longue suite de victoires à nier la valeur des Français, à mépriser la nation, ils venaient de reconnaître, à leur grand étonnement, que cette valeur reparaissait, que les Français n'avaient besoin que d'être bien conduits, qu'il n'était pas aussi facile de pénétrer en France qu'on se Tétait j)romis à La Haye. Ce témoignage arrivait de Flandre par Boufilers, d'Espagne par la princesse des Ursins. Un prédicateur,le jésuite La Rue, ne craignit pas d'annoncer, devant le roi, la fin des justices de Dieu et le retour de ses miséricordes. lien attes-

tait \e grand combat ovi la victoire avait paru nousrevenir et n'était retournée que teinte du sang des ennemis (2). Boufflers appelait la journée de Malplaquet une ///«//ptre et malheureuse affaire; malheureuse par l'avantage matériel qu'elle laissait encore à l'ennemi, illustre parce qu'elle relevait la considération de la France, et faisait entrevoir la fin des désastres. Villars eut tout l'honneur de cette espérance rendue à un peuple hu-

(1) Lettres de Màintenon et de la marquise d'Uuzelles.

(2) Extrait du sermon du père La Hue, dans uae lettre de la mar* quise d'Huxelles, 1" novembre 1709.

milié. C^étail lui qui avait focmé rarmée de Flsuidre^ qui Tavait retenue sous les drapeiux malgré fcâ disettïe^ etaniniéedesoaaitieur.QuaiidoaleraïujetsjL Je Flaii:dre dur un braneard;, toutes les populoùons par où il passa l'aceueillirent par des ovations joye^ises. Le roi lui avait déjà écrit pour lui annoneer son éiê^ailitciA a la pairie^ et eelLe de son lieulenant d^ArtognaTi. reieoofrmandé par lui. à la dignité de laaréeiiiil de Fr^mee 1 ^ A Versailles^ d le lo^^ea dans TappiirlesBeQl du prince de Coali^ et lui fit de frégoef^tes TJâîfees ananimiP pour hâter sa guérison [^ .

Les^A llemandsy Tigoureasesoenl refcMaJés as delà du Rhin^ le due de Saroie eontenu dams, le Pàéam^w^ et la grande armée des alliés âes^âiUesBiesl adEuÉblie pa^r ses^ pertes de Malplaqaei^ eela zke res^esnbibit pas nkal à une de ces années de répit qcM* mon^ aroos T^^es ptfeaèes si à propos par la Providefiee entre les ^pêlBê^ désastres de Louis XI\\ Ldd profit mrnar ^^ Marlborou^ retira de la retraite des Français oe répoodit pi» ans grandes espérances qu'il eoaœvaii au er^nuac^ooc' ment de la campagne. Les ailié§ a^^îié^neresiiî Mt^sib Boufflers et son armée^ £attte de psÔM ^ d ar^^^tiM. durent^ conune Tarait d'abord £ût MU»c#%^ aie pâk# quitter les positions ou ils trouTaïkxiil eo^^it Kp.iitic|ûie subsistance. Le siéseseconlinrisi *^:iuà^ Hi^ e^jmîr^niè : au bout d'uQ mois âOodobf^ la viljrf^-iélailprtie. ^lats

1 fXâfçft^ dé Umû nv. mm VL

2/ Dangeaa dit à cette ^^xamm , « L» rat s^'aTiktt jas^tf èlé elMa aucuns particiiikfs «k<paift ut: a^auétkM ds GrjBasAJAK, «spi'ià j a |ku» de trente an? qm eâC iMtt Z jjimwkr ITIû/. »

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ce fut la fin des hostilités pour cette année. Les ennemis, après avoir fait mine de quelque tentative sur les villes voisines, séparèrent leurs troupes, au grand regret d'Eugène, par la volonté impérieuse des Brandebourgeois et de quelques autres alliés (1).

Il était sage pourtant de ne pas s'abandonner à l'illusion. La misère, les embarras ne diminuaient pas. Au 1*' janvier 1710, le roi ne donna pas d'élrennes aux princes, et celles que le Trésor lui offrait chaque année à lui-même, quarante mille pistoles, il les envoya à l'armée de Flandre. Une dépense était nécessaires pour les draps du roi et autre linge »; les marchands refusèrent de livrer leur marchandise sans argent comptant . Desmarets n'en trouva qu'à forced'étre tourmenté par le duc d'Aumont, gentilhomme de la chambre, quimenaçait de mettre ses tableaux en gage pour faire honneur aux besoins du roi (2). Cependant, dit M^'deMaintenon avec douleur, « ses enfants « s'amusent le plus qu'ils peuvent entre Meudon, ccMarly, les chasses, la comédieet le jeu, où l'on voità « ce qu'on ditbeaucoupd'or(3). » L'état des particuliers était pire encore. Fénelon, dans un mémoire adressé aux ministres ses amis, en trace cet exposé lamentable : <c Le gouvernementest une vieille machine

(1) Marquise d'IIuxolles, 31 octobre. — il y a une lacuoe de tro» mois dans le Journal de Dangeau. Les derniers éditeurs de ce Journal ont ou rheureuso idée d'y suppléer par les lettres de la marquise d'IIuxelles, qui se suivent assez régulièrement de deux en deux jours.

(2) Dangeau, le»* février 1710. Marquise d'HuxelieSy l®"" janvier.

(3) Maiutenon à Noaillos, 6 décembre 1709.

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