‹ Histoire du règne de Louis XIV; récits et tableauxChapitre 16 sur 142 · PRISE DES VILLES DU DUCHE DE GLEVES G · texte numérisé non relu

PRISE DES VILLES DU DUCHE DE GLEVES G

passa sur la rive droite par un pont de bateaux construit d'avance à Kayserswert, descendit jusqu'à la Lippe et la traversa pour investir Wesel ; le roi, sur la rive gauche, marcha vers Orsoy, Rhinberg et Burick ; en même temps Luxembourg se porta avec les troupes de Munster sur la province d'Over- Yssel.

C'est un des triomphes dont Louis XIV a tiré le plus de gloriole que cette occupation si rapide de quatre villes en quatre jours. Condé assiégeait Wesel, le roi Rhinberg, Orléans Orsoy, Turenne Burick. Du 3 au 7 juin elles succombèrent toutes. Orsoy ne tint que deux jours. Condé ayant occupé le fort de la Lippe qui protégeait Wesel, les femmes effrayées décidèrent le gouverneur à capituler. Burick, dit l'historien des Pays-Bas, ne méritait j)as d'être assiégé par le maréchal de Turenne ; le commandant eut beau faire boire du vin de la Moselle aux bourgeois pour les engager dans la résistance, l'insufiisance de sa garnison le réduisit à poser les armes. Rhinberg n'essuya pas même un coup de canon (1). Les jours suivants, Condé prît encore Emmerich, au-dessous de Wesel, et Turenne la ville deRees(9 juin). Le territoire propre des Hollandais n'avait plus d'avanl-posles. Leurs historiens attri-

la garde dos murailles, elles ne touchaient à rien de ce qui pouvait r^arder la juridiction du prince, et n'étaient à aucune charge aux habitants. Ils y oortaient au contraire do l'argent pour le payement des troupes, et le prince et le pays semblaient bien aises d'en tirer cet avantage. (Mémoires du marquis de Pomponne.) . (1) Basnage, Annales,

buent la facilité de ces conquêtes à la trahison des commandants^ à la lâcheté des officiers su balternes, au défaut de munitions. L'effet n'en fut pas moins considérable par Tépouvante des vaincus et la confiance des vainqueurs. Louis XIV écrivait à Colbert : « J'ai estimé plus avantageux à mes desseins et moins commun pour la gloire, d'attaquer tout à la fois quatre places sur le Rhin^ et de commander actuellement en personne à tous les quatre sièges. J'ai choisi pour cet effet Rhinberg, Wesel, Orsoy et Burick. J'espère qu'on ne se plaindra pas que j'aie trompé l'attente publique (1). y> Loindela tromper, il l'exalta outre mesure. L'admiration en un instant chassa la défiance avec la même témérité. Sévigné se hâta d'écrire (2) : <c Voici une lettre de mon fils qui vous divertira^ ce sont des détails qui font plaisir. Vous verrez que le roi est si parfaitement heureux que désormais il n'aura qu'à dire ce qu'il souhaite dans l'Europe^ sans prendi^e la peine d'aller lui-même à la tête de son armée ; on se trouvera heureux de le lui donner. Je suis assurée qu'il passera l'Yssel comme la Seine. La terreur prépare partout une victoire aisée; la joie des courtisans est un bon augure. Brancas me mande qu'on ne cesse de rire depuis le matin jusqu'au soir. y>

Maître des deux rives du Rhin, Louis XIV était arrivé au point où le fleuve se divise d'abord en deux

(1) CEuvres de Louis XIV, tome IIL

(2) 13 juin 1672.

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